L'art d'assaisonner la daube

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Je parvins à garer la MG non loin de la porte de Clignancourt, alors qu’une colonne de fumée commençait à s’échapper du radiateur. Mais, incollable sur les caprices de ma danseuse, je gardais toujours une bouteille d’eau distillée dans le coffre. Je me frayai un chemin dans l’espèce de souk qui marquait les abords du marché aux puces. On se faisait tirer la chemise par des petits vendeurs d’i-phones qu’ils avaient dérobés une demi-heure plus tôt à des touristes sans méfiance. Un type qui venait de perdre cinquante euros au jeu des trois cartes s’empoignait avec le margoulin qui l’avait arnaqué. On shootait dans les emballages de fast-foods, et une odeur d’huile de canola rance flottait en provenance du Burger-King voisin. La moitié des rideaux de fer des boutiques étaient baissés, badigeonnés de tags. Ça dealait un peu partout, on voyait des punks à chien avachis sur le trottoir, à un mètre de la pisse et des excréments de leurs roquets, en train d’interpeller les bourgeoises pour leur taper du fric, avant de les traiter de salopes parce qu’elles ne donnaient rien. Ils avaient l’air mal en point, le teint hâve, la lippe haineuse, on les aurait dit tout droit sortis d’un moyen âge rêvé, ou plutôt cauchemardé, et je savais trop bien y voir les derniers rejetons de la petite bourgeoisie intellectuelle, ceux qui ont cru à la République, et qui apprirent à leurs enfants qu’il fallait se trouver et ne pas être récupéré par le système. Eh bien, c’était gagné : le système, il aurait fallu le payer cher pour qu’il les récupérât. Parfois, des petites frappes maghrébines des cités déboulaient dans leur Jaguar, qui distillait du raï ou du rap à plein volume… Je n’aimais pas trop venir ici ; je connaissais un peu ce milieu, c’est là que s’écoulait le recel de cambriolages divers : maisons de campagne entièrement vidées, églises pillées, trafic d’ivoire et de contrefaçon… J’avais plusieurs fois enquêté sur les gangs d’antiquaires, les filières d’exportation vers l’Allemagne, l’Angleterre et le Japon ; la pègre devenait de plus en plus exhaustive, méthodique. On ne se contentait pas de braquer deux ou trois villas, on quadrillait une région entière. On ne se contentait plus de la hi-fi et des bijoux ; on se pointait avec un gros semi-remorque, par une nuit d’intempéries, et on vidait méticuleusement la maison ; on avait de quoi embarquer les plus lourdes armoires normandes, on dévissait les robinets, on démontait des fenêtres ; jouets en plastique fêlés, vieux journaux, tapis de bains élimés de chez Conforama, vieilles boîtes de nourriture pour chiens, paniers à linge sale en plastique, rien n’échappait à la razzia. Parce que c’est une perte de temps de faire le tri, et parce que tout se revend ; les truands n’ont pas raté le tournant du millénaire ; les innovations en matière de traçabilité, de logistique, de livraison juste-à-temps, ça les connaît. Les objets de collection partent vers les pays riches ; les robinets, carrelages, le matériel agricole, en Turquie et en Afrique du Nord. Au point que de nos jours, on peut se faire voler sa carte de crédit sans s’en apercevoir. J’avais contribué au démantèlement d’une filière de hackers qui s’emparaient de vos identifiants sur Internet pour littéralement produire une réplique de votre carte, dont ils se servaient pour retirer de l’argent dans des distributeurs automatiques, à New York, Las Vegas, ou Miami. Bien sûr, il y avait de la Camorra, de la Cosa Nostra là derrière, et ils collaboraient sans doute avec des gangs russes ; au total, on n’avait arrêté que du menu fretin, la police n’avait pas osé se frotter aux vrais chefs ; ils n’étaient pas sûrs d’être couvert par les politiques : à l’ère de Dodo la Saumure, on peut les comprendre.

