Chp 10 - La Furie
Je quitte Mykonos ce soir, par le dernier avion. Mais pas avant d’avoir tenté un dernier coup. La prise d’initiative et l’audace, c’est la marque des vainqueur, ne cessait de professer Hadès à ses fils. Je vais retourner ses conseils contre lui.
Le videur du Black Velvet ne m’arrête pas, cette fois. À cause de mes cheveux noirs, peut-être, du look de tasspé que je me suis concocté avec cette robe en vinyle moulante achetée au marché, ou – ça doit surtout être ça – de la bague des Kelmendi, bien mise en évidence au bout d’une chaîne, autour de mon cou. On me tire même le tapis rouge : le patron en personne vient me recevoir, une coupe de champagne à la main.
— Cadeau de la maison, m’accueille-t-il, sirupeux.
Je relève la tête vers la vitre qui surplombe la piste principale. La vitre s’éclaire d’un seul coup, et Damian apparaît derrière, debout, une main dans la poche de son costume. Il me fait un signe de l’autre, qui tient une autre coupe.
Damian. Il m’a repérée tout de suite. Mais c’était prévu, de toute façon. Et cette fois, sa femme a l’air absente.
— Monsieur Kyanos aimerait boire un verre avec vous.
La voix du gérant est descendue d’un octave. Visiblement, je n’ai pas le choix.
Tant mieux. Sans attendre qu’il me guide, je me dirige vers l’escalier. Le gars se précipite, fait mine de m’attraper le bras. Je me dégage, mais il insiste.
La voix de Damian, grave et autoritaire, résonne alors, comme je ne l’ai jamais entendue.
— Ne la touche pas, Ioannis. C’est mon invitée.
Damian est dans l’escalier. Il me tend la main, et je la prends, surtout pour que l’autre lourdaud me lâche.
Je monte l’escalier avec lui, tendue. Son lourd parfum, profond, boisé, musqué, et, il faut le dire, envoûtant, envahit mes narines. C’est le même qu’Hadès, et sur la peau de Damian, il évolue de la même manière, évoquant quelque chose de bestial et de sophistiqué à la fois. Je sens mon entrejambe s’humidifier, mon conditionnement revenir. Lorsque je sentais cette odeur mâle, c’était le signal que j’allais bientôt passer à la casserole. Mon corps était prêt avant mon âme.
Une fois en haut, Damian s’écarte pour me laisser passer, me tenant la porte. Puis, l’ayant refermée, il me tire contre lui, droit dans ses bras. Si fort que ma joue heurte son torse à demi-dénudé, ma lèvre frottant la grosse croix byzantine de son foutu père.
— Meg, murmure-t-il, la voix rauque. Qu’est-ce que tu m’as manqué, putain !
Sa bouche s’abat sur la mienne, ses mains plongent dans mes cheveux. Sa langue s’empare de la mienne, s’étant frayé un chemin de force. Je l’entends gémir, grogner, alors qu’il me colle plus étroitement à lui, balançant son bassin contre le mien. Je sens sa queue raide et dure qui menace de crever son pantalon, déjà prête à l’emploi. Je suis tellement prise de court, submergée par les sensations – son odeur, son goût salé, la musique de sa voix – que je n’arrive pas à réagir. Je me laisse faire, débordée. Ma robe craque sous ses assauts. Sa main s’empare de ma fesse droite, libérée par le vinyle de mauvaise qualité. Je sens ses longs doigts effleurer la ficelle de mon string. Lorsqu’il découvre à quel point je suis trempée, il gronde comme un molosse et me soulève en me tenant par le haut des cuisses, avant de me poser sur le bureau.
— Je te veux, Megane, halète-t-il. J’en peux plus. Faut que je sois à l’intérieur de toi. Maintenant.
Sa main s’affaire déjà à déboucler sa ceinture.
C’est trop.
— Lâche-moi, ordonné-je dans un murmure, pointant mon scalpel sous sa gorge.
Damian se fige, la mâchoire à ma merci. Puis il rit, renversant la tête en arrière et dévoilant ses maudites canines. Elles sont aussi pointues que celles de son fichu père… dont je porte encore la cicatrice sur l’épaule.
Il a pris de la coke, ou quoi ?
— Megane… tu me détestes toujours autant ? murmure-t-il.
Cette voix suave, sombre et rauque. Presqu’un ronronnement. Le danger de ces yeux pétillants, de cette bouche si attirante, de ces joues rugueuses…
— Plus que jamais, grogné-je. Tu es un démon, Damian. Un démon que je dois éliminer.
— Pourtant, tu as besoin de moi, prétend-il avec son demi-sourire. Plus que jamais.
Je sens mon cœur s’accélérer.
