La Grille
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Elle est là, sans remords, l'immense et froide grille,
Toujours prête à s'ouvrir au nouvel arrivant
Incapable de voir ses reflets de Bastille
Ou d'entendre le cri des élèves d'avant.
Et pourtant, ce sont eux qui laissent en offrandes
Les êtres comme toi, d'angélique beauté,
Nimbés d'or et battant de leurs ailes trop grandes
Pour ce gouffre sans fin où nous avons sauté.
Comme vous en ce jour, enfants, forcés nous fûmes,
Que reste-t-il de nous là-bas, mornes rêveurs,
Sinon des cœurs pressés comme un millier d'agrumes
Dont le jus n'a donné que d'acides saveurs ?
Cher agnelet, adieu, voilà l'heure venue,
De regarder partir ton vierge et jeune front,
De le voir s’éloigner comme une âme ingénue
Que le Mal et ses chiens, bientôt, siroteront.

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