Lorsque je vis Girault, il se livrait à une activité particulièrement prisée des brocanteurs : manger. Avec sa femme, ils étaient assis sur des pliants autour d’une table en plastique jonchée de victuailles, en train d’engloutir des andouillettes. On pouvait repérer des frites, du camembert, du roquefort, quelques saucisses et une grosse tarte aux pommes. Il y avait des cannettes de bière, du cidre et une bouteille de Saumur Champigny, si fraîche que l’on voyait des gouttes de condensation sur le goulot. Ils s’en versaient généreusement dans des gobelets en plastique, et envoyaient des relents de persil et de vinasse. Ce Girault était plutôt ventripotent, avec des yeux désabusés chaussés de lunettes rondes, et une couronne de cheveux gris frisés qui entouraient un crâne luisant. Il était vêtu d’une chemise à carreaux bon marché et d’un jean ordinaire peu flatteur pour ses bourrelets de graisse. Sa femme avait le teint jaunâtre, on sentait qu’elle avait trop longtemps picolé, et je lui imaginais une voix rauque, cassée par toutes les cigarettes qu’elle s’enfilait depuis trente ans, et qui lui avaient aussi, selon toute vraisemblance, jauni les dents. Elle arborait une casquette gavroche, et un décolleté ridicule qui laissait voir les vergetures et l’aspect fripé de sa poitrine. Ils regardaient passer les clients potentiels, goguenards. De temps en temps l’un d’eux s’enquérait d’un prix ou d’une information, et ils lui répondaient de mauvaise grâce, comme si le chaland qui les faisait vivre n’était qu’une nuisance, un détestable contretemps qui perturbait leur mastication.

Je fis mine de déambuler parmi son impressionnant stock de vinyles. Le rayon Karen était plutôt bien fourni ; la plupart de ses singles se négociaient à quelques centimes d’euros : la belle en avait beaucoup vendu et n’intéressait plus grand-monde. J’éprouvais un plaisir certain à farfouiller dans ces vieilleries, malgré l’odeur de poussière qui me prenait à la gorge, à faire défiler toutes ces photos, comme quand on regarde ses vieux diaporamas de vacances – on dit que certains n’achetaient ses disques que pour leur couverture, ils ne se donnaient même pas la peine de les écouter. Elle avait un bon air candide sur sa première pochette, celle de Garde moi avec toi, avec un drôle de blouson en skaï, couleur caca d’oie, ponctué de liserés verts et rouges, cela respirait un amateurisme bon enfant ; on sent le coup d’essai sur lequel Ibach ne veut pas trop investir, le vieux filou n’a pas encore mis tous ses œufs dans le même panier ; il n’a pas encore revendu sa Cadillac pour financer l’aventure américaine de Karen -- alors il exigera pour sa pupille le meilleur chorégraphe, le meilleur son, les meilleures choristes… La pochette de Ma vie n’appartient qu’à toi n’est pas plus travaillée ; le règne du skai continue, on est cette fois dans le rouge, et j’aimais bien la fermeture éclair en plastique de son blouson, ainsi que ses dents refaites au Tippex. Il y avait aussi la célèbre râpe à fromage qui sert d’arrière-plan à Samedi, dimanches et fêtes, dont la face B est une reprise d’Abba. Ce n’est qu’à partir de 1978 que les couvertures se déringardisent, et je commençais à comprendre pourquoi l’air boudeur de Sing to me Mama, le regard hargneux de Liars Beware, et le déguisement de sauvageonne de Mes années de lycée en excitaient plus d’un…

-- Puis-je vous aider ?

Il s’était approché à pas de loup, et son ton exprimait une profonde désapprobation.

-- Auriez-vous Où sont les anges ?

-- Vous aussi, vous vous intéressez à cette daube ?

-- Mettons que ces vieilleries piquent ma curiosité…

-- De la variété bassement commerciale, qu’on nous vend comme des nouilles ou de la lessive !

-- Vous nous en proposez pourtant un bel échantillon…

-- Je vends de tout, Monsieur ! Je n’approuve pas pour autant. Je suis spécialiste du vinyle collector, c’est comme ça que je mange ! Alors je me dois d’être exhaustif, même si je suis là pour promouvoir la vraie chanson française de qualité… Surtout avec la clientèle actuelle… Quand on pense que cette poupée manufacturée a poussé le culot jusqu’à faire une couverture avec une canette de Coca à la main ! Regardez-moi ça…et elle a l’air contente, en plus !

