Chp 20 - Le Démon
Megane me fixe, allongée sur le lit, les bras levés au-dessus d’elle dans une posture bizarrement langoureuse.
— Tu ne m’attaches pas les poignets, cette nuit ?
Je secoue la tête.
— Je pense que ce n’est pas la peine.
— Et le plug ? Tu ne me forces pas à le porter ?
Je la regarde en silence.
— L’anneau suffit.
— Je pourrais l’utiliser pour me faire du bien, et réussir à trouver le sommeil dans cette foutue chambre…
— Tu fais comme tu veux, grogné-je.
Je ne suis pas un bon maître, un « dresseur de femmes » comme mon père. Il dirait probablement que je manque de discipline. Mais Megane ne m’a pas trop insulté, ce soir. Je me sens apaisé. J’ai pas envie de lui faire du mal.
— Tu ne m’as pas forcé à te sucer non plus, remarque-t-elle pensivement.
Je me passe la main dans les cheveux, un peu nerveux.
— Écoute, Megane… tu veux que je te maltraite, c’est ça ?
— Je veux surtout t’empêcher de trouver un nouveau prétexte pour m’éloigner de mon fils. S’il faut te pomper la queue pour obtenir le droit de lui parler, je suis prête à le faire. C’est une formalité, pour moi, après toutes les bites que j’ai sucées au Manoir. Et ça ne pourra jamais être pire que les gorges profondes d’Hadès, qui manquait de m’étouffer à chaque fois. Tu sais qu’il me tenait par la gorge, souvent ?
Je me crispe immédiatement.
— Je vais te laisser lui parler, à ton rejeton de l’Enfer, t’inquiète pas… grogné-je. Mais arrête de me provoquer constamment. J’ai déjà assez à faire avec Afrëdita.
— Elle t’embête ?
— Elle me harcèle. Pour me faire payer son mariage malheureux.
Heureusement, pour la faire taire, il suffit de l’acheter. Megane, c’est un peu plus compliqué.
— Tu ne peux pas la renvoyer chez elle ?
— Elle ne veut pas y retourner. Et puis, c’est une sorte d’otage. Si je la renvoie à son père, le vieux Kelmendi va attaquer ma maison à coup de lance-roquettes !
— Mais il a besoin de toi pour récupérer du pouvoir…
— Il pourrait aussi me tuer, voler la bague et enlever ton enfant, pour l’élever à sa manière et se servir de lui comme d’un pantin sacrificateur lors du rituel.
Megane se redresse, son regard vert soudain alerte.
— Fais-le venir ici, Damian, je t’en prie !
Je secoue la tête.
— Non.
— Je ferais tout ce que tu voudras, insiste-t-elle. Ce gosse est innocent, il ne mérite pas de payer les pots cassés par vos sales histoires !
Innocent, innocent… ça reste à prouver. Je doute que Megane pense la même chose quand elle fera face aux premières manifestations du « sang noir » chez son fils. Elle appelle mon grand-père le « violeur », mon père le « pervers », moi, le « salopard »… je me demande quel surnom elle trouvera à son cher Alexandre, le jour où il disparaîtra dans la forêt pour revenir couvert de sang ou qu’il se fera renvoyer de l’école après avoir mordu une fille.
— La bacchanale va avoir lieu dans quelques semaines, lui rappelé-je. Tu veux vraiment mettre un bébé là-dedans ? Le vieux Kelmendi ne fera rien à ton Alexandre. Pas tant que je garde sa fille ici, avec moi.
Megane semble retrouver un peu de calme.
— Faut dormir, maintenant, lui dis-je en me dirigeant vers la porte.
— Tu reviens demain matin ?
— Non, demain, je ne suis pas là de la journée. Je dois aller à Athènes pour faire des courses pour le rituel.
— Quel genre de courses…
— Un taureau, déjà. On commence toujours par un sacrifice de taureau pour sanctifier le temple, c’est obligatoire. Faudra aussi que je nomme un Minotaure…
Je soupire, repasse ma main dans mes cheveux.
Si seulement Michail était là.
— C’est la première fois que tu organises ce rituel, observe Megane.
C’est vrai. Et les fois précédentes, je ne m’en suis jamais mêlé : c’était Michail qui se tapait tout le sale boulot. Lui, il connaissait le rite par cœur. Un bon petit soldat, mon frère.
— Je peux t’aider, propose Megane. Tu peux m’emmener avec toi à Athènes demain.
Je la regarde, un peu amusé. Megane, complice du rite qui a gâché sa vie…
— Tu plaisantes ! Les Kelmendi ont été clairs. Tu dois rester enfermée.
— Ils ont aussi dit que tu devais me couper la langue. Tu ne l’as pas fait et regarde : il n’est rien arrivé !
— Ils ne peuvent rien faire tant que tu es ici. À Athènes, ce sera différent. Tu restes là.
— Qu’est-ce que je vais faire, toute la journée toute seule, enfermée ici ? proteste Meg. Personne ne viendra me détacher pour que j’ailles me promener avec Némésis, si tu n’es pas là !
