Chapitre 27 - ce qui arrive et ce qui ne devrait pas

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Nath rentra chez lui, avec le repas du soir et ouvrit la porte comme si de rien n’était. Comme s’il n’y avait ni angoisse ni problème, mais ce n’était pas le cas. Il y avait un souci d’équilibre avec ces alphas… C’était tout le quotidien qui en était impacté.

Nath se sentait bien avec Lidseï et de ce qu’il pouvait en comprendre, Lidseï se sentait bien avec Kavri. Autrement dit, Lidseï était en couple avec deux personnes différentes qui devaient apprendre à s’entendre. Et le petit oméga n’avait strictement aucune idée de comment réussir ce tour de force. Il ne savait même pas si c’était possible ou si c’était souhaitable d’ailleurs. Qu’est-ce qu’ils étaient censés devenir tous les deux ? Des connaissances ? Des colocataires ? Des amis ? Des amants ? Tout était foireux ! Ils se partageaient Lidseï, mais en plus, Nath avait un pouvoir décisionnaire sur tous les aspects de la vie de Kavri.

En entrant, il fut surpris de ne trouver personne. Ses alphas étaient censés rester sagement à l’intérieur et habituellement, ils l’attendaient très sagement à table. Depuis que leur relation était plus ouvertement publique, Nath pouvait parfois les surprendre à discuter. Ils ne parlaient que de choses étrangement frivoles comme les gens qui passaient à l’horizon. Et surtout, il y avait la manière dont ils se parlaient. Ils étaient tout doux… Kavri parlait à peine. Lidseï semblait le bercer de ses mots. C’était joli. C’était tendre, comme peut l’être un vieux couple qui s’observerait avec les yeux brillants.

Où étaient-ils ? La chambre était ouverte. Nath fit le tour des pièces pour finalement se retrouver devant la salle de bain dans ce qui semblait être une scène amoureuse. Lidseï était nu, dans le bain et Kavri semblait le laver.

— Oh ! Euh ! Désolé… marmonna Nath, ennuyé de les avoir surpris dans un moment où ils étaient tous deux intimes.

Il allait se détourner quand Kavri lui attrapa la main et le tira sèchement vers la baignoire. Nath essaya de se dégager de la poigne inflexible, mais l’alpha était beaucoup trop fort pour lui. Il se faisait broyer la main et commença à crier sous la douleur, sans parvenir à quoi que ce soit. Il arriva quasiment dans l’eau avant de comprendre ce que Kavri faisait : il paniquait et pour cause, Lidseï était totalement immobile, inconscient. Ses lèvres étaient bleues et la respiration qui s’en échappait étrangement sifflante. Il n’arrivait pas à respirer.

— Lidseï ? chuchota Nath et aussitôt, Kavri le libéra.

Au lieu de s’éloigner, Nath posa les mains sur le visage de son amant. Il était bouillant, luisant de sueur. Il trempa la main dans l’eau, glacée. Il le secoua légèrement, sans parvenir à lui faire ouvrir les paupières.

— Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Kavri ?

L’alpha semblait perdu, comme s’il ne l’entendait même pas.

— Kavri, c’est important. Concentre-toi, s’il te plaît… Est-ce que Lidseï est tombé ? Il a fait un malaise ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Ça fait longtemps ?
— Il avait mal au ventre.
— Quand ça ? C’était ce matin au réveil ?
— Pendant le repas. Hier aussi…
— Ok, est-ce que tu peux le porter ? Tu as la force pour ça ou tu risques de le faire tomber ?

Sans même répondre, Kavri souleva le corps dégoulinant de son amant. Il se redressa totalement dans l’opération. Nath frémit devant cette démonstration de force. Il posa une serviette sur le corps inconscient et fit signe à Kavri de le suivre. Comme toutes les zones communes, ils avaient une infirmerie et comme toutes les zones très actives — car ce serait très vite le cas — cette infirmerie était ouverte en permanence. Elle gérait plutôt des soucis d’omégas, liés aux chaleurs le plus souvent, mais elle pouvait s’occuper de n’importe qui.

Sur le trajet, de nombreux bêtas les observèrent inquiets, quelques omégas proposèrent leurs aides du bout des lèvres, mais personne ne s’approcha réellement. Nath n’y fit pas attention, trop inquiet pour la santé de son alpha. Il ouvrit la porte de l’infirmerie à toute vitesse et cria qu’il avait besoin d’aide.

Lidseï fut déposé sur le lit principal. Il frissonnait et pourtant, il était toujours aussi chaud et même plus encore maintenant qu’il était sorti du bain. Abraham, le bêta qui gérait la structure à cette heure-ci se précipita sur lui. Et puis, tout se passa comme dans un brouillard. On essaya de faire reculer Kavri, qui refusa frontalement. Nath, lui, se laissa mollement faire. Le corps de Lidseï était si blanc sur ce lit noir que c’en était étrange. Nath avait l’impression de pouvoir voir chaque petite texture. Rien ne semblait vraiment réel.

Soudain, on attrapa ses avant-bras, le faisant sursauter. C’était Abraham.

— Depuis combien de temps est-il inconscient ?
— Je ne sais pas exactement. Kavri a dit qu’il avait eu mal au ventre ce midi. Je ne suis pas rentré aujourd’hui… Je… Je ne sais pas. Kavri ?