Il sortit de son bac le 45 tours de Pense à moi quand même. Elle évoquait une monitrice d’aérobic californienne à la sortie du vestiaire, le buste moulé dans un body jaune, avec sur l’épaule un blouson en jean et la fameuse boîte de soda rouge. Et sa crinière : dorée, lustrée, saine.

-- Vous ne trouvez pas cela scandaleux, ces petites bourgeoises à qui la République a donné les moyens d’une authentique élévation culturelle, et qui se prostituent auprès d’Hollywood et de sa daube commerciale de bas étage ? Mademoiselle Coca Cola, c’est comme ça que je l’appelle ! Et ce n’est pas avec le name-dropping prétentieux de ses paroles, où les noms de Verlaine, Rimbaud et Shakespeare sont constamment salis, qu’elle me fera changer d’avis ! Les Karen Chéryl, Dorothée et autres Douchka, de vraies VRP, toujours en train de nous vendre quelque chose. Quand ce n’est pas des jouets ou des entrées chez Disneyland, ce sont des sodas et des maillots de bain. Ou des mangas vulgaires et ultra-violents, auxquels Madame Royal a bien eu raison, en son temps, de dire stop ! Ces filles ne sont pas plus des artistes que les modèles du catalogue de la Redoute ! Combien d’adorateurs aliénés par cette daube savent-ils que Karen Cheryl n’est qu’une émanation du groupe Lagardère ? Ce chancre de la République, qui tire les ficelles de l’opinion grâce à son réseau de participations dans la presse et les médias, finançait déjà le producteur Ibach dans les années 70. A tel point qu’une de ces daubes italiennes, dont le titre ne me revient pas…

-- Les nouveaux romantiques ?

-- Non, l’autre…

-- Oh Chéri Chéri ?

-- Tout juste ! Qui sait que cette chanson, que dis-je, ce bouillon sirupeux, a été transcrite en français pour flatter le goût de papa Lagardère ? J’imagine que cet émule de Berlusconi, incarnation du pouvoir occulte de la finance, marchand de canons à ses heures, a su récompenser son toutou Ibach en ouvrant le robinet des crédits, participations et autres effets de commerce…et le pompon, c’est quand la greluche, ayant changé de nom pour tenter en vain d’effacer ses traces, réussit à se faire épouser par un cador du groupe ! Un des hommes les plus puissants de France, PDG d’Europe 1, producteur de C dans l’air, directeur d’une société-écran appelée Maximal productions, dont le but réel est d’asservir la société civile, les chercheurs, les intellectuels et les artistes, au pouvoir occulte des multinationales, grâce aux gesticulations de leur roquet Sarkozy ! A côté de ça, des dizaines d’auteurs-compositeurs méconnus, à qui le système n’a jamais donné leur chance… Au contraire, on a tout fait pour les casser, car quoi de plus dangereux, je vous le demande, qu’une authentique poésie critique ? Le système ne va pas subventionner sa propre déconstruction ! Alors on nous inonde de daube, de mièvreries sentimentales, et je peux vous dire que la Karen, elle était en première ligne ! Un bon petit soldat du capitalisme ! Avec elle, pas de danger que les masses acquièrent une conscience citoyenne ! De bons petits consommateurs décérébrés, voilà ce qu’on devient !… Tous les Sheila, les Ringo, des emballages clinquants pour la verroterie avec laquelle on endort le peuple !… Et ça ne s’est pas amélioré depuis qu’on fait rêver nos enfants de Starac, alors que le chômage augmente et que les cadors du CAC 40 engrangent des super profits !… Ces petites connes des années quatre-vingt ont bien préparé le terrain, avec elles toutes les minettes se prenaient pour des stars de ciné, des baby dolls, elles caressaient la bassesse humaine dans le sens du poil… Ces affidés du capitalisme financier ne reculaient devant aucun truc sordide pour susciter l’empathie, rien n’était à négliger pour endormir la conscience citoyenne du peuple tout en en profitant au passage pour vendre une poignée de disques supplémentaires ! Qu’on se souvienne de la façon obscène dont ces marchands de soupe ont mis en scène le mariage de Sheila et Ringo ! Quant à la petite Karen, qui s’appelait d’ailleurs Carène à l’époque, Ibach a essayé d’attendrir des millions de fils d’ouvriers, de paysans, des gens qui, deux ou trois générations plus tôt, souffraient encore de la misère et de l’exploitation, des gens qui ne pouvaient pas se payer des vacances à la mer, en la faisant passer pour une fille d’agriculteurs ! Qu’y a-t-il de commun entre un humble travailleur, qui se lève à l’aube pour labourer son champ, afin de vivre dignement en écoulant sur les marchés sa production de qualité, et un gros céréalier du Vexin qui possède un yacht de quinze mètres à Saint-Tropez ? Et l’on voudrait que l’ouvrière, la caissière, l’infirmière ou l’esthéticienne s’identifie à cette fille qui passait ses étés dans les ports huppés de la Sardaigne ou des îles Lipari, sur le luxueux bateau de papa, avec son petit ami qui, en attendant mieux, se trouvait être l’héritier d’une importante chaîne de magasins de chaussures ?

