Chapitre 31 - un alpha de plus ou de moins
Marchant d’un pas étonnamment vif, Nath avançait dans l’un des vieux quartiers de la ville. Les ruelles étroites dansaient au fil du terrain, loin des grandes artères terriblement rectilignes qui étaient de plus en plus employées. Autour de sa zone, Nath avait beaucoup d’espaces construits ainsi, mais la nature avait une place qui redonnait du mouvement et de la couleur à cette architecture. Ici, la nature n’avait pas de place pour s’épanouir, si ce n’était des jardinières, posées un peu de partout. Habituellement, il aurait réduit le rythme, pour savourer ces endroits qui lui étaient inhabituels, seulement, dans quelques heures à peine, il voulait emmener ses alphas faire un super pique-nique dans le parc devant chez eux. Il n’avait pas du tout envie de les faire attendre… et il se retrouvait loin de chez lui, pour rejoindre une zone inconnue, tout ça pour rencontrer un alpha. C’était rageant.
La zone était indiquée d’un petit panneau de bois, mille fois peint et repeint, sur lequel on pouvait lire : « Zone de Laïone ». Juste en dessous du panneau, une arche de pierre marquée l’entrée. Il fallait commencer par descendre deux volées de marches. L’établissement se trouvait littéralement au sous-sol, ce qui était une pratique relativement courante. Néanmoins, elle fit grimacer Nath, car c’était ainsi que les alphas se retrouvaient sans un brin de lumière. Au plus il avançait, au plus il doutait, mais Erkay lui avait promis que c’était « parfait ».
Nath avança jusqu’au comptoir, étonnamment vide et de l’autre côté, un bêta s’adressa à lui en souriant.
— Bonjour ! Bienvenu dans la zone ! Est-ce que je peux t’aider ?
— Salut, oui, j’ai rendez-vous avec Laïone.
— Oh ! C’est toi Nath ? Parfait ! Il t’attendait justement. Laisse-moi juste le temps d’aller le chercher.
Le bêta s’éloigna d’un pas joyeux, et tourna dans un couloir tout proche. Le bureau se trouvait dans un carrefour de couloirs, permettant sans doute de desservir toute la partie dédiée au public. Néanmoins, d’ici, ils n’entendaient rien. L’odeur n’était pas insoutenable non plus, ce qui devait sans doute demander beaucoup d’effort au quotidien.
Très rapidement le bêta revint accompagné d’un oméga brun aux yeux légèrement dorés. Laïone lui offrit un sourire doux tout en se présentant.
— Tout a été validé avec Erkay. Alors je ne sais pas trop… Est-ce que tu veux directement le rencontrer ? Ou tu veux vérifier la chambre avant ?
— La chambre en premier s’il te plaît.
Laïone acquiesça et lui fit signe pour qu’il le suive. Nath fut surpris de voir qu’ils remontaient dans les étages.
— C’est un peu labyrinthique, il faut qu’on fasse des travaux pour améliorer ça. On a repris les bâtiments autour au fur et à mesure. C’est très loin des zones construites directement, mais j’avoue que j’aime bien cette ambiance, confia Laïone.
Et effectivement, il fallait passer des couloirs entiers, pour accéder à d’autres escaliers. Mais au final, ils débouchèrent dans un grand couloir très sombre qui ne rassura pas vraiment Nath. Laïone ouvrit une porte visiblement blindée.
— Nous avons refait faire toutes les portes. De ce côté tout est sécurisé. Le public n’a pas du tout accès à ce secteur et les clés sont détenues par le personnel uniquement.
La porte s’ouvrait sur un sas. Laïone poussa la seconde porte et de la lumière naturelle envahit les lieux. Nath avança, bouche bée. La chambre n’était pas très grande, mais elle s’ouvrait sur un balcon qui lui-même donnait sur une cour intérieure. Ça aurait été très laid si chaque balcon ne ressemblait pas à un véritable jardin.
— Le lit est visé au sol. Pareil pour le bureau et la commode. La baie vitrée est en verre sécurisée. Tout ce qu’ils peuvent détruire, c’est le jardin.
Nath fit le tour, observa les sécurités puis s’assit doucement sur le lit. Il était confortable. Laïone avait visiblement fait du bon travail. Les alphas devaient être très bien dans un tel environnement.
— Le service n’est pas obligatoire. Il y a normalement une sortie quotidienne, mais nous pouvons nous adapter.
