Chp 15 - La Furie

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— Prête à prendre ma queue ?

— Oui, Maître Hadès.

— Tu la veux où ?

La question à dix mille dollars. Je sais ce qu’il veut que je réponde, mais je n’arrive pas à le dire.

— Dans… dans…

Merde.

— Dis-le.

— Dans le cul, soufflé-je.

Sa main fesse doucement ma croupe, encore lézardée des coups de cravache de la veille.

— Bien. Bonne chienne, me félicite-t-il avant de glisser son membre dans mon rectum.

Mes doigts se crispent sur le barreau de ma cage, attrapent la chaîne qui lie mes mains. Mais Hadès, visiblement satisfait de ma soumission, garde un rythme lent, fluide.

— C’est un compliment, tu sais ? dit-il sans cesser de remuer du bassin au-dessus de moi. De te comparer à une chienne.

— Oui, Maître Hadès, marmonné-je.

C’est la seule réponse autorisée, avec lui. Quoiqu’il puisse y avoir des pièges. Un jour, il m’a demandé si je préférais la queue du Minotaure à la sienne. J’ai bien entendu répondu « Non, Maître Hadès ». C’était la bonne réponse.

Mais parfois, il faut élaborer.

— Pourquoi ? demande-t-il, la voix légèrement rauque. Explique-moi.

Sa verge glisse bien, aujourd’hui. Je n’ai pas de fissures, je suis lubrifiée. Et surtout, il n’y va pas comme un bourrin. Mais j’hésite à répondre. Ça sent le piège.

— Si ta réponse ne me plaît pas, ajoute-t-il soudain, je te coupe la langue.

C’est bien ce qui me semblait. Un piège, pour pimenter un peu les choses.

— Artémis Lykania, murmuré-je. Elle a été surnommée « la grande chienne ».

Hadès se penche sur moi. Il dépose un baiser sur ma nuque, et écarte de mon front trempé une mèche de cheveux gênante.

— Impressionnant. Tu sais que même l’une des plus grandes archéologues roumaines ignorait cela ? Mais toi, du haut de tes vingt ans, tu le savais.

Sa main agrippe mes cheveux, et son rythme accélère. Je pousse un gémissement. Non feint : impossible de faire semblant, avec lui. Il me pousse toujours au bout du bout, dans un monde interstitiel qui n’existe que lorsque je suis livrée à son désir brutal. Ses doigts effleurent mes lèvres déjà gonflées, entre lesquelles il a placé un gros gode en titane, attaché à mes hanches par des courroies en cuir. À chaque coup de rein, ce phallus raide comme un poteau s’enfonce plus profondément, accompagnant celui d’Hadès qui écartèle mes fesses.

— Je t’autorise à jouir, aujourd’hui, Megane, murmure-t-il, grand seigneur.

— Merci, Maître Hadès, soufflé-je.

Sa main remonte, effleure mon clitoris.

Oui. Oui.

La pression dans mon anus, conjuguée à celle dans mon vagin, est sublimée par les caresses habiles qu’il me prodigue. C’est affreux à dire, mais ce monstre sait faire jouir une femme. Autant qu’il sait lui faire mal. Le rythme est divin, une exquise torture. Et lorsqu’il se penche sur mon épaule pour me mordre, j’explose au moment même où il plante ses canines, en poussant un long cri rauque.

Je retombe sur le lit, exténuée, retenue seulement par les bracelets qui encerclent mes poignets.

— Celui-là, je crois que même mon fils l’a entendu ! ricane Hadès en flattant mon dos. Bonne chienne, vraiment.

Bonne chienne. Il a fait exprès de me faire japper, sachant que Damian, là-haut, au sommet de l’escalier, écoutait.

Bonne chienne. Il me détache, retire de ma fente trempée l’instrument phallique qui m’écartelait. M’essuie lentement, passe un peu de pommade sur mes fesses et mon anus étiré. Puis il dépose un baiser sur mes cheveux, à l’arrière de ma tête.

— Passe une bonne nuit, ma perle. Et fais de beaux rêves.

Le bruit de la porte métallique. Celui du cadenas qui se ferme. Ses pas dans l’escalier, son sifflotement désinvolte. Et les mots durs, rapides et laconiques qu’il balance en grec à son fils, qui attend là-haut.

Les bruits familiers de ma captivité.


