Chapitre 3

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(〃 ̄︶ ̄)/ Feeling Good by Michael Bublé \( ̄︶ ̄〃)

J’arrive devant l’immeuble plus essoufflé que jamais, je dégouline de transpiration, si bien que mon T-shirt me colle à la peau, je dois sentir le chacal mais au moins je suis arrivé…trop tard. Les déménageurs ne sont déjà plus là, je n’aperçois même pas l’ombre du camion. Tous nos cartons et nos meubles sont déposés pêle-mêle sur le trottoir. Sympa. Eux qui étaient censés m’aider un minimum… J’espère au moins que ça ne fait pas trop longtemps et que rien n’a été volé… Je soupire, j’ai presque envie de me laisser tomber sur notre canapé poussiéreux, posé juste devant l’entrée, mais un sexagénaire armé de son sac de course me fait de grands signes depuis l’intérieur. Les cartons bloquent la porte principale alors je suis contraint de tous les déplacer afin de le laisser sortir, je l’entends jurer en anglais de l’autre côté. C’est bon, tes courses peuvent attendre cinq minutes, non ? C’est pas comme si c’était moi qui les avait mis là… Je lui ouvre la porte, galant que je suis, et il me passe devant alors que je bredouille un pauvre sorry. Il ne m’offre même pas un regard et continue de râler dans sa barbe. Je souffle et entreprends de monter les cartons les plus légers en traînant des pieds. Un couple d’une trentaine d’années me sourit avec empathie alors que je fais des allers-retours dans les escaliers. Je crois qu’il se délecte du spectacle, quand je repense au fait que les déménageurs devaient m’aider ! Je veux dire, on ne les a pas payés pour rien, ça fait partie du contrat ! Je veux bien avoir dix-sept ans, être en pleine forme et tout ça, mais je suis incapable de porter un canapé sur trois étages tout seul. J’imagine que je vais devoir attendre ma mère pour celui-là… Je retire mon T-shirt trempé et me mets au travail, je n’ai pas d’autre choix de toute façon.

J’ai à peine le temps de faire deux allers-retours qu’un mec qui semble avoir la vingtaine ou peut-être à peine moins s’approche. Il commence à me parler en anglais et pendant quelques secondes je suis simplement hypnotisé par le son de sa voix grave et rauque. Il aurait fait peur à n’importe quel enfant, pourtant je trouve ça diablement sexy… Je reprends mes esprits rapidement, je crois comprendre qu’il me demande si j’ai besoin d’aide mais honnêtement, il pourrait tout aussi bien se moquer de moi ou je ne sais trop quoi d’autre. Je ne ferais pas la différence. Comme je ne comprends même pas un mot sur deux, je tente le tout pour le tout, je lui demande, avec un semblant d’espoir :

— Euh, do you speak French ?

Il rigole, sûrement amusé par mon accent tout bonnement immonde avant de hocher la tête avec un sourire qui dévoile deux petites canines adorables sur lesquelles mon regard bloque durant une milliseconde. Attendez ? Il a dit oui ? Soit il se fout de ma tronche, soit j’ai une chance extraordinaire…

— Ce n’est pas souvent qu’on croise un Français pas ici, surtout aussi mignon. Je te demandais si tu avais besoin d’aide. Pardon, je me permets de te tutoyer…

Ok. J’ai une chance extraordinaire. Même plus, une chance grandiose, phénoménale. À sa façon de parler, je comprends que ce n’est pas sa langue d’origine, pourtant il a un accent parfait. J’ignore volontairement le bout de sa phrase dans lequel il dit que je suis mignon, je suis plus habitué aux : dépressif, marginal, tapette, etc. ; donc je ne sais absolument pas quoi répondre.

— Oh, pas de problème, je préfère qu’on se tutoie, j’ai pas quarante ans… Et c’est vraiment pas de refus, si ça ne te dérange pas… Les déménageurs ont tous déposé en vrac sur le trottoir, comme tu peux le voir, alors…

Est-ce que je deviendrais loquace ? Où est l’arnaque ? Peut-être la chaleur ? Trop bizarre.

— Pas de problème, je suis ton obligé.

Il me sourit et ses yeux glissent un instant sur moi, me rappelant que je suis torse nu dans la rue, devant un parfait inconnu, si attirant soit-il. Mes joues chauffent en une seconde et je dois être de la même couleur que mon canapé : pourpre. J’ai envie de me cacher dans une des boites et de ne pas ressortir avant l’arrivée de ma mère… Il doit remarquer ma gêne soudaine puisqu’il rigole doucement et attrape un carton à ses pieds :

— Je te suis !

J’étouffe ma gêne derrière un sourire et le remercie en attrapant un carton à mon tour (carton qui fait un bruit de verre qui s’entrechoque plutôt inquiétant au passage) avant que je m’engouffre dans les escaliers. J’ouvre la porte avec le pied puisque, bien sûr, elle s’est refermée à cause d’un foutu courant d’air et jette un regard à l’intérieur. Oui, c’est toujours aussi austère…

— Tu habites ici tout seul ?

