Mon rêve en vidéo

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Malgré le bruit de guimbarde qui venait de se déclarer dans le moteur de la MG, non loin de l’emplacement de la chaîne de distribution, je ne pouvais réprimer un certain sentiment d’euphorie. En une demi-heure de conversation, le brocanteur grincheux m’avait révélé l’achat par Mortier du stock de bandes, dont il n’avait vraisemblablement conservé qu’une seule, estampillée IM061189. Le fourbi, selon Girault, provenait de la vente aux enchères à Biarritz, un an auparavant, des biens d’un agent de vedettes décédé du nom de Fabrice Lecouvreur. De plus, Dave allait bientôt rentrer de vacances. Après la dèche, c’était une abondance d’informations.

J’étais coincé dans le trafic, avenue de la Grande Armée. Il y avait des scooters dans tous les sens, et aussi des cyclopousses grotesques pour les touristes, avec leurs pilotes qui ahanaient, en route pour l’Etoile où ils espéraient choper quelque chaland, un pervers sans doute, un nostalgique des galères et des chaises à porteurs, un accro de la souffrance humaine et de la régression économique. Malgré ce chaos motorisé, je ne pouvais m’empêcher de gamberger.

On pouvait imaginer que Mortier avait repéré l’enregistrement à l’occasion d’une visite de routine chez Girault ; ou bien que, présent à Biarritz, il avait enchéri sans succès, obtenant cependant du brocanteur qui avait raflé la mise le seul objet qui l’intéressait. L’assassin, quant à lui, avait étranglé Mortier pour récupérer la bande – mon hypothèse de travail. Présent, peut-être, à cette même vente, et tout aussi malchanceux que Mortier, il s’était débrouillé pour remonter jusqu’à lui. Bien que Girault m’eût certifié que personne n’était venu lui tirer les vers du nez après la venue de Mortier, le brocanteur pouvait avoir menti, à moins que le tueur n’eût réussi à espionner les clients de son échoppe sans éveiller de soupçons. Mais il fallait encore comprendre pourquoi, sous cette hypothèse, l’assassin ne s’était pas tout bonnement contenté de faire une offre à Girault. Peur de se faire pincer, car fiché par la justice ? Inimitié personnelle avec le brocanteur ? Problème financier ?

Cependant, le drame s’était peut-être noué non pas à Biarritz mais lors de cette soirée – vraisemblablement postérieure à l’adjudication -- dont avait parlé Parsifal, au cours de laquelle quelqu’un -- L’assassin ? Mortier ? Un tiers ? -- avait prétendu posséder la bande. Rien pour l’instant ne pouvait expliquer comment l’assassin avait pu s’introduire chez Mortier dans le but de l’étrangler. A supposer qu’il eût obtenu son adresse par un stratagème quelconque, pourquoi Mortier aurait-il ouvert à un inconnu ? A moins que le tueur, afin de récupérer l’objet de sa convoitise, ne fût devenu un familier de la victime, prétextant leur passion commune pour la chanteuse.

Il y avait autant de trous dans mes raisonnements que dans un gruyère. Mais il n’y a que dans les romans d’Agatha Christie que tout est élucidé. Nous autres, enquêteurs du monde réel, sommes confinés dans une logique floue. J’avais pincé bien des criminels à partir d’informations éparses. La culpabilité établie, le bon professionnel ne cherche pas à en savoir plus. Il se consacre à d’autres affaires. Il a sa famille à nourrir, du moins en général. Et je trouvais que ce brouillard, ce flux d’indices ambigus, collait bien à l’image médiatique de Karen, insaisissable, fuyante.

J’appuyai sur le bouton du lecteur. J’étais loin d’être guéri. J’avais besoin de ma dose. Ma dose de voix rauque, de chevrotements sensuels, de ces montées en gamme, souples, aisées, improbables. Je ne pouvais m’empêcher d’écouter Mon rêve en vidéo plusieurs fois par jour. C’était râpeux, accrocheur, j’adorais sa façon d’écorcher les voyelles :

