Chapitre 2

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(〃 ̄︶ ̄)/ New Day by Empyr \( ̄︶ ̄〃)

 Sans que je sache pourquoi, je repense encore à hier, à mon dernier jour dans ce lycée. En y réfléchissant plus profondément, le dernier fut, en tout point, semblable au premier. Les quelques professeurs qui m'ont adressé la parole m'ont tous dit la même chose. J'ai eu le droit à des « bon courage » ou à des « tu peux encore y arriver, tu as des capacités », etc., le discours habituel finalement. Ses phrases, je les ai entendues durant ces deux journées trop longues. Seuls le contexte et leurs arrière-pensées ont changé. Il ne me souhaite plus bonne chance parce que je suis le nouveau qui vient de débarquer et qu'ils ne me connaissent pas. Non, ces bons courage sonnent de la même manière qu'il n'y a plus d'espoir mais ce n'est plus ma responsabilité. Je ne peux pourtant rien leur reprocher, je ne leur donne pas matière à penser autrement.

 Toutes autres personnes seraient un minimum tristes de quitter leur établissement, leurs amis et leurs profs. Mais il me semble l'avoir déjà dit, ce n'est pas mon cas. Premièrement parce que je ne laisse personne derrière moi, pas même une petite connaissance ou un crush banal. Et puis, deuxièmement, j'ai l'habitude de bouger, de déménager. Cela fait des années que ma mère n'a pas de boulot stable, elle ne reste jamais très longtemps au même endroit, je n'ai donc pas d'autre choix que de la suivre. Je crois que depuis le collège, je n'ai jamais fait une seule année scolaire dans le même établissement.

 *****

 C'est un baiser humide que ma mère dépose sur mon front qui me réveille ce matin. Pas l'alarme d'un réveil puisque je n'en ai pas, pas le bruit d'un klaxon en bas de la rue. Non le réveil est doux. Pourtant, je n'ai toujours aucune motivation pour me lever. Je ne prends même pas la peine de déjeuner et enfile un jogging large et un pull un peu trop grand. Je privilégie le confort au style ce matin...

 Je m'engouffre dans la voiture beaucoup trop tôt à mon goût, si bien que je passe le trajet à somnoler contre la vitre fraîche. Il est neuf heures lorsque nous débarquons à la gare, qui est déjà bien trop bondée et bruyante pour moi. Ma mère dépose ses affaires sur un siège et me parle à l'oreille :

— On a un peu d'avance, je vais me chercher un café. Tu en veux un ? sTu surveilles nos affaires ?

J'acquiesce à ses deux questions, je rêve de la boisson chaude depuis que j'ai mis un pied hors du lit... Lorsqu'elle revient, j'attrape le gobelet en carton qu'elle me tend et me laisse tomber sur une chaise trop raide. Je m'intéresse seulement maintenant à la localisation de notre nouvelle habitation. Elle me donne un nom de ville qui m'est absolument inconnu et je cherche la ligne qui nous y amènera. Il indique un départ pour dix heures cinq et une arrivée pour dix-neuf heures trente... Sachant qu'à vingt heures, nous embarquons pour deux heures d'avion, je n'ai pas besoin de calculer pour comprendre que ce n'est clairement pas à côté... En soi, le temps de trajet ne me dérange pas, ma mère et moi avons toujours un sujet de discussion, mais je viens tout juste de comprendre que nous ne changeons pas seulement de région, mais également de pays ET de langue. C'est-à-dire que là-bas, personne ne parle un seul mot de français !

Quand j'évoque cette partie-là, ma mère me rétorque avec toute la sagesse qu'elle possède que je maîtrise mieux l'anglais que n'importe quelle autre matière puisque c'est ma meilleure moyenne et que dans tous les cas, je n'ai pas d'autre choix que de faire des efforts si je tiens à obtenir mon bac. De plus, certes l'anglais est la matière dans laquelle j'ai les meilleures notes, mais j'ai quand même dix virgule cinq sur vingt de moyenne... Je n'ose pas non plus lui dire que je ne saisis même pas l'intérêt du bac parce qu'à son expression, je dois faire des efforts si je ne veux pas mourir enterré ou qu'elle pleure, ça non plus je ne le saisis pas très bien... que je sais, c'est que ce n'est pas gagné et que je vais devoir charbonner plus que jamais...

