L'ARAIGNÉE

Une minute de lecture

Vieux tapis de poussière et rideaux de pénombre,

Tel est ce qui l’entoure en pratiquant son art,

Loin des bijoux, des lis et des flacons de nard*,

Complice clandestine et sombre.

Il est un avantage au sein des profondeurs :

Celui de demeurer ordinaire et miscible**

À la vase, au sable, invisible,

Quoique toujours soumis à la voix des hauteurs.

C’est un miroir abject révélant leur nature

Qu’on vit rôder hors de son creux

Sitôt promis, hélas, le long des murs lépreux,

Au talon embourbé d’une immense chaussure.

Adieu résille, adieu rayon,

On a coupé le fil d’une tisseuse noire,

Rêve, audace, reliefs, lissés sous le doloire***,

Perpétuel bourreau de l’élévation.

Vole à présent dans le cosmos,

Sorcière assassinée, ange libre et rieur,

Goûte donc au plaisir du ciel supérieur

Avec, à tes côtés une âme de penseur

Qui bat sereinement ses ailes d’albatros.

* : parfum aromatique tiré de la plante du même nom, utilisé, notamment en Inde, pour symboliser la passion de l’un pour l’autre, ou dans la Bible, par exemple, pour honorer Jésus.

** : terme technique et scientifique signifiant : qui peut-être mélangé

*** : instrument tranchant en forme de hache servant à amincir les pièces de bois et aplanir les peaux.

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