De quoi, exactement, est-il au courant ?
— Pourquoi ? cinglé-je, d’un ton un peu trop rapide. Je n’ai besoin de personne ! Surtout pas du fils sociopathe de mon bourreau.
Damian s’appuie contre le mur, croise les bras, dans son attitude de bad-boy favorite.
— Les Kelmendi veulent ta peau. Tu es en grave danger : je dois te protéger. Et je suis le seul à pouvoir le faire.
— Comment ? J’ai déjà tué trois d’entre eux. Je peux recommencer.
Il soupire, pose ses mains sur mes épaules, m’obligeant à m’asseoir à côté de lui, comme une foutue gamine venue là pour recevoir une leçon.
— Tu n’as pas l’air de bien comprendre à qui tu as affaire… il ne s’agit pas seulement des Kelmendi, maintenant. Tout le Cercle a décrété ta mort. Les onze familles ont signé la gjakmarrja : le serment de vengeance. Ils ne s’arrêteront pas avant de l’avoir accompli. Le moindre fils, frère, cousin, oncle… jusqu’au plus petit neveu, devra respecter cette obligation. Moi y compris.
Une angoisse sourde me saisit. Tous ces mafieux sadiques, bons à enfermer… ils me cherchent, désormais. Je suis leur cible.
Ça devait arriver. Étonnant, d’ailleurs, que ça ne soit pas arrivé plus tôt.
En fait, les Kyanos me protégeaient. Ils me gardaient bien au chaud, pour leurs petits plans personnels…
Je relève la tête.
— Qu’est-ce que je dois faire, d’après toi ?
— Je vais te protéger, répond Damian. Je dois t’amener à la maison : ta maison, Megane, sur l’île.
Ma maison. Il croit encore que je vais l’épouser…
— Et toi ? Tu seras où, pendant ce temps-là ? En voyage de noces avec ta première femme ? sifflé-je, acide.
— Je ne vais épouser Afrëdita que sur le papier, Meg, me répond Damian en me glissant un regard sur le côté. Et je te fais le serment que je ne la toucherai pas. Tu es la seule et l’unique, à mes yeux. Mon épouse, la mère de mes enfants, et la future maîtresse du clan.
Merde.
Je me mords la lèvre, pour empêcher les larmes de me monter aux yeux.
— … mais je dois te laisser sous bonne garde à la maison pendant que je m’occupe des Kelmendi. L’île est imprenable. Tu seras bien, là-bas. On s’occupera de toi.
Je sens la colère, qui avait été douchée par son baiser fougueux et malvenu, remonter. Il veut me coller dans une cage, comme son père !
— Enfermée, comme une bonne chienne qui attend ton retour ?
— L’île n’est pas une cage : c’est un sanctuaire. Un temple dédié à ton culte. Tu seras avec Némésis, et les trois cane corso. Je ne peux pas les emmener avec moi à Tirana. Je t’en prie, Meg… fais-moi confiance.
Il me supplie presque, ses beaux sourcils froncés. Il s’inquiète vraiment pour moi…
— Te faire confiance à toi, le digne successeur de ton père ? sifflé-je. Celui qui a tué Chris, a orchestré mon enlèvement ? Je suis revenue pour finir le boulot, Kyanos. Et rayer ta sale race de la Terre !
Damian plante ses yeux turquoise dans les miens.
— Tu ne penses pas ce que tu dis.
Sa sale race. Oh, mon dieu…
— Si, je le pense, répliqué-je pourtant, les dents serrées, les larmes me montant aux yeux.
Je peux pas. Je peux pas. Ils m’ont eue…
Damian me reprend dans ses bras, ignorant la morsure du scalpel sur sa peau. Il me couvre de baisers, déchaîné.
— Je t’aime, Megane. À la folie. Laisse-moi te le montrer. Laisse-moi te vénérer…
— Lâche moi… !
Mon poing cogne contre son torse, agressif. Il suffirait d’un seul coup pour que je lui ouvre la jugulaire… et il le sait. Mais il continue, mon dieu, il continue.
La lame si aiguisée a entaillé sa peau, légèrement, mais assez pour le faire saigner. L’hémoglobine coule le long de sa gorge, dans le creux entre ses pectoraux. Prise d’une pulsion bizarre, je le lèche. Un seul coup de langue, lent et sensuel.
Damian pousse un gémissement caverneux.
— Megane…
Je le pousse sur le marbre noir du bureau – encore un truc de Vassili -, incapable de me retenir. Écarte les deux pans de sa chemise, arrachant les derniers boutons. Dévoile son nombril, les muscles dessinés de son ventre parfait, traversé par une ligne de poils drus et noirs. Déboucle sa ceinture moi-même, tire sur le pantalon et l’élastique du boxer. Damian reste allongé, ses yeux mi-clos posés sur moi, tentateurs. Sa main caresse et enroule mes boucles. Je le regarde, plante mes yeux dans les siens… puis glisse ma bouche sur sa queue avide et engorgée.