A Los Angeles U S A-ah

Je ne pouvais plus me passer de ce a-ah. Pas très glorieux, d’un point de vue déontologique. L’efficacité de l’enquête eût exigé que je fusse parfaitement détaché de l’objet du désir. C’était hélas loin d’être le cas. Moi aussi je commençais à vivre avec Karen, comme ces milliers de fans frustrés, en quête d’un palliatif pour leur minable vie affective. De ce côté-là, j’avais au moins un avantage sur eux : je n’espérais plus rien…

Ces ballades sans prétention, c’était un lubrifiant social. Ça permettait de tenir le coup. On comprenait ainsi l’opinion de Robert selon qui la gauche tenait cette musique pour profondément réactionnaire, puisqu’elle retardait « la prise de conscience par les masses populaires de leur exploitation » – c’était l’avis de Girault, au iota près – d’où les purges d’amuseurs publics vécues par la télé après l’intronisation de Mitterrand. Ce dernier, amateur de Sardou qu’il avait invité à déjeuner pendant trois heures, et qui ne dédaignait pas de coucher avec Dalida, avait une fois de plus mis la sourdine à ses convictions pour lâcher la bride à ses chiens, par calcul politique. On imaginait bien le vieux grigou ricaner in petto devant ce torrent de coups bas, de haines visqueuses, qu’il s’amusait à déchaîner ou à tarir, selon son humeur du moment, pareil au chat titillant sa pelote.

Un bon tube, ça permettait d’éviter les questions qui dérangent. Comme celle du sens de la vie, pour employer un vocable pompeux. J’avais connu pas mal d’ados qui s’étaient foutus en l’air, à coups de drogues et autres rodéos sur l’autoroute à contre-sens, torturés, croyaient-ils, par ce vaste problème. Ils fuguaient, échouaient dans des squats, leurs mères désespérées faisaient appel à mes services, c’étaient de petites affaires que je réglais rapidement. Petit effort, petit profit. Je tombais souvent sur des altermondialistes ; ils avaient milité à la fac, refusé tous les stages qui leur auraient permis de s’en sortir, et glissé peu à peu dans la marginalité, après avoir renoncé à leur rêve de changer le monde. Ils étaient écrasés par le poids de la misère humaine, ils ne supportaient pas de voir une pub, un i-phone, un type qui s’achète un polo dans une braderie, sans penser à Chiapas, à la misère des indiens d’Amazonie, aux inondations du Bangladesh. Pour eux, la cause première des maux de la planète résidait dans l’appétit vital de l’homme blanc. L’homme blanc devait expier, il fallait lui interdire la jouissance, la production, la création… Et, manque de pot, ce coupable, ce bouc émissaire, ils le voyaient dans leur miroir tous les matins, en se lavant les dents. C’est pourquoi ils échouaient bien souvent dans la rue, où il n’y avait pas de miroir, car l’eau des caniveaux était bien trouble, et encore moins de brosses à dents. En attendant de terminer leur pathétique existence à l’occasion de la prochaine rixe, la prochaine overdose, ou le prochain conducteur d’autobus négligent.

J’ai toujours pensé que les angoisses existentielles de ces bourgeois n’étaient qu’une pose. Il y a réellement des gens capables de se détruire par simple snobisme, pour tromper leur ennui abyssal. Robert m’avait raconté, dans une de ses interminables digressions que j’ai omises de raconter, car elles pourraient fatiguer ma lectrice, en plus de n’avoir strictement aucun lien avec notre affaire, comment, après la publication de Werther, l’Europe avait connu une vague de suicides sans précédent. C’était tout simplement à la mode d’avoir du vague à l’âme, de s’abîmer dans la douleur existentielle, et de se flinguer. Savoir si la vie vaut d’être vécue, c’est d’ailleurs le fonds de commerce de bonshommes comme Robert. Ou plutôt de son ancienne mouture, le respectable professeur de philosophie. Il m’en avait conté, sur tous les intellectuels et les coupeurs de cheveux en quatre, morts depuis longtemps, qu’il avait dû faire semblant de trouver respectables pour obtenir sa petite sinécure de la rue Victor Cousin.

Il y avait d’une part les métaphysiciens de tout poil, ceux qui pensent que la question est compliquée. Les transcendentalistes, les mystiques, les ascètes, les psychanalystes, les scientologues, les athées purs et durs, les kabbalistes canal historique, ceux qui étreignent les arbres, les spinozistes, toujours à la recherche de la cause de la cause de la cause, et les phénoménologistes, les empiristes, les existentialistes, ceux qui ne croient qu’aux effets. Sans oublier les dualistes, qui résolvent leur angoisse dans une vaste et continuelle partouze, pour bien marquer à quel point ils tiennent le corps pour misérable.