Nous passons le reste de la journée à discuter de tout et de rien, à jouer aux cartes ou à critiquer les autres passagers. Je ne vois pas passer le voyage en avion puisque je m'endors en quelques minutes. Il est vers vingt-deux heures trente lorsque nous arrivons devant l'immeuble décrépi qui n'a l'air d'attendre que nous... J'échange un regard avec ma mère alors qu'elle pousse la porte principale sans même avoir besoin de rentrer un code. Les escaliers sont lugubres et le sol est glissant. Je traîne nos valises difficilement alors que ma mère enfonce la clé dans la serrure, la porte s'ouvre dans un grincement peu accueillant. Une odeur d'humidité et de renfermé déferle sur nous sans parvenir à emporter le sourire de ma mère. Je fais un rapide état des lieux, ça sent l'endroit abandonné depuis des mois, les portes grincent, le sol craque à chacun de nos pas, tellement que j'ai peur de passer à travers. J'observe la peinture qui s'écaille sur le bas des murs et les traces de moisissure dans les coins. Pourtant même avec tous ces petits détails qui me retournent l'estomac, maman sourit encore :

— Un gros coup de ménage, deux-trois petits travaux et on sera parfaitement bien ici !

Je hausse les épaules, on a vu pire... Je soupire et ouvre les fenêtres en grand pour chasser l'odeur tandis qu'elle attrape un balai aussi sale que la pièce pour chasser les boules de poussière qui parsèment le sol. Elle dépose nos deux sacs de couchage comme elle le peut et je ne peux pas me plaindre, elle aussi va passer une mauvaise nuit... Nous mangeons des sandwiches achetés un peu plus tôt à la sortie de la gare avant de nous coucher. Le camion qui transporte le plus gros de nos affaires et de nos meubles n'arrive que demain et je devrai passer mon dimanche à tout ranger, du moins tout ce que je peux. Ma mère doit se rendre à l'agence immobilière, puis à son nouveau bureau. Même pas un jour qu'on est ici et déjà elle doit s'absenter... Je sais bien qu'elle fait tout ça pour nous, pour qu'on puisse se nourrir, avoir un toit sur la tête, mais ça me tue de la voir se plier en quatre pour ce que cela lui rapporte... J'essaierai de me trouver un nouveau boulot dans le coin pour l'aider un minimum, en espérant qu'elle me laisse faire.

******

Le soleil se lève tôt ici, il n'est que cinq heures trente quand l'aurore pointe le bout de son nez. Les rayons de lumière rose orangé percent à travers les volets troués et viennent s'échouer sur mon visage. Mon esprit est encore enveloppé dans la brume épaisse du sommeil lorsque j'entends la porte grincer malgré les efforts de ma mère pour rester silencieuse. Je me retourne sur le dos avec l'espoir de me rendormir mais, ne trouvant aucune position confortable, j'abandonne et me redresse. Je m'étire lentement, faisant lentement craquer mes articulations. L'odeur d'humidité est toujours bien présente mais elle se mélange à l'air frais qui se faufile par la fenêtre entre-ouverte. Après ma séance d'étirement, je ne prends même pas la peine de mettre un T-shirt et des fringues propres. J'attrape une éponge à l'allure douteuse dont je me sers pour nettoyer un minimum la salle de bain. Je lave ensuite le sol comme je peux, c'est-à-dire à quatre pattes par terre, les mains rougies par l'eau froide et munies d'une serpillière dont le manche est visiblement absent... Autant dire que ces deux heures de ménage intensif ont été sportives... Je me contente d'un short en jean clair et d'un T-shirt blanc pour sortir me chercher un petit déj' parce qu'après un tel effort, je mérite bien un peu de réconfort. Lorsque je passe la porte principale, j'ai presque envie de rerentrer immédiatement, l'air chaud m'étouffe presque. C'est une blague ? Il doit déjà faire une trentaine de degrés à l'ombre alors qu'il n'est même pas huit heures du matin ! Qu'est-ce que c'est que ce pays ? Je suis un gars du Nord moi, je le rappelle, au-dessus de vingt degrés, c'est le Sahara !