-- Vous n’avez donc pas Où sont les anges ?

-- Si je savais où ils sont, les anges ! J’aimerais bien les rencontrer…je n’en ai pas en ce moment…mais ce n’est pas rare, vous le trouverez pour cinq euros, et c’est cher payé ! Il est heureux que certains prennent tout de même conscience de la médiocrité de cette daube ! J’ajoute que si vous tenez absolument à vous ridiculiser, vous pouvez vous procurer le CD anniversaire de 2009 sur Amazon, pour une somme astronomique. Les vingt ans d’Où sont les anges, voyez-vous ça ! Comme si cette daube était aussi importante que le premier pas de l’homme sur la Lune ou l’invention de la pénicilline ! Le pire, c’est que des crétins le croient, et dépensent jusqu’à cent euros pour cette musique en conserve dont même le Prisunic du coin ne veut plus. Comment peut-on tolérer une société où Où sont les anges vaut cent euros, un mois de salaire au Congo ou au Mozambique ? Notre société marchande est en totale perte de repères !

Je ne pus m’empêcher de le taquiner :

-- Vous l’avez déjà écouté ?

-- Moi ! Ecouter cette daube ? Je suis parfois obligé de m’y abaisser, quand les clients veulent vérifier la qualité d’un vinyle. Mais ça ne m’est jamais arrivé avec Où sont les anges. Beau titre, d’ailleurs, ce n’est sûrement pas cette dinde qui en a eu l’idée… Il faut parfois subir des humiliations dans ce métier, même si l’on est reconnu comme l’un des deux ou trois meilleurs vendeurs de vinyles collectors de l’hexagone… Avant je travaillais dans l’éducation nationale, j’ai monté ce commerce lorsque j’ai pris ma retraite, il y a cinq ans.

-- Ce n’est qu’une transition, interrompit sa femme qui venait de nous rejoindre. Nous amassons de l’argent pour ouvrir une librairie salon de thé à Saint-Rémy de Provence…

-- Avec ce qu’on gagne, on n’est pas près de l’ouvrir, notre librairie.

-- Il est scandaleux que les gens comme nous, qui promouvons la chanson de qualité, ne soient pas plus aidés par le gouvernement !

-- Les citoyens ne sont pas éduqués. Quand j’enseignais, je passais ma vie à faire écouter à mes élèves des auteurs-compositeurs comme Maxence Ferraz, Yves Gripet, ou Annick Langlois. Mais il n’y en avait que pour Johnny, Sardou… Même les enfants des quartiers, j’essayais de leur faire apprécier la langue française avec du rap littéraire… Ils ne voulaient que du clip violent…haineux…antisémite… Ils pensaient tous devenir riches et célèbres grâce à la Starac…et quand ce n’était pas le cas, c’était pire : footballeur, dealer… Ils ne voulaient que de la daube… J’ai baigné dans cette daube pendant trente ans… J’espérais les en sortir, les initier à une culture républicaine…citoyenne… J’ai gâché ma vie… Le week-end, ils regardaient les matches de foot, ils se trémoussaient dans des boîtes pourries, il n’y avait pas moyen de les intéresser à la condition des femmes, à la Shoah, au réchauffement climatique, ni de leur faire prendre conscience de l’inexorable montée des inégalités. Leur cerveau avait la taille d’un petit pois, atrophié par l’océan de merde américaine dont le capitalisme financier international les inondait… Alors le client est roi, mais tout de même, venir me demander du Karen Cheryl, cette fille qui a une responsabilité historique dans l’abrutissement des masses…qu’est-ce qu’ils ont tous en ce moment ?