*


Je me réveille dans des draps de soie. Une lumière douce et tamisée flotte dans la pièce comme les reflets du bassin sur le plafond d’une piscine, et j’entends le bruit du ressac, lent et inlassable. Woush. Woush.

J’essaie de me relever, en grimaçant tant je suis fourbue… et m’aperçois que je suis attachée.

Un seul bracelet, une chaîne fine. Reliée à ma cheville. Elle est suffisamment longue pour que je puisse me lever, marcher dans la pièce. Aller aux toilettes, même : il y a une petite pièce tout en marbre italien, avec une douche immense, une baignoire et tout ce qu’il faut. Je trouve même des fournitures neuves, des serviettes propres impeccablement repassées et pliées, et une superbe robe de chambre en soie vert canard, neuve, qu’on a visiblement achetée exprès pour moi.

Je la prends dans l’idée de l’enfiler, puisque je ne suis vêtue que d’une culotte noire toute neuve. La sensation de la soie sur ma peau, pourtant légère, me fait gémir de douleur.

Mon dos… est une charpie.

Je me tourne devant l’immense miroir, redoutant ce que je vais voir. Une bouillie de crème rougeâtre, des croûtes, sous un immense pansement. Damian m’a amenée ici, il m’a soignée… puis il m’a enchaînée.

Je suis sa prisonnière. Dans une cage dorée, certes… mais une cage tout de même.

On frappe à la porte. J’émerge de la salle de bains, pour trouver mon ravisseur dans ma chambre, avec un plateau.

— Espèce de salopard, grogné-je. Salaud de Kyanos de merde…

— Bonjour, Megane, répond-il froidement.

Il pose le plateau sur une table. Je m’en approche, avec une furieuse envie de le lui jeter à la gueule. Mais à la vue de ce qu’il y a dessus, mon ventre gargouille furieusement. Des œufs brouillés, du poisson, des toasts, du raisin, un jus d’orange frais, du yaourt épais et crémeux. Et – chose que je n’ai pas mangé depuis longtemps – des croissants. Damian s’est décarcassé pour m’offrir ce petit déjeuner. Et il vient me l’apporter en mains propres, en plus.

Je suis affamée. Il faut que je mange : tant pis pour ma dignité. Je m’assois sur la chaise qu’il me tire et me met à table.

La nourriture, en glissant dans mon estomac vide, me fait un tel bien que je manque défaillir. On ne prend jamais autant de plaisir à manger qu’après une bonne séance de torture.

Je vide le plateau sous les yeux de Damian, qui attend dans un coin, silencieux. Le salopard… il se permet de me faire la tronche, en plus.

Je me tourne vers lui. Contemple sa silhouette immobile, ses bras croisés sur son torse musclé. Son regard sombre à moitié caché par ses cheveux, son aura de ressentiment.

Allez. C’est le moment de reprendre le combat.

— Ta femme est là ? sifflé-je d’un ton acide.

— Oui, elle dort dans sa chambre.

— Vous faites chambre à part ?

Il relève le menton, avec cet air fier et défiant qui m’énerve tant.

— Évidemment. Tu croyais quoi ?

— Je sais pas. Que tu te comporterais comme un homme marié normal.

— Je n’ai rien de « normal », Megane. Et toi non plus.

Je le scanne à nouveau, des pieds à la tête, tout en dévorant le dernier croissant.

— C’est quoi le programme, maintenant ? Tu vas enfin me couper la langue ? Me fouetter devant Afrëdita ? dis-je en m’emparant du yaourt.

— Je vais te conquérir. Chaque jour et chaque nuit.

Je pose ma cuillère pleine de laitage, hausse un sourcil.

— Me « conquérir » ? Comment ? En me jouant du bouzouki à genoux ? Tu crois que ça va suffire à te faire pardonner ?

Damian ne rit pas. Ses yeux sont moins bleus que d’habitude, dans la pénombre de la pièce. En fait, ici, avec ses longs cheveux noirs et bouclés, cette chemise noire, il ressemble terriblement à son père.

— Je vais t’apprivoiser, comme il le faisait. Te redonner le goût de mon corps, de ma sueur, de mon sperme. Effacer la marque d’Hadès sur toi, en toi.

— OK, me violer, donc, conclus-je. Comme il faisait. Après le fouet, la matraque. Beau programme… t’es vraiment devenu comme lui, Damian. Je te félicite.

Il secoue la tête, décroise les bras.

