Chapitre 24 – des décisions qui nous échappent
Erkay passait tout son temps au travail. Ses rares amis savaient qu’il était totalement surchargé et il fut surpris de voir Cardian, se présenter à la zone commune. Son ami avait toujours été frêle et l’âge ne le rendait pas plus épais. Il portait de jolis vêtements, de bonnes factures, mais sur lesquels on pouvait remarquer quelques taches de peinture. Il y en avait également quelques traces sur ses doigts.
— Cardian ! Que me vaut l’honneur ?
— Je me demandais si tu m’avais oublié… lâcha l’autre oméga avec un sourire taquin.
Erkay marqua le coup, surprit et l’invita à le suivre jusqu’à ses quartiers privés, loin de l’ambiance de la zone commune. Son petit appartement n’était pas vraiment joyeux, mais il avait fait de son mieux. Cardian s’arrêta devant l’une de ses propres toiles et resta un instant silencieux.
— Je l’avais presque oublié. Si tu en veux une autre, n’hésite pas à me le dire, d’accord ?
— Je l’aime beaucoup, répondit tranquillement Erkay.
C’était une peinture assez sombre, avec un petit marais couvert de nénuphar. Un éclat de lumière venait éclairer la seule et unique fleur de la composition. Si Erkay l’aimait autant, c’était parce qu’il connaissait bien cet endroit. Lors d’une fête, il y avait échangé son premier baiser, avec un bêta. C’était le cousin de Cardian d’ailleurs. Erkay ignorait totalement si son ami connaissait cette histoire.
— Je suis désolé, avec la fermeture de l’ancienne zone d’Atkins, j’ai beaucoup de travail.
— Oui, c’est justement pour ça que je suis là.
Erkay l’observa s’installer dans l’un des fauteuils du petit salon, puis ouvrir une sacoche contenant des papiers libres, plus ou moins, froissés.
— J’ai entendu dire que tu cherchais des veufs. Tu te souviens peut-être que je suis célibataire ?
— Oui… oui, je sais, souffla Erkay d’une voix blanche.
— Pourquoi est-ce que tu ne m’as pas demandé ? Je ne corresponds pas au profil ?
Erkay souffla. Il ne voulait pas parler de son dilemme. Il ne voulait pas avouer ce qui ressemblait à une faute morale. Cardian l’observa en silence un court instant avant de reprendre.
— Bref, je suis venu t’aider. Je suppose que tu as les dossiers des alphas à placer en tête ?
— Oui…
— Et bien moi, j’ai sociabilisé ! J’ai fait le tour des galeries, j’ai même été dans les clubs de ces jeux que je déteste… toujours est-il que je t’ai trouvé une dizaine de veufs potentiels qui serait d’accord pour t’aider.
Une dizaine ? Erkay luttait pour chaque dossier !
— Ok. Est-ce que tu veux me remettre les dossiers ?
— Non ! Non… Je pense qu’il te manque un peu trop d’imagination, sans vouloir te vexer… Je voudrais que tu me les décrives et moi, je te dirais qui contacter.
Erkay eut un petit rire un peu triste.
— On s’est rendu compte qu’on les connaissait très mal. On ignore tout de leurs gouts…
— Mais je suppose qu’on sait ce qui n’a pas fonctionné ?
— Oui…
— Alors, partons de là !
Durant presque deux heures entières, ils discutèrent des alphas, sur un ton informel. Cardian posait des questions surprenantes, qui forçaient Erkay à réfléchir un long moment. Il finit par arriver à la conclusion qu’il serait intéressant de l’inviter aux réunions. Puis soudainement, Cardian prit un papier, griffonna une liste de nom d’alpha et y fit correspondre deux listes d’omégas potentiels.
— Discutes-en avec Nathsinka, mais dis-lui bien que je suis volontaire.
Erkay observa la liste et vit le nom de son ami, reproduit par trois fois, sur trois dossiers différents. Ce n’était pas ce qu’il voulait, mais il n’osa pas l’avouer.
***
Nath ne se sentait pas très bien… Ses chaleurs arrivaient à grands pas et il allait devoir prendre les dispositions nécessaires. Il avait déjà décidé qu’il refuserait de les passer avec Kavri, mais il n’était pas tout à fait certain que Lidseï respecte sa décision. C’était une idée terrible, mais il allait devoir être prudent.
À pas de plus en plus lent, rendu fiévreux par les chaleurs, Nath sortit de ses appartements pour aller trouver Maxian. La présence du bêta le rassurerait. Les chaleurs grimpèrent de seconde en seconde, et lorsqu’il arriva à trouver le bêta, il était à deux doigts de sauter sur l’un des alphas disponibles dans les chambres.