En face de tout ce fatras, de cette montagne de doutes, un simple a-ah. Le corps de Karen. Le déhanchement de Karen. Ses doigts qui courent sur la partie intérieure de son bras levé comme en triomphe, là où la chair est la plus blanche. Le galbe du mollet que prolonge le talon cristallin et affûté de ses escarpins, et qui se pose sur le sol, à l’instant précis où retentit le coup de cymbale ou de caisse claire. On retrouvait sa passion de l’exactitude, qui avait tant enthousiasmé Robert, au point que celui-ci la comparait aux maîtres de l’art français, tels que Racine, Poussin ou Debussy, dans l’exécution impeccable de ses chorégraphies, auprès desquelles les dandinements approximatifs de ses concurrentes, Sheila, Dalida, Vartan, sans même parler des Lio et autres Jeanne Mas qui n’essayaient même pas, sentaient le vil amateurisme, ainsi que le bâclage de détails scéniques qu’on ne croyait pas le public moyen capable d’apprécier. Je revoyais le haut de sa cuisse émergeant de sa robe pailletée, ses sourcils mobiles comme ceux de Marilyn, son œil gauche plus petit que le droit, la marque des femmes sensuelles qu’elle partageait avec Michèle Mercier, et dont le léger tic ponctuait ses interprétations ; son sourire d’hôtesse, si conventionnel et pourtant plein de promesses… Je l’adorais quand, dans ses prestations en play-back, lors d’une quelconque émission de variété dans un style de cabaret – et il y en avait beaucoup – elle se comportait comme une chanteuse de bar, enlaçant l’un de ses bras indolents, tendant à l’autre une coupe de champagne, sans jamais perdre de vue l’objectif de la caméra, qu’elle transperçait de son regard de braise ; elle avait l’intelligence innée du décor, de l’ambiance, du genre de l’émission, avec lesquels elle se trouvait toujours en parfaite adéquation.

Cela devenait complètement ridicule, et en même temps parfaitement satisfaisant : il me suffisait de réécouter ce a-ah, de la voir sautiller dans sa robe blanche sur Docteur menteur, de suivre la danse de ses cheveux dans Stone man, ou, mieux encore, Like a movie, pour me convaincre que j’avais parfaitement ma place sur cette terre. Etait-ce cela que les imbéciles appellent le bonheur ? Sans doute une petite parcelle, qui leur donnait peut-être raison.

J’ai dû passer voir Dave au quai, et avant de lâcher le morceau il m’a cassé les pieds avec ses photos de vacances. Il fut un temps où, lorsque les gens partaient en congés, ils prenaient une vingtaine de clichés. Depuis l’avènement du numérique, ils en rapportent des milliers, immortalisant le moindre temple hindou une bonne vingtaine de fois dans leur petite boîte noire, au cas où, par un phénomène surnaturel, les millions de cartes postales de ce même temple vendues par des milliers de boutiquiers, vinssent à disparaître de la surface terrestre.

Ce n’étaient que montagnes perdues dans la brume, gros plans sur des fleurs et des insectes, couchers de soleil sur des lacs, nuages aux formes inhabituelles, ruines de mausolées indigènes en boue séchée, reptiles, kiwis… Après l’avoir hypocritement félicité, j’ai pu le brancher sur Gandalf, Parsifal, et leur clique. Repérer l’ami de ce dernier s’était avéré un jeu d’enfant. Il habitait dans une cité du dix-huitième arrondissement, entre les boulevards des maréchaux et le périphérique.

Il y avait toutes sortes de gens dans ces immeubles : des veuves, des mères célibataires, des retraités agricoles, des sénégalais, des gitans, des petites grues à scooter ; mais les plumitifs qui les idéalisaient, leur prêtant un esprit villageois, y voyant une communauté solidaire, prenaient leurs désirs pour des réalités. En vérité personne ne se parlait. Le concierge, qui avait un drôle d’accent (bulgare ?) m’accueillit avec acrimonie ; il portait un marcel, empestait le tabac, et n’était pas rasé. Il y avait des sales gosses qui jouaient au foot dans la cour. Kévin Blanchot vivait dans un studio, au neuvième étage – pour y parvenir il fallait emprunter un escalier poussiéreux et grinçant, car l’ascenseur s’arrêtait au septième.