— Non, pas comme lui. Mais tu vas l’oublier.

— Impossible. Ton père m’a traumatisé, je te signale. C’est à cause de lui – en partie – que je te hais autant.

— Tu le hais, et pourtant, tu as gardé son enfant, assène-t-il, le visage fermé.

Je me fige, la cuillère en l’air.

Il est au courant. C’est pour ça en fait, qu’il est en colère.

— Qui t’a dit ça ?

— Mehmet Kelmendi, répond Damian en s’adossant contre le mur, croise les bras de nouveau. Il a retrouvé ta famille et il est tombé sur ton fils. Un nouveau-né de quatre mois… t’as de la chance qu’il n’ait pas ordonné leur exécution, à tous les trois, tes parents et lui. Beaucoup de chance. Les Albanais n’hésitent pas, d’habitude. Le Cercle non plus.

Ma main tremble. Je la repose.

— Qu’est-ce qu’ils veulent ?

— Que tu restes ici, enfermée, muette. Que je m’occupe bien d’Afrëdita. Mehmet avait du respect pour mon père, un respect presque surnaturel, je dirais. Il le craignait. Il n’ose pas toucher à son fils. C’est aussi pour ça qu’il a préféré que j’épouse sa fille plutôt que de m’éliminer, alors que tous les membre du Cercle me soupçonnaient de l’avoir tué. Un crime puni de mort, habituellement. Mais maintenant, c’est toi la coupable, pour eux. Les Kelmendi n’ont accepté de te laisser la vie sauve que parce que ça garantissait celle d’Afrëdita, et ma soumission à eux.

Je détourne la tête. Damian n’est au courant que de la moitié de l’histoire. Les Kelmendi aussi. Parfait. J’ai encore des cartes à jouer.

— Si je me soumets à tes caprices, tu promets de ne pas faire de mal à mon fils ?

Damian fronce les sourcils.

— Pourquoi tu l’as gardé ? murmure-t-il.

Je ne réponds pas. Une femme n’a pas à justifier ses choix, en la matière.

— Tu l’aimais, en fait, finit-il par dire. Et tu penses encore à lui.

Le ton est sombre, presque éteint.

— Ton père savait imposer sa volonté, dis-je enfin. Même au-delà de la tombe. C’était impossible de lui résister. Tu le sais bien.

Damian baisse la tête. Pour la relever aussitôt.

— Je vois. Alors laisse-moi te dire une chose : si tu continues à me résister, Megane, c’est moi qui le ferais tuer. Même si c’est mon demi-frère. Ça ne change rien, à mes yeux. Cet enfant, Hadès te l’a imposé.

Sa voix est grondante, et ses yeux brillent avec intensité, tel deux diamants noirs. Sa bouche est retroussée sur ses dents, comme un chien qui montre les crocs.

— D’accord, Damian. Je vais me soumettre. Mais à une condition : fais-le venir ici.

— Non, lâche-t-il brutalement. Je ne veux pas de ce bâtard ici. Je te laisserai parler à tes parents une fois par semaine, et tu leur diras que je suis ton nouveau petit ami, pour ne pas qu’ils s’inquiètent.

Je sens les larmes me monter aux yeux.

— Je t’en prie… il est en danger, tout seul, là-bas. Il faut que tu le protèges ! Je ferais tout ce que tu veux, je te le jure.

— Le protéger ? chuinte Damian, les canines en avant. Je vais avoir du mal à me retenir de le jeter à la mer, si on m’amène le gosse que t’a planté mon père dans le ventre en guise de cadeau d’adieu. Je sais que tu jouissais comme une chienne en chaleur quand il te baisait, je t’entendais gueuler d’en haut… t’es même revenue te faire sauter par lui une dernière fois pendant la fête, ce soir-là. Tu ne pouvais pas t’en empêcher… Mais ça va changer, Megane : maintenant, c’est ma queue que tu vas prendre, tous les jours, et sans rechigner. Au bout d’un moment, tu vas kiffer ça. On reparlera du gosse à ce moment-là… et de la suite, que tu te sortes mon père de la tête une bonne fois pour toutes !

Damian me jette un dernier regard, puis il quitte la pièce. Je l’entends verrouiller la serrure derrière lui.

C’est la troisième fois que je suis prisonnière des Kyanos. Et je comprends que ça sera probablement la pire, car désormais, je n’ai plus d’allié.

Damian est devenu mon ennemi.

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