— Mince ! Nath ? Nath, ça va ?
— Mes chaleurs… je ne sais pas pourquoi…
Le bêta grimaça. Les chaleurs foudroyantes arrivaient parfois.
— Avec qui veux-tu les passer ?
— … Lidseï… mais je veux… je veux que tu sécurises Kavri… pour qu’il ne puisse pas venir. Il faut que tu emmènes la clé… souffla péniblement Nath, soutenu par le bêta.
Le trajet du retour fut « flou », Maxian était efficace, mais il n’était pas ravi de rentrer dans les appartements de Nath alors qu’il était dans cet état. Il n’était pas certain que cela se passe bien avec les alphas. Pourtant, il eut une surprise en rentrant : Lidseï était douché et équipé, visiblement, il s’en était occupé tout seul et Kavri était déjà enfermé dans sa chambre. Lidseï ne portait pas de collier, mais la muselière en question ne le demandait pas obligatoirement. Alors Maxian put se contenter de déposer Nath sur son lit, de caresser doucement son front pour chasser ses cheveux qui collaient à son front trempé. Nath gémit et se tenant le ventre et supplia :
— Kavri… Il faut qu’il soit bien enfermé…
— Je vais vérifier. Je te laisse avec Lidseï ?
— Oui… Oui…
Les larmes ravinaient les joues de Nath. Les chaleurs foudroyantes étaient une horreur à vivre. Maxian grimaça et se tourna vers Lidseï. Il était couvert de sueur lui aussi et ses yeux paraissaient flous. Le bêta n’était pas très sûr de lui, mais l’alpha resta calme et immobile le temps qu’il vérifie son équipement. Maxian fut très agréablement surpris par son comportement et put rapidement lui donner son accord pour qu’il aille soulager son oméga.
Sans attendre, le bêta se dirigea ensuite vers la chambre sécurisée pour bien vérifié Kavri. La porte était fermée à clé. Il l’ouvrit et jeta un coup d’œil à l’intérieur. Kavri était bien là, totalement libre, le regard rendu fiévreux par les odeurs dégagées dans les pièces toutes proches. Tout allait bien ! Maxian eut le temps de se dire que Lidseï était impressionnant de sérieux et que sa méfiance n’était peut-être pas légitime avant que Kavri ne bouge. Il se jeta littéralement sur lui, l’attrapant par les épaules pour le jeter dans le mur. Maxian poussa un cri rauque, volant littéralement. Comment un alpha aussi maigre pouvait être aussi fort ? Sa tête se fracassa sur le mur, il lâcha un gémissement en s’effondrant. Le temps qu’il réussisse à se relever, la porte était close, la clé tournait dans la serrure, il était enfermé.
— Merde ! souffla-t-il en titubant jusqu’à la porte.
La porte était bel et bien fermée. Il comprit alors qu’il ne pourrait rien faire pour empêcher le drame à venir. Il frappa sur la porte de toutes ses forces en hurlant, mais elle était renforcée pour contenir un alpha… Il n’avait aucune chance. Ça allait être un massacre !
***
Le sexe profondément enfoui dans son oméga, savourant sa douceur et sa chaleur, Lidseï avait bien décidé de lui faire passer des chaleurs mémorables. Chaque va-et-vient, chaque pression interne était comme une danse. Il coulissait à la recherche de leurs plaisirs conjoints et Nath remuait en réponse, l’appelant, le retenant, le menant plus loin et plus fort. C’était lui qui donnait la rythmique de leurs corps.
Entre deux halètements de pure jouissance, Lidseï entendit la douche se mettre en route. Il fronça les sourcils, essaya de regarder en direction de la salle de bain, mais les mains fines de Nath vinrent le cueillir. Il n’y avait plus que lui qui existait. Lui, son odeur, sa texture, son gout… À cet instant, le monde de l’alpha se réduisait à ça. Puis, une main vint se poser sur son corps, le faisait sursauter. Il se retourna et vit l’impensable : la seconde personne qu’il aimait, libre de ses mouvements. Kavri ne portait ni muselière, ni anneau. Il était entièrement nu et présentait une glorieuse érection. Il était magnifique, mais la vue de sa peau vierge fit frissonner Lidseï, car sous lui, le corps de son oméga était marqué. Des traces sombres jonchaient sa peau. Il aurait dû être immaculé. Ce n’était pas le cas. L’agression de Kavri avait laissé des traces et pas seulement physiques, car dès qu’il le vit, Nath se débattit faiblement. Du plus profond de ses chaleurs, un signal d’alarme raisonnait néanmoins en lui.
— Non ! Non…
— Tu dois pas être là, souffla Lidseï.