On soupçonne mal combien de types parfaitement misérables hantent cette ville. Des gens qui n’espèrent même pas qu’on puisse vouloir leur parler, et qui ont oublié depuis longtemps ce que peut être la chaleur humaine. Ces pauvres bougres ont sans doute toujours existé. Avant, ils partaient aux croisades, s’engageaient dans la Grande Armée, finissaient gardien de phare, ou sur une plate-forme pétrolière. De nos jours, ils croupissent dans leur logement social ; ils en sortent parfois en rasant les murs, pour acheter une pizza surgelée à la supérette ou pour aller se soulager dans une cabine de sex-shop. N’ayant plus rien à perdre, quand arrive un inconnu, leur méfiance cède rapidement le pas à la curiosité, à l’espoir qu’enfin quelque chose se passe, à la simple occasion d’un échange.

A vingt-six ans, Kevin avait épousé une jeune infirmière nommée Cindy, déjà lestée d’un enfant de quinze mois, fruit d’une « relation » désabusée et sans avenir. Il avait tout misé sur cette famille rafistolée ; il avait complètement joué le jeu, il achetait les couches culottes, apprenait au gamin à faire du vélo, préparait les petits pots, installait les sièges autos, le déposait à la crèche. Il avait un petit job à mi-temps à la mairie de Paris : il s’agissait de faire des photocopies, coller des enveloppes, répondre au téléphone. Sa femme travaillait plus que lui, c’était elle qui faisait bouillir la marmite. De temps en temps il fallait se coltiner « l’ex », un musicien raté, qui sillonnait la France pour s’incruster dans des concerts gratuits, organisés par des collectivités locales qui n’avaient pas encore épuisé leur ligne budgétaire consacrée au spectacle vivant. Tantôt il venait emmener l’enfant, exerçant sporadiquement son droit de visite ; tantôt c’était pour quereller Cindy à propos de détails matériels sordides. Dans ces moments, on faisait comprendre à Kevin qu’il devait se retirer, c’était comme si l’unité biologique originelle se coagulait à nouveau, le rejetant comme un corps étranger.

Le week-end, ils mettaient leurs survêtements, emmenaient leurs tentes et leurs vélos Décathlon, et passaient l’après-midi au bord de la Marne, avec un de leurs amis qui pêchait la carpe. Ils faisaient des feux de camp, gratouillaient Hotel California à la guitare, écoutaient des matchs de foot à la radio, faisaient griller des merguez, tandis que les mômes couraient dans tous les sens et que leur copain, imperturbable, scrutait le morceau de framboise qui flottait à la surface, dans l’attente d’un poisson qui ne mordait jamais. Le soir, ils sortaient parfois au restaurant, chez le Chinois ou le Kabyle du coin, et le samedi, quand il faisait mauvais, ils allaient sur les Champs voir un film en première exclusivité et en version française, avec des explosions et autres effets spéciaux. Le soir du réveillon, ils mangeaient des huîtres, du foie gras et du saumon fumé, en buvant énormément de vin mousseux ; ils mettaient des faux-nez et des chapeaux pointus, lançaient des confettis, soufflaient des boulettes dans leur sarbacane, et allaient brailler et vomir dans la rue, une fois minuit passé.

Cela a duré cinq, six ans, et Cindy semblait de plus en plus sèche, rentrant de plus en plus tard, tandis que le gamin s’enfermait dans un mutisme ingrat et narquois. Un beau jour, elle lui servit la sauce habituelle, celle qu’on entend partout, celle qui déclare la « relation » caduque.

