Chapitre 3 : Escapade à la mer Morte
Quelques jours ont passé à travailler sur cette nouvelle partie, et pour le moment il n’y a aucune découverte intéressante. Donc pour redonner le moral à toute l’équipe une sortie a été prévue. Et lorsque je découvre où cela se trouve, je suis enchantée.
Nous montons à bord de trois véhicules, dont la camionnette qui sert autant pour le transport de passagers que pour le matériel. Malgré la longueur du trajet sur une route pas toujours très carrossable, je profite de ce voyage de presque deux cents kilomètres pour apprécier le paysage varié. Et enfin, nous arrivons. Lorsque nous descendons du véhicule, je sens mon cœur battre à tout rompre en me disant qu’un de mes souhaits va encore se réaliser : après Pétra, la Mer morte !
Devant cette étendue plate, à la couleur bleue si particulière, je reste un instant immobile. Nous nous trouvons face à un de ces endroits aménagés qui servent de plage, car sinon les rives sont très escarpées et rendent l’accès difficile. Ensuite, nous parcourons la distance assez longue jusqu’à l’eau, puis nous ôtons nos vêtements qui recouvrent nos maillots de bain.
Puis nous avançons avec prudence. Après tout, on m’a bien conseillé d’éviter toute éclaboussure, de pénétrer calmement dans l’eau, le haut taux de salinité pouvant être dangereux pour les yeux, bien que sa richesse minérale soit réputée. Et le changement climatique qui réduit sa surface n’arrange pas les choses !
Une fois à l’intérieur, je ne sens plus mon corps. Celui-ci flotte sans aucun effort, une impression de légèreté m’entoure. Et toucher cette eau est vraiment particulier. Je vis une expérience extraordinaire !
L’eau de la mer Morte !
À part les bavardages autour de moi, tout est calme, serein.
Je profite de cet instant. Il y a encore du travail, mais cette pause sera salutaire. Bon, honnêtement j’apprécierais bien d’effectuer un soin dans un des spas luxueux qui la bordent, surtout après toutes ses journées passées à crapahuter sous le soleil lors de ses derniers jours, mais nous ne sommes pas là pour cela, et puis je pense que mon budget s’en ressentirait un peu !
Lorsque j’en ressors, je me sens bien. Nous pouvons prendre une douche à l’eau douce grâce aux bouteilles que nous avons fait suivre qui se révèle ne pas être du luxe, car le sel colle à la peau, et c’est assez désagréable. Puis nous repartons.
Pendant le trajet, à un moment je sens qu’un regard se pose sur moi. Lorsque je tourne la tête, c’est pour tomber dans les prunelles noires de notre guide. Le temps semble se figer un instant, puis il me fait un sourire léger, hoche la tête, ensuite il se retourne et se replonge dans l’observation de la route et de sa conversation en arabe avec le chauffeur Ahmed.
Cela fait quelques jours qu’entre nous deux il y a ce type d’échange silencieux, rapide, depuis celui qui a eu lieu à l’emplacement des nouvelles recherches prévues, assez troublant pour moi.
Puis il s’enquit :
— Alors, vous avez apprécié votre baignade ?
Décidément, il a une manière de parler le français, avec un accent assez léger qui me donne des frissons dans le dos. Et après l’échange de regards précédent, cela ne manque pas !
Ma cousine répond, enthousiaste :
— Oh que oui ! C’était vraiment génial à vivre ! Enfin, dommage que l’on ne puisse pas expérimenter la boue !
— Si elle a un effet salutaire pour la peau, l’odeur est plutôt repoussante, déclare-t-il.
— Vous avez essayé ? intervins-je.
— Non, mais certaines de mes connaissances.
— Je vois. Enfin, peut-être une autre fois, si je connais une augmentation ! Car les coûts dans les spas sont assez élevés, affirme Lisa.
— C’est vrai, accorde-t-il doucement. Mais il y a des forfaits qui sont pour les touristes, avec nuit dans l’hôtel et soins qui peuvent être proposés.
— Vous avez souvent l’occasion d’emmener des personnes ici ? s’enquiert Lisa.
— Les touristes dont je m’occupe habituellement préfèrent le désert ou Pétra, que je connais donc très bien et qui est davantage ma spécialité. Pour ce qui concerne la Mer morte, je les confis à des relations.
— En tout cas, vous parlez très bien français ! m’exclamé-je, poussée par la curiosité.
Lorsqu’il se tourne vers moi, je peux lire dans son regard un certain amusement qui ne se reflète pas sur son visage qui reste assez neutre. Face à ma curiosité, il se contente de demander en retour :
— Je n’ai pas d’accent ?
Face à cette question somme toute rhétorique, car il en connaît probablement très bien la réponse, je ne fais que secouer la tête, et cette fois-ci il esquisse un sourire quand il déclare :
— J’ai eu l’occasion de l’apprendre lors de mes études.
— Quelles études avez-vous suivies ?
Il y a un moment de silence où j’ai même le sentiment qu’il ne me répondra pas, puis finalement il lâche :
— En gestion.
Puis il se détourne de nous, et se remet à suivre la route du regard.
Avec ma cousine, nous nous regardons, un tantinet interloquées par cette rebuffade. De mon côté, cela attise ma curiosité et accentue mon impression qu’il cache quelque chose. Mais j’ai aussi pu découvrir une qualité chez cet homme mystérieux : il a de l’humour, ce qui n’est pas pour me déplaire.
Nous continuons le trajet en silence, à observer le paysage. Pour Lisa, cela a aussi été une nouveauté. En ce qui me concerne, j’espère que les clichés que j’ai pu prendre rapidement avant notre départ seront réussis. Toutefois, lorsque nous arrivons, après près de trois heures de trajet, avec une pause consacrée à un repas pris sur le pouce dans un coin ombragé, je vais prendre une douche pour nettoyer le sel qui pouvait encore rester sur la peau.
Lorsque je vais me coucher, je retrouve un instant cette sensation vécue dans cette eau singulière. Mais surtout je m’interroge sur Jabir, et lorsque je repense à notre échange de regard, je me sens fébrile. Que m’arrive-t-il ? Je suis ici pour travailler, j’ai des projets pleins la tête, une maison à finir de rénover. Je n’ai pas de temps à accorder à ce type de choses.
Du moins, je tente de m’en persuader.

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