Je soupire et m'engage malgré tout dans les rues parce que la chaleur ne me coupe pas l'appétit. Le camion de déménagement est censé arriver vers quinze heures, alors j'ai largement le temps de papillonner dans les rues et d'aller me chercher à manger. Je vadrouille un peu au hasard jusqu'à tomber sur une petite boulangerie-pâtisserie. Une sonnette aiguë retentit lorsque je pousse la porte et un homme d'une cinquantaine d'années, debout derrière le comptoir, m'offre un grand sourire et un joyeux :

— Good morning !

Je lui réponds de la même manière et observe la vitrine alléchante qui s'offre à moi.

— What can I do for you ?

Je me contente de lui montrer ce que je veux, je n'ai aucune envie de me ridiculiser à cause de mon accent. Il hoche la tête sans perdre son sourire et m'emballe ma commande dans un petit sachet brun. Je paye et ressors, il y a des petites tables pour les clients juste devant mais je préfère manger en marchant. Je regrette rapidement mon choix en constatant que les rues sont déjà bondées, les habitants ont l'air habitués à la chaleur. Cela voudrait-il dire que c'est ainsi tous les jours ? Je marche toujours au hasard, attiré par les odeurs et les paysages, je jette un coup d'œil à l'heure de temps en temps mais j'ai encore de la marge, midi n'a pas encore sonné.

Alors que je passe devant un petit parc ombragé, un groupe de filles en minishort et crop-top assises sur une table me font signe et m'interpellent. Fidèle à moi-même, je les ignore, déjà parce que j'ai un certain côté associable comme vous l'aurez remarqué et en plus, je suis certainement incapable d'avoir une simple discussion avec elles même si elles parlaient à la vitesse d'un escargot. Je remarque qu'ici, la plupart des filles sont habillées de la même manière, certaines portent juste un haut de maillot de bain, parfois fleuri ou recouvert de dessins style mandala. Je ne pensais pas que c'était autorisé, mais personne ne semble les réprimander. Les garçons ne sont pas plus couverts, tous, je dis bien tous ceux entre quinze et quarante ans sont torse nu (à part ceux qui travaillent bien évidemment). J'avoue que ce n'est pas pour me déplaire... Après tout je reste un être humain et mes yeux ne savent pas résister à une jolie musculature... Je me surprends à mater quelques garçons au hasard, dont un particulièrement à mon goût, mais ne rêvons pas trop, je n'irai pas en voir un seul. J'aurais imaginé que personne ne serait dehors à cette heure, surtout un dimanche, ou alors seulement des personnes âgées allant au marché ou quelque chose dans le genre. Mais il faut croire que cet endroit est toujours plein de vie.

Je papillonne encore une demi-heure ainsi quand la sonnerie de mon téléphone me ramène à la réalité. Numéro inconnu ? Je décroche :

— Bonjour ?

— Bonjour, monsieur Flodelle, c'est l'entreprise de déménagement, nous sommes devant chez vous, mais il semblerait que personne ne soit là.

Merde ! Ils sont déjà là ?! Je leur réponds que j'arrive avant de raccrocher. C'est une blague, il est onze heures quarante-cinq, ils avaient dit quinze et n'ont même pas prévenu de leur avance ! Je lance Google Maps en quelques secondes et suis le GPS en courant. Il m'annonce vingt-cinq minutes à bonne allure, mais la foule présente dans les rues me ralentit... J'espère qu'ils attendront.

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