-- J’ai rien compris à ce qui m’est arrivé, disait-il. Je la reconnaissais pas. C’était pas la même fille. Elle me regardait même pas quand je rentrais le soir. Pas bonjour, rien. Elle baissait les yeux. Elle voulait plus faire l’amour. Elle me disait qu’elle ressentait rien pour moi, que tout était de ma faute, que j’allais devoir payer, qu’elle allait me retirer le gamin… Je savais pas quoi faire… J’allais me saoûler au bar… C’est tout juste si j’arrivais à me laver, à m’habiller… J’avais l’impression d’être comme mort… Je me disais que d’un moment à l’autre, tout allait s’arrêter…

Une fois éjecté de chez lui, privé de l’enfant et lourdement ponctionné par une pension alimentaire, Kevin vécut six mois dans sa voiture. Parfois, il retournait chez ses parents pour prendre une douche et y faire laver son linge. Il travaillait distraitement, mais cela n’avait guère d’importance, ses résultats n’ayant pas d’influence sur sa condition de fonctionnaire miteux – et d’ailleurs il était indifférent que le travail fût accompli, les usagers du bureau qui employaient Kévin n’existaient pas, il s’agissait d’un service d’accompagnement de personnes en difficulté, mais pas n’importe quelle difficulté, une sorte de handicap extrêmement rare, choisi précisément pour épargner tout effort à ces ronds-de-cuir ; cependant, dans leur ennui existentiel, ils avaient mis au point des petits rituels, des réunions insignifiantes, des notes de service à transmettre, des informations inutiles à diffuser par mail, et tout cela leur tenait lieu de travail.

-- Je savais pas combien de temps j’allais tenir… Mes parents me trouvaient bizarre… Ils commençaient à me traiter de clochard… Les flics m’emmerdaient aussi, ils m’ont embarqué plusieurs fois… J’avais pas assez de fric pour m’en sortir, les après-midi je faisais la manche dans le métro. Au début je prenais soin d’avoir l’air le plus nase possible, mais c’est pas ce qui marche le mieux, les gens donnent plus quand on est clean, il faut quand même leur montrer qu’on essaie de s’en sortir… Mais je serais déjà mort si j’avais pas rencontré ces types…

-- Quels types ?

-- Ça a commencé dans un bar. Ils étaient deux. J’avais bu pas mal de bières, j’avais commencé à leur raconter ma vie… Ils ont bien vu que j’étais au bout du rouleau…alors ils m’ont dit on va t’aider… Evidemment je me méfiais.

-- Qu’avez-vous fait ?

-- Je me suis dit que de toute façon j’avais rien à perdre, alors je les ai écoutés. J’avais peur que ça soit des truands, des trafiquants, en fait c’était plutôt des types bizarres, ils avaient un grain…

-- Que vous ont-ils dit ?

-- Ils m’ont dit que si je voulais m’en sortir, je devais m’abreuver à la source de vie… Je suis pas sûr que c’était comme ça qu’ils l’ont dit, mais ça s’appelle la « Source de Vie », ça, je risque pas de l’avoir oublié.

-- Qu’est-ce que la Source de Vie ?

-- C’est exactement ce que je leur ai demandé. Ils m’ont dit que ça s’expliquait pas, et ils m’ont juste donné une clé USB, en me disant que je comprendrais. Après ils sont partis. J’avais l’air con avec cette clé, parce que j’avais plus d’ordinateur, j’avais tout vendu pour payer les frais du divorce, j’avais même revendu la voiture pour en racheter une vieille pas chère, parce que je voulais surtout dormir dedans… Alors j’ai dû aller chez mes parents qui ont un PC dans leur sous-sol pour voir ce qu’il y avait dans cette clé USB.

-- Et qu’avez-vous trouvé ?

-- En fait il y avait un seul fichier. Une vidéo. Evidemment je l’ai regardée, je m’attendais à tomber sur un gourou, un évangéliste, un type du genre Hare Krishna qui allait m’expliquer le secret du bonheur. Ceux-là, il y a que le pognon qui les intéresse… Ou alors un truc de malades, comme ceux qui téléchargent des images horribles…avec des enfants… Je me disais que les deux types étaient peut-être des pervers, qu’ils recrutaient des gens pour tremper dans leurs saletés…

-- Et vous vous trompiez ?

-- Complètement. C’était juste une chanteuse, de vieux extraits télévisés, ça me paraissait complètement idiot, je me suis dit qu’ils s’étaient trompés de fichier. J’étais vraiment déçu, je savais pas quoi faire avec cette vidéo. Alors je me suis pris une bière et je suis allé me coucher. Je voulais pas retourner dans ma voiture, alors j’ai dormi chez mes parents. Je me suis dit que j’allais retourner au bar pour leur rendre leur clé USB et leur dire que leur blague me faisait pas rire.

