La richesse de l'amitié

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En rentrant chez lui, Siméon se sentait tout guilleret. Il avait hâte de préparer sa surprise pour Lorette.

Il passa la soirée à confectionner un solide sac à dos, dans lequel il glissa un de ses plus beaux sous.

Le lendemain, à l'heure convenue, il attendait avec impatience au point de rendez-vous, devant la librairie.

Lorette ne tarda pas à arriver.

Elle s'accroupit près de la souris :

— Bonjour Siméon ! lança-t-elle sur un ton jovial. Que transportes-tu dans ton sac ?

— C'est pour toi, dit l'intéressé en sortant la pièce brillante. Pour acheter ton livre.

— Mais je ne peux pas accepter ! s'exclama l'enfant. Ce sont les beaux sous de ta collection !

Siméon sentit son cœur se serrer, il dansa d'une patte sur l'autre pour dissimuler sa gêne.

— Ne t'en fais pas, j'en ai suffisamment. Et puis, un sou est un sou. J'aimerais maintenant qu'il serve à t'offrir ce bel objet que tu désires tant.

Il le pensait sincèrement et se sentait prêt à se délester de ce fragment de son trésor.

— Je dois te donner quelque chose en échange... réfléchit la petite fille.

— Mais non voyons, tu m'as déjà offert l'épingle et tu m'as sauvé la vie hier, accepte cette pièce comme un cadeau.

La fillette ne sembla pas convaincue. Elle conserva son air pensif quelques instants avant de s'illuminer et de fouiller dans sa poche. Elle en sortit un petit objet blanc.

— Vois-tu, ce matin, j'ai perdu ma dent. Peut-être que tu pourras te fabriquer quelque chose avec ?Pour ta maison de souris.

Elle lui sourit et il vit, amusé, le trou laissé par l'incisive manquante.

— Voilà un marché honnête, s'inclina-t-il. Je prends la dent, et toi, tu prends la pièce.

Ils procédèrent à l'échange et la petite fille se dépêcha d'entrer dans la boutique. Siméon attendit sagement dehors, tremblant d'excitation.

Lorette ressortit, radieuse, serrant dans ses bras le livre de contes.

— Merci Siméon, merci beaucoup ! Que je suis heureuse ! rit-elle en dansant sur place.

— Alors maintenant, pouvons-nous être amis ? demanda l'intéressé, plein d'espoir.

Lorette s'assit sur ses talons pour parler à la souris, les yeux dans les yeux.

— Tu sais, j'aurais accepté que nous soyons amis avant que tu ne me donnes la pièce. Les amis ça sert à s'entraider, à rire, à partager des bons moments, et c'est déjà ce que nous avons fait.

— Je suis désolé si je ne m'y suis pas pris comme il faut... Tu sais, je n'ai jamais eu d'amis auparavant... répondit piteusement Siméon.

— C'est bien triste, s'apitoya Lorette. Même quand tu étais enfant ?

— Il semblerait que je ne me sois jamais très bien comporté avec les autres, avoua le rongeur. Je n'ai toujours voulu que des choses pour moi, sans jamais penser à les partager, et il en va de même pour les bons moments.

— Alors je serai ta première amie ! Et je t'apprendrai ! se réjouit la petite fille.

Lorette transporta son nouvel ami jusque dans son jardinet. Sa maman lui servit du pain et de la confiture pour le gouter. Elle en donna discrètement un morceau à la souris. Après la collation, elle s'assit dans l'herbe, Siméon sur ses jambes, et ils lurent ensemble les merveilleuses histoires du livre de contes.

Rendre Lorette heureuse est un bel accomplissement, se dit Siméon. À coup sûr, d'autres enfants du village auraient besoin d'une jolie pièce.

Le soir, il sortit de son sac la quenotte et la lava avec de l'eau et du savon, comme il l'aurait fait avec un sou. Il l'observa attentivement et voulut prendre des notes, avant de réaliser qu'il n'était pas un grand expert en dent. Finalement, Siméon plaça l'incisive à l'endroit exact où avait été rangée la pièce donnée à Lorette.

Il est peut-être temps de se lancer dans une nouvelle collection... pensa-t-il en se glissant dans son lit.

La rumeur se propagea dans le village en un rien de temps. Les enfants se chuchotaient les uns aux autres qu'une souris magique offrait des cadeaux en échange d'une dent de lait. On vit bientôt des gamins courir avec des cerfs volants, d'autres accroupis en train de jouer aux billes et d'autres encore partager des pâtisseries. Les enfants adoraient tous Siméon, qui devint leur camarade de jeux favori. Tantôt capitaine d'un équipage de pirates, tantôt chevalier héroïque défendant la ville d'un dragon, son imagination transportait son auditoire. Il pronait à tous les enfants les valeurs de l'amitié apprises de Lorette, son amie la plus chère.

Au fil du temps, la souris assouvit sa curiosité sur bien des sujets, notamment les félins, qui lui donnaient du fil à retordre. Il apprit à bourrer les poches de son sac d'herbe-aux-chats et les matous vinrent se frotter à lui. La souris montaient ensuite sur leur dos et les gratouillait jusqu'à entendre les ronrons de plaisir. Une fois apprivoisés, ils acceptèrent de transporter Siméon à travers le village.

Seulement voilà, les pièces de Siméon avaient éveillé la cupidité d'un filou. Il repéra rapidement la fameuse souris magique, qui gambadait joyeusement au milieu des enfants, et troquait de belles pièces dorées, cuivrées ou argentées, contre des dents de lait.

Il finit par suivre le rongeur jusqu'à sa forteresse, à la sortie du village.

Le cube impénétrable lui apparut, caché au milieu d'un cercle de framboisiers. Le filou vit la petite souris rentrer à l'intérieur par une minuscule porte. Tapi dans les buissons, il décida d'attendre la nuit pour agir.

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