Il s’attendait à le retrouver juste à côté de Lidseï, mais il n’était plus là. Où était parti Kavri ?

— On s’en est occupé, révéla simplement Abraham. Les secours arrivent, ça va aller d’accord ?
— Est-ce qu’il… Est-ce qu’il va mourir ?
— Ses poumons sont très abimés, Nathsinka, mais il respire déjà mieux avec le masque. On va faire ce qu’il faut. Je vais appeler quelqu’un pour s’occuper de vous.

Il était censé partir ? Non. Sa place était près de Lidseï.

***

Erkay était venu le plus rapidement possible pour soutenir son collègue. Il le trouva dans une salle d’attente, l’air absent.

— Nathsinka ? Je viens d’apprendre ce qu’il se passait.

Il s’agenouilla devant lui tout en prenant ses mains, pour être à la hauteur de son visage. Que faisait-il tout seul ? Personne ne devrait être isolé dans ce genre de moment.

— Est-ce que tu as des nouvelles ?
— Il a fait une pneumonie… Ses poumons… J’ai pas fait assez attention. J’ai pas vu…
— D’accord, d’accord.
— Est-ce que tu peux faire passer un bilan à tous les alphas que l’on doit placer ? J’ai demandé à ce que ce soit fait pour ma zone aussi, mais il faut le faire pour tous les alphas qui sont sortis de là…
— Cela représente beaucoup de bilans, souligna doucement Erkay.
— Il a failli mourir. Je veux pas… Je veux pas passer à côté de quelque chose d’autre.

Erkay acquiesça tranquillement et demanda tout doucement :

— Où est ton second alpha ?
— À l’isolement… Il s’est fait punir…

Voyant son collègue froncer les sourcils, il expliqua doucement que ses deux alphas étaient très proches et que les médecins avaient voulu les séparer. Kavri avait été puni sévèrement, plusieurs fois, pour le forcer à s’éloigner. Depuis, il était à l’isolement.

— Tu veux que je m’en occupe ? proposa doucement Erkay.
— Non… Enfin… oui. Est-ce que tu peux le ramener ici ? Sans le punir ?
— Oui, je peux.
— Dis-lui… enfin… si tu lui expliques qu’il me rejoint, ça devrait aller. Kavri n’est pas… Enfin… Méfie-toi d’accord ?

Erkay l’observa silencieusement. Il avait vraiment l’impression de passer à côté de quelque chose. Néanmoins, il promit d’être prudent et repartit immédiatement. Restez immobile, à attendre, c’était toujours dur et au moins, il aurait l’impression de se rendre utile.

***

Nath observa Erkay revenir sans comprendre. Il était suivi par un alpha cagoulé et fermement maintenu par différents points de contentions. Nath mit presque une minute avant de comprendre que c’était Kavri.

— Mais qu’est-ce que ? Pourquoi tu ?
— Il va bien, répondit Erkay tout en amenant Kavri à s’agenouiller d’une pression de laisse.

L’alpha obéit en douceur, exactement comme il le faisait avant. Nath grimaça. Si Kavri était de nouveau cassé, Lidseï ne s’en remettrait jamais à son réveil.

— Nath… Kavri a vécu de la privation sensorielle pendant des années. J’ai vérifié son dossier. Pour le moment, tu lui as donné un super cadre pour s’épanouir, mais sortir, ça lui coûte énormément. Si je lui enlève la cagoule maintenant, il risque de faire n’importe quoi. Il n’arrivera pas à gérer. Alors, ce que je te propose, c’est de le garder comme ça jusqu’à ce qu’il puisse rester dans la chambre de Lidseï, au calme, d’accord ?
— En privation sensorielle ?
— Oui… C’est horrible, mais je te jure que c’est moins pire ainsi.

Nath était épuisé. Il n’arrivait pas à réfléchir et Erkay avait un ton paternel très agréable à suivre. C’était simple. D’ailleurs, il était réellement en gestion, car après avoir réussi à calmer Kavri, à le transporter, à l’installer, à le calmer lui, Erkay repartit aussitôt pour voir s’il était possible d’avoir des nouvelles de Lidseï.

Nath l’observa qui s’agitait pour lui en souriant doucement. Il était épuisé. Il toucha Kavri du bout des doigts. L’alpha ne frémit même pas, alors il lui caressa le dos dans un geste qui se voulait apaisant, simplement pour lui rappeler une chose toute bête : il n’était pas seul. Malgré l’isolement qu’imposait son équipement, il n’était pas seul. Doucement, Kavri sembla se décontracter et se pencher petit à petit vers lui. C’était la toute première fois que ça se passait vraiment bien entre eux, nota Nath amer. Ça se passait bien… parce que Kavri était maltraité et parce qu’il ne savait pas de qui venait le réconfort.

Il fallut presque deux heures de plus pour qu’on vienne les tenir informés : Lidseï était un peu plus stable, il allait être admis dans une chambre et ses chances étaient tout à fait correctes. Les autres omégas grimacèrent en voyant Kavri, ils tentèrent d’expliquer à Nath que ce n’était pas une bonne idée, que la compétitivité entre alpha allait fatiguer le patient voir le mettre directement en danger. Nath refusa de les écouter, fier d’une seule et unique certitude : Kavri et Lidseï s’aimaient.

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