-- Vous l’avez fait ?

-- Non. Le lendemain matin j’ai à nouveau regardé la vidéo, j’ai pas pu m’en empêcher. Je suis allé au travail à pied, le métro était en grève. Dehors ça paraissait bizarre : l’air avait l’air…brillant… Les gens avaient l’air beaux, alors que moi en général je trouve tout le monde laid. C’est bête de le dire comme ça, mais c’est vrai… Au boulot tout le monde m’a dit bonjour. Je me suis porté volontaire pour déplacer des meubles, changer des ampoules. Je sais pas ce qui m’a pris. D’habitude je me mettais à mon bureau, en attendant que ça soit fini. Je surfais sur des sites de maillots de bains, parfois un peu plus hard… Je minimisais les fenêtres quand ma chef passait, mais ça arrivait rarement, au fond elle s’en foutait… Mais, là, j’avais envie de me bouger, de parler à des gens… Le soir je suis retourné dormir chez mes parents. Je pouvais plus retourner dans ma caisse. J’ai encore regardé la vidéo. Le lendemain ma chef m’a proposé un boulot à temps plein. Il fallait faire la maintenance. Remplacer les ampoules, réparer les stores, champouiner la moquette. J’ai accepté. Ça m’a fait une augmentation, et j’ai trouvé une coloc. J’ai revendu la voiture, et avec l’argent j’ai invité une fille qui bossait avec moi au restaurant. Ça m’a pris comme ça, elle se méfiait. Mais quand elle a compris que je voulais juste me détendre, que j’en avais marre d’être seul, elle a accepté. On a bu, on a rigolé… La maintenance, ça m’amusait. On passait pas la journée assis à un bureau. On se bougeait, et puis c’était jamais pareil. Je suis devenu dégourdi, j’ai appris des trucs, comme me servir d’une pince à riveter, monter un graduateur de lumière, réparer un lecteur interne de DVD… Tous les matins je regardais la vidéo, il y en a qui ont besoin de leur café, eh ben moi c’était la vidéo…

-- Possédez-vous encore ce fichier ?

-- Oui, je la regarde encore souvent…même si c’est plus ce que c’était… Vous voulez la voir ?

-- Cela me serait très utile.

Elle traînait sur son disque dur. Il la lança en trois clics. On aura compris de quelle chanteuse il s’agissait. Et je n’étais pas trop fier de constater que j’avais déjà tout vu. Il n’y avait qu’une chanson : Ma vie n’appartient qu’à toi. Elle datait de la période Carène, plus précisément d’un Ring Parade de 1975. La miss n’avait pas encore poussé l’art du brushing à la perfection, coiffée en oreilles de cocker comme Sheila, avec ses sourcils rasés et les cils collés par petits paquets selon la mode de l’époque. Son costume de scène rose, avec une chemise à jabot d’un ton plus soutenu, lui faisait des jambes interminables, car derrière ses pattes d’éléphant se cachaient de grosses bottines hippies à semelles compensées, qui ne l’empêchaient pas de se déhancher avec une parfaite aisance. Avec le rose pétard de son costume, la crudité des couleurs de l’arrière-plan, elle me rappelait certains tableaux de la renaissance tardive, des Gréco, des Tintoret – sur lesquels j’avais quelques lumières, grâce à une vieille histoire de gang de faussaires.

Il n’y avait pas grand-chose à en dire. Le playback, le décor psychédélique, kaléidoscopique, l’image dédoublée de la vedette, sentaient les poncifs de l’époque. On venait d’inventer quelques gadgets de réalisation, on faisait joujou avec. Les vrais amateurs prisaient peu cette période, on s’accordait à ne voir en Carène que la remplaçante de Sheila, contrainte de hausser sa voix d’un ton et d’imiter la gestuelle de son aînée, par des producteurs aussi frileux que mercantiles. Ce n’est qu’à partir de la période disco, après qu’Ibach décidera de mettre le paquet, que les prestations télévisuelles de Karen deviendront des objets de culte.

Je ne voyais pas ce que ce Ring Parade avait de particulier. Je décidai de mettre les pieds dans le plat.