— Ce que j’aimerais comprendre, c’est comment ça se fait que cet alpha veuille partir ?
— Ah ça… Malyn a une demande particulière. Il aimerait être davantage employé et potentiellement présenté aux omégas. Il a tenté sa chance avec tout le monde ici. Ça te semble jouable ?
— Oui, sans souci.
Les alphas qui avaient loupé leurs présentations n’étaient pas les plus nombreux, mais ceux qui étaient dans ce cas finissaient souvent par le regretter. Ce n’était pas étrange. C’était même attendu. Nath observa une dernière fois l’environnement avant de décider que Satholin y serait très bien. Mais avant d’acter ça, il devait rencontrer Malyn.
Ce fut rapidement chose faite. L’alpha attendait dans ce qui semblait être une salle de repos. Il y avait un peu de matériel de sport et plusieurs espaces pour s’étendre. Malyn était très visiblement tendu, mais Nath n’arriva pas immédiatement à comprendre pourquoi. Laïone se glissa dans la pièce à son tour et referma derrière eux.
— Tout va bien, Malyn. Je te présente Nathsinka. C’est le gestionnaire dont je t’ai parlé.
Malyn se tendit encore plus, apparaissant presque menaçant. Depuis ses mauvaises expériences avec Kavri, Nath se sentait un peu fragilisé. C’était inquiétant. Heureusement, Laïone intervint immédiatement :
— Malyn est très stressé de ne pas te plaire. Je pense que c’est à cause de ce stress qu’il a été rejeté, mais c’est un très bon alpha.
Tout en parlant, il s’était approché de Malyn pour caresser son bras et aussitôt, l’alpha se détendit légèrement. Néanmoins, il resta silencieux, alors Nath décida de lui poser quelques questions. Des choses simples, qui permettent uniquement de briser la glace. Il voulait comprendre ses aspirations et ses goûts. Au bout de quelques minutes, Malyn était détendu. Il parlait avec entrain. Il était intéressant et tout à fait charmant. Son dossier était simplement parfait…
— Bien ! Si ça te va, je peux t’emmener aujourd’hui. Si tu veux un peu de temps pour réfléchir, on peut attendre un peu.
— Non ! Aujourd’hui ! C’est parfait.
Laïone acquiesça tranquillement. Le sac de Malyn était prêt depuis un moment déjà. La simple possibilité de sortir l’avait rendu fou de joie. C’était comme si un avenir s’ouvrait de nouveau face à lui. Laïone était plus inquiet concernant l’alpha qu’il recevrait en échange. Quelqu’un qui allait si mal qu’il avait envie de mourir… C’était l’enfer à gérer ! Il ne pouvait qu’espérer que les meilleures conditions de vie suffiraient à l’apaiser dans un premier temps. En tout cas, cela allait lui rajouter une très forte charge de travail.
Lorsqu’il installa la laisse sur le collier de Malyn pour la tendre à Nath, il remarqua que l’autre oméga n’appréciait pas cela. C’était étrangement rassurant. Mais aussi simplement que ça, il les regarda partir.
Nath se retrouva dans les ruelles tortueuses, mais cette fois-ci, il n’était plus seul. L’alpha qui marchait à ses côtés avec une démarche un peu chaloupée. Il était très visiblement puissant, mais aussi très sage. Ce n’était pas comme marcher à côté de Lidseï. Il était bien plus grand et bien plus fort. Ce n’était pas non plus comme déplacer Kavri. Il était beaucoup plus vivant. D’ailleurs, il souriait en regardant autour de lui. La balade était agréable.
Petit à petit, les ruelles changèrent pour se transformer en axe plus large et rectiligne. Nath hésita, mais l’alpha avait tellement l’air de s’amuser avec cette simple sortie, qu’il bifurqua vers le parc. C’était une promenade courante pour certains alphas, mais toutes les zones n’avaient pas les moyens de faire une telle chose. Malyn n’était visiblement pas sorti depuis longtemps.
— Est-ce que j’aurais encore une fenêtre ? demanda-t-il soudainement.
— Malheureusement non, mais tu pourras te balader régulièrement.
Il parut déçu, mais il accepta la nouvelle. Il n’avait pas posé beaucoup de questions sur ses conditions de vie. Nath s’était assuré de beaucoup de points, notamment sur l’usage sexuel qui était envisagé. Mais tout ce qui intéressait l’alpha, c’était l’idée de rencontrer des partenaires potentiels. C’était son avenir qui était en jeu.