— Ivo viendra sortir Némésis, et Maria t’apportera à manger : je le lui ai demandé. Quant à toi, Megane, eh bien… je sais pas, t’as qu’à te branler. Ça fait passer le temps. Allez, passe une bonne nuit. On se revoie demain soir, si je ne rentre pas trop tard.
— Damian, salaud…
Je le laisse m’insulter et referme doucement la porte.
Afrëdita est juste derrière.
— Déjà rentrée ?
— Ainsi, c’est là que tu gardes cette fille, lance-t-elle en regardant la porte. Dans ta propre chambre.
J’ai fait ça en pensant qu’il ne suffirait que d’un jour pour qu’elle craque et me supplie de la rejoindre, et aussi pour qu’elle s’habitue à mon odeur. Mais ni l’une ni l’autre option ne s’est réalisée.
— C’est plus facile comme ça. J’ai pris la chambre de mes parents.
— Où je n’ai pas non plus le droit d’entrer, constate amèrement Afrëdita.
— J’ai été clair, pourtant, soupiré-je. Toi et moi, c’est un mariage de papier. On ne s’était jamais parlé avant le mois dernier. J’imagine que tu t’es rendu compte depuis quel type ignoble j’étais ?
Afrëdita garde le silence.
— Ta lettre était très belle, finit-elle par dire en faisant la moue. Très romantique.
Normal. Je l’ai écrite en pensant à Megane.
— Bah tu peux remercier ChatGPT pour ça… il est pas mauvais, en albanais.
Je la dépasse pour me diriger vers le bureau. Elle n’osera pas me suivre là-bas.
Et effectivement, elle ne me suit pas. Mais au moment où j’ouvre la porte, sa voix retentit.
— Damian ! Si tu ne me fais pas un enfant rapidement, je vais tout balancer à mon père.
Mais.putain.de.merde.
Je me fige.
— Pardon ?
— Je veux que tu me fasses un bébé, assène Afrëdita, glaciale. Elle en a bien eu un, elle.
— Elle a été violée par mon père, grogné-je. Ça te va ?
Grimace dubitative.
— Je m’en fiche. Mon père a exigé que je mette au monde l’héritier des Kyanos-Kelmendi. Je dois lui obéir.
— Si tu te retrouves flanquée d’un niard, tu auras du mal à refaire ta vie, ensuite ! la mets-je en garde.
— Même si tu divorces, je serais immensément riche. Des gens s’occuperont de ce « niard », comme tu dis. Les prétendants se bousculeront pour m’épouser. Et il y a plein d’autres héritiers des Anciennes Familles. Tu n’es pas le seul, Damian.
Bah fallait les épouser, alors.
— Si c’est pour divorcer et te remarier, pourquoi tiens-tu tant à avoir un enfant de ton premier mari ? Je ne comprends pas la logique.
— Parce qu’on a besoin de quelqu’un de ton sang pour conduire le rituel. Et que je ne veux pas que ce soit le gosse de cette traînée que tu gardes enfermée : ce serait lui donner trop d’importance. Enfin, ce sont les ordres de mon père… je serais une mauvaise fille si je ne m’y conformais pas !
Bordel… elle est tenace.
— Si je te baisais, tu chialerais ta race, Afrëdita, grondé-je. Je suis le fils d’Hadès, tu te souviens ? Je te la mettrais dans le cul, et je te prendrais si fort que tu ne pourrais plus marcher pendant deux ou trois jours. Je mords, aussi, on ne te l’a pas dit ? Les seins, la gorge, le ventre, les cuisses : tout. Un vrai cannibale. C’est comme ça qu’on fait l’amour, dans ma lignée. Très peu de gens arrivent à le supporter. Je payais mes putes très cher pour qu’elles acceptent tout ça sans se plaindre. Ton père est au courant de ces petites particularités, et il t’a jeté entre mes griffes sciemment.
Afrëdita est rouge tomate. Ce que je viens de lui dire lui a coupé la chique.
Très bien. Elle va y réfléchir à deux fois avant de m’emmerder, la prochaine fois.
Mais non. Elle n’a pas dit son dernier mot. Et sa voix claque à nouveau, grave et presque sans trembler :
— Ta pute rousse, là, elle accepte ça ?
Je me permets un lent sourire, dévoilant mes dents.
— Oh, oui. Elle ne peut même jouir que comme ça… c’est la raison pour laquelle elle est si précieuse. Tu comprends, maintenant ? Tu n’es pas de taille, Afrëdita. Je suis désolé… mais on n’est pas faits pour être ensemble. Incompatibilité biologique, tu vois ?
Alors que Megane, elle, m’est destinée.
Afrëdita me fixe sans rien dire. Je lui ai définitivement cloué le bec. Je pense que la perspective d’être mordue et sodomisée l’a bien refroidie…
Eh oui ma cocotte. Les vampires, c’est sympa dans Twilight. Mais pas en vrai.
Je m’engouffre dans le bureau, et claque la porte.

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