-- Cette chanteuse, elle s’appelle Carène Chéryl ?

-- Tout juste.

-- On m’a dit que vous connaîtriez un certain enregistrement…

-- Attendez, je vous explique… Donc, ça allait mieux pour moi. Je la regardais chanter tous les jours, et ça me mettait de bonne humeur. J’étais presque content d’aller bosser, je trouvais ça marrant de tripoter le matériel. Je commençais à revoir la fille que j’avais invitée à dîner, on prenait des verres de temps en temps. J’ai même demandé un logement social, et on me l’a donné. Ma chef m’a augmenté, elle m’a proposé une formation. Je souffrais plus trop de pas voir mon gamin, je me disais que de toute façon c’était pas vraiment mon fils. Et puis j’avais pas le droit de le voir, c’était pas la peine de se prendre la tête, c’était l’autre, le père, qui avait le droit de visite. La juge avait dit que j’avais pas le droit de le voir parce que j’étais pas le père, mais que je devais quand même payer une pension parce que j’étais une « figure paternelle », un truc dans ce genre… Un jour, je suis retourné dans ce bar. Je buvais beaucoup moins, mais le barman était mon pote. Alors je suis allé prendre juste un demi. Et puis les types sont revenus, ceux qui m’avaient passé la clé. Ils m’ont posé des questions, je leur ai un peu raconté ma vie. Ils m’ont demandé si ça allait mieux. Je leur ai dit oui. Alors ils m’ont dit que c’était parce que je buvais à la Source de Vie. Et puis ils m’ont donné une petite carte avec un numéro de téléphone. Ils m’ont dit que si la Source de Vie se tarissait, il fallait que je les appelle. Je comprenais rien et je trouvais ça bizarre, mais j’ai quand même gardé la carte.

-- Avez-vous conservé ce numéro ?

-- Non…et ça fait un bail qu’ils l’ont changé…

-- Il y avait quelque chose de spécial, dans cette chanson ? Qui vous plaisait particulièrement ?

-- Je sais pas, j’aimais bien voir bouger cette fille…elle avait une manière sympa de remuer les hanches… Les paroles, je m’en foutais, mais des fois je me disais, en rigolant, que j’aurais bien aimé qu’une fille comme ça me dise ma vie n’appartient qu’à toi… Après avoir revu ces types, j’ai compris que c’était grâce à cette vidéo que tout allait mieux…une espèce de talisman…un porte-bonheur… J’ai copié le fichier sur le disque dur, sur une clé de back-up, je croyais vraiment qu’il fallait que je la regarde tous les jours, sans quoi j’allais me remettre à plonger. J’avais besoin de m’abreuver à la Source de Vie, comme ils disaient, sinon j’allais mourir... Je la connaissais par cœur, mais je la regardais quand même tous les jours, en fait Carène c’était un peu ma femme, une femme en vidéo, la seule que j’avais à la maison. Plus je la voyais, plus j’avais envie de la voir, elle avait l’air sympa, souriante, elle avait de beaux cheveux, propres…mais je regardais surtout sa veste, pourtant elle montrait rien, pas un bout de nichon, pas un bout de cuisse, c’était pas comme les chanteuses actuelles, mais je pouvais pas détacher mon regard de ce costume…

-- Les choses ont continué ainsi pendant combien de temps ?

-- Après ma formation j’ai été augmenté. Je me rendais compte que la fille du bureau m’aimait bien, que ça pourrait marcher avec elle. Je me disais que grâce à Karen j’allais retrouver une copine, qu’on s’achèterait une maison vers Aulnay, le Blanc-Mesnil… Je commençais à faire des plans…et puis un jour la Source de Vie a arrêté de marcher…elle s’est tarie…comme ils disent…

-- Que s’est-il passé ?