— Non, avec ma mère, mais elle n’est pas souvent là et on n’avait pas les moyens d’obtenir mieux.

Habituellement, je n’aurais même pas répondu… Qu’est-ce qu’il m’arrive ? Je me mets à raconter ma vie, c’est pas possible… Il acquiesce et nous continuons nos allers-retours en discutant. Nous réussissons à monter le canapé à deux ainsi qu’un meuble de cuisine que ni moi, ni ma mère, n’étions parvenus à démonter. Je pense que le soleil a trop tapé sur mon crâne ce matin et que j’ai chopé une insolation pour que je sois aussi sociable avec lui… Après, j’avoue qu’en plus d’être affreusement beau, il est adorable, genre vraiment super gentil. Mais certainement hétéro comme la plupart des gens qui m’adressent la parole, même si c’est une communauté plutôt restreinte, voire inexistante. Finalement, notre conversation dévie vers nos études puis nos âges respectifs. J'apprends donc que mon estimation n’était pas exacte et qu’il n’a qu’un an de plus que moi mais qu’il a redoublé. Pas besoin de calculatrice ou d’Einstein pour comprendre que nous sommes au même niveau d’études. Il me donne le nom de son lycée mais je suis bien incapable de lui donner le mien. Je me promets de demander à ma mère ce soir.

— Au fait, comment est-ce que tu t’appelles ?

— Ah oui ! Camille et toi ?

- C’est jolie... On m’appelle Luc, ça fait moins peur aux gens, disons.

— Qu’est-ce qui pourrait faire peur ?

— En entier, je m’appelle Lucifer, alors bon, ce n’est pas la meilleure image que je pourrais donner, la plupart des gens s’enfuit après ça.

J’écarquille les yeux et réprime un rire nerveux :

— Tu rigoles ?

— Non, je te jure.

– Mais... Enfin, tu m’étonnes que les gens fuient, j’imagine bien la tête du chrétien d’à côté si tu lui annonces que tu t’appelles Lucifer. Enfin voyons, je veux dire… C’est dur à imaginer, pardonne-moi.

Il acquiesce avec un petit sourire en coin et un petit rire rauque qui fait s’envoler mon cœur sans que je le veuille. Un instant, je crois voir ses iris orangés se tinter de rouge mais c’est certainement mon imagination qui me joue des tours à cause de ce qu’il vient de m’avouer. Il rigole davantage devant mon air quelque peu ahuri :

— Je ne me moque pas de toi, promis. Je trouve ta réaction plutôt mignonne, surtout que tu ne t’es pas enfui, alors ça me fait plaisir.

— Je vois pas pourquoi je m’enfuirais, je ne pense pas que tu sois Satan pour autant, ce serait totalement absurde, je ne suis même pas croyant.

Il me sourit doucement. Je comprends que les gens fuient, surtout s’ils sont chrétiens ou quelque chose dans le genre, déjà qu’ils évitent les homos… Mais c’est quel genre de parents, appeler son fils comme le diable…

Le trottoir est désormais vide de nos cartons et de nos affaires, je n’ai plus qu’à tout ranger à sa place mais la motivation n’est franchement pas présente.

— Je crois que tout est bon. Tu veux qu’on aille boire un verre ? Oui, je profite du fait que je ne te fais pas peur.

Luc rigole en passant sa main dans son cou, l’air pas gêné le moins du monde :

— Oh euh, oui, pourquoi pas, il faut juste que je trouve de quoi m’habiller…

*****

Je n’arrive toujours pas à croire que j’ai accepté d’aller boire un verre avec lui… Il a un charisme fou et une tendresse incomparable mais je ne le connais pas tant que ça… Toujours est-il que je pense avoir passé la meilleure soirée de ma vie, en même temps il n’y en a pas eu d’autre comme ça. Nous nous sommes assis sur une terrasse au hasard et il a commandé pour moi étant donné que je suis clairement incompétent en anglais. Je me demande vraiment comment je vais faire en cours…

Nous mettons une demi-heure pour rentrer chez moi, il s’est proposé de me raccompagner et je n’ai pas su dire non. Bon sang, j’ai vraiment un souci aujourd’hui. Lorsque nous arrivons devant mon HLM, la lumière est allumée dans notre appartement, maman doit être arrivée.

— Humm, merci de m’avoir raccompagné, pour cette soirée et l’aide. Je te suis redevable, il faudra que je paye ma dette un jour.

Je rigole, gêné, voilà que je me mets à faire des blagues bancales…

— Pas de problème, merci à toi de ne pas t’être enfui !

Il me sourit et je lui fais un signe de la main avant que je me retourne pour entrer. Je n’ai pas le temps de pousser la porte principale que deux mains chaudes entourent ma taille. Je reconnais l’odeur de Luc alors qu’il dépose ses lèvres sur ma joue avant de chuchoter :

— Excuse-moi, j’ai tendance à écouter mes envies et celle-là était plutôt violente…

Je suis figé par la surprise et quand je me retourne, ses mains ne sont plus là, son parfum traîne encore un peu sur mon haut mais lui a disparu. Bordel… Je crois que ma poitrine va exploser.

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