Un grondement animal, sombre et grave, sort de sa gorge. Son poing s’enroule autour de mes cheveux, et de l’autre main, il saisit ma tête, m’obligeant à le prendre tout entier, jusqu’au fond.
Je sens son gland buter contre ma glotte. Mais je ne cède pas à la panique, à la sensation d’étouffement. Je sais sucer une très grosse queue. Je le laisse instaurer son rythme, tout en accompagnant le mouvement avec ma langue et mes lèvres. La taille de son membre, son épaisseur, et l’intensité, de plus en plus rapide, me fait saliver davantage. Comme une chienne qui se régale avec un gros jambon. Mais je savoure vraiment sa hampe, le goût salé de son extrémité, et le parfum puissant, musqué, qui monte à mes narines à chaque fois que je redescends vers son bas-ventre. J’ai envie de le sentir exploser dans ma bouche, d’avaler sa semence jusqu’à la dernière goutte comme j’avalais celle d’Hadès. Auront-ils le même goût ?
— Continue comme ça, bébé… murmure Damian. Ne t’arrête pas.
Je ne compte pas m’arrêter. Cette fois, je veux qu’il jouisse. Pour qu’il se rende compte de ce qu’il a perdu. Alors, je saisis la base de sa verge et entame des mouvements de va-et-vient pour accentuer son excitation. Il grogne, saisit ma tête à deux mains, cette fois, baisant ma cavité buccale jusqu’au fond de ma gorge.
— Megane…
Un jet brûlant jaillit dans ma bouche. Je l’avale, me redresse, les yeux posés sur Damian.
— Tu veux me baiser, Kyanos ? l’aguiché-je en passant mes doigts dans l’élastique de mon string, toujours au-dessus de lui. Ou t’as plus faim ?
S’il est comme son père, dans cinq minutes, il est reparti.
Damian me regarde, le demi-sourire prédateur. Il passe sa langue sur sa canine, et se redresse, attrapant ma bouche à nouveau. Avec la sienne, cette fois.
— Viens t’empaler sur ma bite, ordonne-t-il en plaquant ses mains sur mes fesses.
Il est dur, à nouveau.
Le digne fils de son père.
Ma fente pulse d’anticipation. Je sais que je vais être déchirée à nouveau, comme à chaque fois. Mais j’en ai trop besoin.
Sauf que la porte s’ouvre.
— Que…
Afrëdita. Sa fiancée. Elle nous fixe, les yeux agrandis.
— La putain rousse… chuinte-t-elle. C’est elle ! Je la reconnais.
Derrière elle, je vois un grand mec baraqué sortir son flingue.
Un Kelmendi.
D’une poigne autoritaire, Damian me fait passer derrière lui.
— Lâche ton arme, Samir, ordonne-t-il.
Il a eu le temps de se rhabiller, je ne sais comment.
— Cette putain est la tueuse qu’on recherche. Ma cousine vient de l’identifier ! rugit-il.
— C’est surtout ma putain. Alors tu baisses ton flingue.
Le mafieux ne tire pas, mais il ne baisse pas son arme pour autant. Afrëdita se tourne vers lui, et, furieuse, lui crie quelque chose en albanais. Qu’il ignore.
Il se tourne vers Damian.
— Un homme a certains besoins, grogne-t-il, et tu as respecté la virginité de ma cousine. Mais cette pute que tu t’es choisie doit être mise à mort. C’est la loi de la gjakmarrja !
Le déclic d’un cran de sûreté résonne dans l’atmosphère tendue du bureau.
— Si tu la touches, Samir, c’est toi que je bute, dit calmement Damian en pointant son arme sur le mafieux. C’est moi qui fais la loi dans ce club, pas toi, ni les Kelmendi.
Le molosse gronde, mais il ne dit rien. Il ne peut rien faire : ici, il est sur le territoire des Kyanos.
Sans me regarder, Damian me fait signe de partir.
— Fuis, me souffle-t-il en français. Quitte Mykonos. Et retrouve-moi à Athènes, devant le Parthénon, dans trois jours, au coucher du soleil. Ne va surtout pas à Tirana. Tu es en danger de mort, là-bas !
Je passe devant les deux Albanais qui me dévorent des yeux, blêmes de rage. Damian tient toujours Samir en joue. Je descends l’escalier, lentement. Mais une fois en bas… je cours. J’ai juste le temps d’entendre gueuler quelque chose en albanais avant de passer la porte.

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