En retournant à la zone commune, Nath le présenta aux différents bêtas qui travaillaient là, puis l’accompagna jusqu’à sa chambre. C’était un espace modeste, mais qui était contrebalancé par un rythme de sortie et plus généralement de proposition d’activité qui se voulait agréable. Puis, il se dépêcha de retourner chez lui, bien conscient que les quelques minutes perdues dans le parc étaient de trop.
En ouvrant la porte, son cœur battait un peu trop fort, à cause des escaliers qu’il avait grimpés un peu trop vite. Ses alphas étaient justes là, installés et immobiles, occupés à observer le parc. C’était comme toujours et cette simple vision lui fit du bien. Il referma derrière lui et avança vers eux, le cœur léger.
Kavri se tendit presque aussitôt, comme il ne le faisait plus. Il se tourna vers lui, avec une grimace terrible et bondit. Lidseï n’eut pas le temps de réagir. Le contact fut brutal, Nath vola en arrière et tomba lourdement, prisonnier sous le corps de l’alpha.
— Non ! Kavri, non ! hurla-t-il en se débattant.
Seulement, les mains de l’alpha étaient de partout sur lui, tirant sur ses vêtements. Lidseï s’approcha, mais Kavri réagit mal à sa présence. Il poussa un cri étrange qui fit reculer son amant. Presque aussitôt il se concentra de nouveau sur Nath, il immobilisa l’une de ses mains loin de lui et arracha plus qu’autre chose ses vêtements.
— Kavri… Kavri, calme-toi. Kavri… chuchotait doucement Lidseï en tentant de l’approcher, mais Kavri semblait ailleurs et il fallut un moment pour que Lidseï comprenne. Il y avait une odeur. C’était une odeur très particulière. Lidseï sentit la colère monter et recula.
Habituellement, Nath ne sentait pas comme les autres alphas en revenant. L’odeur avait toujours le temps de passer. Là, elle était nette, comme si l’autre était juste derrière leur porte. C’était pénible, mais Lidseï ne comprenait pas pour autant la réaction de son ami et surtout, il ne savait pas comment le calmer.
Nath ne bougeait presque plus. Il était torse nu et il respirait très fortement, mais les mains de Kavri n’étaient plus aussi brutales. L’alpha se frottait presque contre lui.
— Kavri… Tout va bien… D’accord ? murmura Nath.
Lentement, il dégagea l’une de ses mains et caressa la tête de l’alpha. La peur était toujours si forte qu’il sentait ses jambes trembler. Il en avait mal au ventre. Mais il y avait une urgence dans les gestes de Kavri qui était tout à fait nouvelle. Il n’essayait pas de le blesser. Ce n’était pas vraiment une attaque. Il recouvrait l’odeur… L’odeur de Malyn comprit-il tardivement.
— Mince, chuchota-t-il. Lidseï ? Éloigne-toi. Tout va bien.
Kavri embrassa son cou, ce qui le fit frémir. Il n’avait vraiment pas envie que les choses aillent plus loin, mais il ne savait pas trop comment l’arrêter pour autant.
— Alors comme ça, tu as envie de mettre ton odeur, de partout sur moi ?
L’alpha ne répondit pas, mais il accepta une étreinte courte, jusqu’à ce que Nath lui murmure à l’oreille :
— Tu es en train d’oublier l’alpha que tu aimes… Regarde, il s’éloigne.
Presque aussitôt, Kavri se raidit et le lâcha. Lidseï lui ouvrit les bras, et son amant se jeta contre lui, inspirant profondément son odeur. Il avait agi instinctivement. Il s’était fait submerger par un instinct qu’il ne comprenait pas. Il attendait la punition, évidente et logique, qui allait s’abattre sur lui. Seulement, Nath se releva et se contenta de se laver les mains avant de s’approcher de nouveau.
— Vous êtes mes seuls alphas. Vous n’avez rien à craindre. Je suis désolé si je t’ai choqué Kavri…
Lidseï ouvrit l’étreinte, pour qu’il puisse les rejoindre. Nath hésita un court instant. Il était toujours à demi nu, mais il avança. Il se glissa entre eux et savoura le contact de ses doigts sur son corps. C’était bizarre et stressant. C’était nouveau aussi. Il mit un long moment à se rendre compte que derrière ses jambes tremblantes, derrière l’affreuse terreur qu’il avait ressentie, sous les caresses, il y avait un bonheur étrange.

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