Les types de mauvaise humeur, tout comme les alcoolos et les cinglés, ainsi que les monomaniaques et illuminés de toutes sortes qui rêvent de refaire le monde, c’est du gâteau pour nous autres détectives. On les titille un peu, et on en apprend plus que ce qu’on voulait savoir. On a même du mal à stopper leur logorrhée. Les femmes du monde, les bureaucrates et autres avocats, les politicards, sont des espèces bien plus coriaces. Des as de la manipulation, qui mentent rien que pour le plaisir.

-- Il paraît que l’album Où sont les anges est introuvable ?

-- Qu’est-ce qu’ils ont tous avec cet album ? En vingt ans de brocante spécialisée il ne m’est jamais passé entre les mains.

-- Il y a donc beaucoup de gens qui vous le demandent ?

-- Comme vous y allez, tout le monde n’est pas obsédé par cette daube ! Disons que quelques tarés recherchent désespérément un pressage underground de cet album… Il y en a même un qui m’a demandé si j’avais la bande magnétique originale de cette…chose…je n’ose pas appeler ça de la musique…

-- C’était quand ?

-- Il y a environ un an. Bien entendu, je l’ai envoyé paître. Mais il a profité que j’étais occupé avec un client pour aller fouiller dans ma réserve, où se trouvait un tas de vieilles bandes, qui faisait partie d’une succession. Il a absolument tenu à tout racheter. Il avait l’air content. Inutile de préciser que je ne lui ai pas fait de cadeau…

-- Vous faites les successions ?

-- Rarement. Pour récupérer une cinquantaine de vinyles, il faut s’encombrer de tout un fatras. Toutes les cochonneries, tous les trucs en plastique que notre société marchande nous force à acheter. Sans parler des meubles inrevendables, tout le rustique clinquant du faubourg Saint-Antoine, avec les vernis qui font ressembler la surface de votre buffet Henri II à du lino, ni du Ikea à moitié éventré, mal monté, bancal, avec des boulons qui ressortent, et des strates d’agglo gorgées de flotte, moisies, bleuies… Et je ne vous raconte même pas les années soixante-dix, les tabourets orange au plastique incrusté de crasse, les bibliothèques modulaires Roset ou Roche-Bobois, avec leurs tablettes en verre fumé, les tapis en poil de mouton, les tables basses avec leurs pieds en forme de nouilles… Je vous laisse imaginer la montagne de déchets, la montagne d’ordures que nous aura laissées cette société de consommation, et le temps qu’il faudra à nos petits-enfants pour trier et recycler tout cela !

-- D’où provenaient ces bandes ?

-- Une succession qui, pour une fois, m’intéressait. La personne travaillait dans l’industrie du disque. Elle en avait des milliers. Plus des tables de mixage, des micros, des synthétiseurs, enfin le genre de matériel qu’on s’attend à trouver chez ces gens-là, et également ce tas de bandes magnétiques. Moi, il n’y avait que les vinyles qui m’intéressaient. Mais je savais que je pouvais tirer un bon prix du reste, car je peux le refourguer dans les circuits spécialisés. Pour les bandes, ce type m’a offert plus que ce que j’espérais…

-- Vous pourriez me dire à quoi il ressemblait ?

-- Les clients, je ne me souviens pas trop de leur tête, surtout quand ils viennent pour de la daube, je n’ose pas trop les regarder en face…j’ai quelques vagues souvenirs…un physique banal, mais un type bizarre…il avait un petit grain…pas étonnant, lorsqu’on écoute une pareille daube…

J’avais tout de même pris soin de recopier quelques photos de Mortier sur mon téléphone. Et, par chance, je l’avais sur moi. Rechargé.

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