L'île - 9
Cela fait quelques mois que les travaux au Manoir sont terminés. Encore une fois, Vassili a tenu à faire le gros des rénovations, et il était peu présent sur le chantier de Guédelon. Mais le moyen-âge l’intéresse nettement moins que l’Antiquité. « Trop de religion », dit-il. Il n’a pas tort.
En rentrant cet après-midi avec les enfants – Michail et Damian adorent venir au château, et ils aident en faisant des pâtés de sable et des petites peintures -, je trouve Vassili allongé dans le canapé en cuir du bureau, un bras derrière la tête, en train de lire un livre.
Je souris en le voyant si concentré dans sa lecture. Qu’y a-t-il de plus sexy qu’un homme qui lit ? Je m’approche de lui et l’embrasse tendrement.
— Qu’est-ce que tu lis, mon amour ?
Il tourne le visage vers moi et repose le bouquin sur son ventre, ouvert.
— Un roman français que j’ai trouvé sur ta table de nuit. Je me suis dit que c’était une bonne occasion de progresser : il paraît que l’auteure était la secrétaire générale de la Nouvelle Revue Française.
— Ah bon ? J’ai ça dans ma bibliothèque, moi ?
Je jette un œil sur la couverture, un peu surprise.
Et blêmis aussitôt.
Oh, non. C’est ce livre.
Histoire d’O., de Pauline Réage.
— Oh… tu lis ça.
Vassili relève le visage. Ses yeux sont sombres.
Que doit-il penser de moi, la mère de ses fils, après avoir lu une telle pornographie…
Ce livre m’a choqué, avec l’histoire de cette femme qui prend son plaisir dans la soumission, la douleur et l’avilissement. Mais il m’a troublé, également. J’ai pensé en le lisant qu’on peut tout donner, par amour.
— C’est assez fascinant, commente Vassili. Et très bien écrit. Tu l’as lu ?
Je suis tentée de lui répondre non. Mais je n’aime pas lui mentir.
— Oui, mais… je ne crois pas que ce soit un bon livre. Je l’ai trouvé très mauvais, indécent.
— Pourquoi ? Il n’est pas vulgaire. Il n’y a rien de cru, dedans. Qu’est-ce qui t’a choqué ?
— Le… cette histoire d’anneau, de marquage… le fouet, la cellule avec ces filles enfermées, livrées en pâture à tous les hommes qui les veulent… j’ai trouvé ça…
Je me sens rougir.
— … troublant ? termine Vassili à ma place.
Je hoche la tête.
— C’est vrai que ça l’est, avoue-t-il. Qu’une femme accepte ça de son plein gré… tu l’accepterais, toi ?
Je le regarde, étendu sur le canapé. Ses longs cheveux noirs et bouclés, la courbe émouvante de sa bouche, son regard à la fois minéral et aimant, protecteur. Ses épaules larges. Et surtout, l’énergie de pur amour qu’il dégage lorsqu’il me regarde. Le caractère familier, rassurant, du moindre millimètre de son corps. Vassili représente tout pour moi. Il est mon mari, ma famille, mon ancre.
— Oui, lâché-je. Si c’était pour toi, et uniquement pour toi… je le ferais.
Un lent sourire se dessine sur ses lèvres pleines. Il attrape ma main, doucement.
— Viens là, murmure-t-il en m’attirant à lui.
Ma bouche touche la sienne. Je sens la pointe de sa langue, et un peu ses dents, alors qu’il m’embrasse.
— Je t’aime, souffle-t-il en plongeant la main dans ma chevelure.
Une vague de désir me traverse, urgente.
— Les enfants… soufflé-je.
— Ils jouent dehors avec le chien, non ?
J’entends leurs rires. Et je sais que je peux compter sur Michail pour surveiller Damian. Mais tout de même…
Vassili me saisit par les hanches, et m’assoit sur lui. Alors que je continue à l’embrasser, je l’entends déboucler sa ceinture. Ce seul son suffit à me rendre fébrile. Ma respiration s’accélère, alors qu’il glisse sa main sous ma jupe. Écarte ma culotte… et plonge son membre dur en moi, m’empalant sur lui.
Je gémis. Ses mains baissent mes bretelles, tirent sur le haut de ma robe jusqu’à dévoiler mes seins. Lorsqu’il attrape mon mamelon dans sa bouche et se met à le mordiller, je me sens défaillir.
— Vassili… oui…
— Tu aimes ça ?
— J’adore.
Ses lèvres font rouler mon téton sensible sous ses dents, juste assez pour que ça soit stimulant, mais sans que ce soit jamais douloureux. Je sens sa langue lécher, agacer ma pointe. C’est divin, et je glisse un peu plus sur lui, me frottant contre son ventre dur. Vassili me laisse imposer mon rythme sans cesser ses va-et-vient, jusqu’à ce que je sois au bord du gouffre.
Soudain, il se retire, et pousse mes hanches plus haut vers lui. Jusqu’à sa bouche. Sa langue trouve mon clitoris, se met à le lécher lentement.
Je rencontre son regard. Sombre, impérieux, désirant.
— Imagine que tu portes un anneau ici, murmure-t-il de sa voix de velours. Et qu’on te prenne par derrière alors que tu ressens ce plaisir-là. Un homme très dominant, doté d’une très grosse queue. Que tu ne puisses rien faire, mis à part la subir, et attendre qu’il veuille bien te faire jouir.
Je pousse un gémissement. Vassili continue à titiller mon clitoris, et pendant ce temps-là, ses doigts glissent lentement le long de ma fente, jusqu’à mon anus.
Je sursaute.
— Vassili… qu’est-ce que tu fais…
— Tu n’aimes pas ?
— Si, mais…
Son majeur s’enfonce doucement entre mes fesses.
— Et là ?
Je me tortille, embarrassée.
— C’est… bizarre.
Il rit, et retire son doigt. Puis rabats la robe sur moi, pile au moment où Damian débarque, flanqué de Michail.
— Vous faites quoi ? hurle notre petit dernier.
Vassili reste très calme. Mais si je me lève, les petits verront son sexe.
— Maman me masse les épaules : je me suis coincé le dos, dit-il tranquillement. Allez dans la cuisine pour le goûter : on vous rejoint dans cinq minutes.
Les garçons sortent du bureau. Je suis de nouveau seule avec Vassili.
— Tu sais que je te respecte, Katarina, souffle-t-il.
Je le regarde, un peu inquiète. Ses yeux brûlent d’un feu noir intense. Je sens cette chaleur de brasier gagner mes reins.
— Oui, bien sûr… Pourquoi tu me demandes ça ?
— Parce que dans les cinq prochaines minutes, murmure-t-il de son timbre rauque, tu penseras que c’est le contraire.
Il marque une pause, et son regard devient encore plus féral.
— Retourne-toi, ma biche.

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