Kavri se pencha et embrassa tendrement sa peau. Il ne savait pas comment lui dire, comment trouver les mots. Simplement, sa place, c’était à ses côtés.
— Nath est pas d’accord… ajouta Lidseï.
— Je ne suis pas là pour lui.
Kavri l’embrassa encore, Lidseï frémit et retourna son regard sur le corps de son amant. Nath n’était pas en état de se défendre. Son corps, couvert de bleus, racontait qu’il ne l’avait peut-être jamais été. Nath se mit à gémir alors que la chaleur dans son ventre se faisait plus forte, plus violente. Lidseï aurait aimé l’embrasser, mais la muselière ne le permettait pas. Kavri lui, l’embrassa à nouveau, dans le dos, achevant de lui faire tourner la tête. Il se remit en mouvement tout en soufflant :
— Ne t’avise pas de le mordre.
Kavri étouffa un rire un peu étrange avant de mordiller la peau de l’autre alpha. Le seul qu’il voulait marquer comme sien, c’était Lidseï. Le seul qu’il voulait nouer, c’était Lidseï. Et cet oméga de malheur qui les possédait de cette manière horriblement artificielle ? Il ne voulait rien lui donner. Ni sa marque, ni son nœud, ni la moindre parcelle de sa chaire. Alors assurément, il n’allait pas le toucher, même si les chaleurs lui faisaient tourner la tête et faisaient durcir sa chaire, il allait tout reporter sur celui qu’il aimait sincèrement. Et c’est ce qu’il fit…
Nath gémissait, les cuisses ouvertes, écrasé sous le poids de son amant. Son sexe merveilleux labourait ses chairs, l’écartelant de la plus délicieuse des façons. C’était bon. C’était plus que bon, c’était soulageant. Lidseï eut un mouvement brusque, à contre-rythme, qui lui tira un couinement de désir. Nath ne comprit pas immédiatement ce qu’il s’était passé, mais en ouvrant les yeux, au milieu des brumes des chaleurs, il vit Kavri. Kavri qui chevauchait Lidseï.
C’était la première fois que Lidseï se faisait monter par un autre alpha. Une partie de lui se rebellait face à cette idée, mais une partie seulement, une partie minuscule qu’il fit taire. Le sexe de Kavri semblait énorme, épais et interminable. Alors, il gémit en le recevant en lui. Il gémit du début à la fin. Il n’y avait pas eu suffisamment de préliminaires. Kavri n’avait pas massé ses chairs, il n’avait pas appris à son corps à s’ouvrir ou fait ces choses que l’on peut offrir à un oméga lorsqu’il n’est pas en chaleur. Il était d’ailleurs peut-être surpris de le trouver aussi contracté et difficile à prendre. C’était maladroit, malhabile, mais étrangement bon.
Alors Lidseï plongeait dans l’antre chaude de son oméga, il humait son odeur, il lui faisait l’amour, puis il reculait contre la puissance dure de Kavri. Il haletait alors, choqué par ce que cela imposait à cœur, mais heureux de le prendre. Kavri le serrait contre lui. Il remuait légèrement, peu exigeant, mais présent, puis lui permettait de retourner au creux de Nath. Lorsque l’oméga explosa de jouissance pour la première fois, il balaya les deux alphas. Lidseï plongea en avant et jouit abondamment. Son nœud fut restreint, lui causant une douleur qu’il ne remarqua pas, car une autre l’avait envahi. Kavri avait plongé lui aussi, lui imposant sa longueur, mais contrairement à lui, son nœud n’était pas restreint. Il gonflait à l’intérieur de son corps.
— Ah ! Ah ! Trop… Trop gros !
— Ça va passer, marmonna l’autre alpha entre ses dents serrées, les yeux fermés.
Et effectivement, le corps de Lidseï acceptait de se modeler, lentement, à la forme de l’alpha. C’était dur. C’était douloureux. C’était bon aussi. Entre deux gémissements, Lidseï soupira :
— Mords-moi… Va jusqu’au bout…
Kavri gémit et ne se fit pas prier davantage. La morsure le fit tressauter tout entier, jusqu’au bout de son sexe, qui n’en pouvait plus de jouir. Il marquait l’alpha qu’il aimait et c’était bon. Les dents enfouies dans sa peau, la perçant très légèrement juste assez pour gouter son sang. Son sang sur sa langue et l’odeur de sa sueur, salé, qui se mélangeait à l’odeur métallique, que c’était bon. Il s’agita, tirant sur son propre nœud pour le forcer à aller plus loin encore. Lidseï couina, gémit et c’était bon. Sous eux, Nath se remit en mouvement, achevant Lidseï dans un tourbillon de sensations impossibles à concilier.

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