-- D’abord la fille est partie. Elle en avait marre de Paris. Elle a été mutée à Strasbourg. Sa mère vivait là-bas. Et puis ils ont confié la maintenance à une entreprise extérieure. Ils appelaient ça externaliser. Je me souviens qu’il y a eu une réunion où la chef nous a expliqué tout ça…alors je me suis retrouvé derrière un bureau… J’avais rien à faire… Je regardais Karen plusieurs fois par jour mais ça marchait plus… Les gens, dans la rue, redevenaient laids… Au bureau il y avait plus rien qui m’intéressait, et ma chef commençait à plus pouvoir me blairer… J’avais toujours l’impression qu’il pleuvait, même quand c’était pas vrai… Je recommençais à boire, j’achetais du mauvais vin en cubi, du vin de bidasses… Il y a des fois, je me relevais la nuit pour me siffler quatre ou cinq verres…des gros verres en plastique… Je me remettais à regarder du hard, j’écoutais du métal plein pot dans mes écouteurs, le genre de métal qui vous laisse avec du plomb dans la tête. J’en voulais à Karen, je l’accusais de me laisser tomber, je la traitais de salope… Je regardais de moins en moins la vidéo, ça servait à rien puisque ça marchait plus… Je me disais que j’avais épuisé le pouvoir magique de la Source de Vie, je me disais que la Source de Vie était mortelle, comme moi ; quand j’avais un peu trop bu, je délirais, je m’accusai d’avoir tué Karen, de l’avoir vidée de ce qu’elle avait à l’intérieur, je croyais lui avoir fait du mal parce que j’avais trop regardé la vidéo… Mes notes de bar, ça commençait à faire des trous dans le compte en banque. Et j’avais les avocats aux fesses. Mon ex avait repéré que je gagnais plus. Alors elle essayait de m’envoyer devant le juge pour faire augmenter la pension alimentaire. Du coup j’ai demandé à ma chef de me remettre à mi-temps. J’allais pas bosser pour mon ex. Elle a tout de suite dit oui, ça tombait bien, ils cherchaient à faire des économies. Le problème c’est que je commençais à plus payer mon loyer. Mais je savais qu’avec l’office de HLM, je pouvais peut-être durer un an. Ils expliquent les magouilles dans Réponse à Tout, mes parents y étaient abonnés.

Kevin sent qu’il va plonger à nouveau. Dans son désespoir, il rappelle les bonshommes du bar. Ils lui donnent rendez-vous dans une sorte de crypte, l’arrière-salle d’une discothèque désaffectée, rue de Penthièvre. Un lieu humide, éclairé à la bougie, dont ils avaient repeint les parois de diverses nuances de rose, mais la peinture se détachait en larges copeaux, du fait des ruissellements. Du plafond pendait un long tuyau en alu qui servait de conduit d’aération. En l’absence de sièges, ils s’accroupissent, lui demandant d’en faire autant. Ils lui expliquent que la vidéo de Karen n’est pas la source de vie, qu’elle n’en est que la représentation ; d’où son pouvoir limité. La Source de Vie, c’est le costume de scène de Karen, et surtout le diptyque formé par la veste et la chemise à jabot. Qu’eux, et d’autres, croient que ce costume existe encore ; que celui qui le retrouvera sera le sauveur du monde ; qu’il n’y a pas d’autre propos valable à l’existence d’un homme que de retrouver la Source de Vie.

Pour eux, Karen était une espèce d’ange, envoyée sur terre pour montrer aux hommes la Source de Vie.

Kevin leur demande comment s’y prendre. Ils lui répondent qu’il faut croire. Croire que ce costume de 1975 n’a pas été détruit. Croire que la veste n’a pas été séparée de la chemise. Croire que le Texte existe. Si la Source de Vie était leur royaume de Dieu, le Texte était leur évangile. Mais un évangile qui restait à découvrir.

La secte se fichait complètement de la musique de Karen. Elle avait accompli sa mission divine en montrant la Source aux hommes. Avec la métamorphose disco, l’ange redevenait femme. Ils ne lui en voulaient pas. C’était dans l’ordre des choses. En 1989, Karen se demande Où sont les anges. Il y en avait eu au moins un, de sexe féminin, prénommé Carène, sur le plateau de Ring Parade, quatorze ans plus tôt.

Petite couturière…petite midinette… Si les forces divines ont chargé une petite chanteuse populaire d’enseigner la Source de Vie aux hommes, ce n’est pas par hasard. C’est parce que la Source de Vie appartient à tous les hommes, qu’ils soient producteur de télévision ou simple charpentier.

Ils ne croyaient pas un seul instant que la Karen de chair, que le verbe d’Isabelle, eussent pu les aider. Ils auraient bêtement pu coincer Mlle Morizet à la sortie des studios de la rue François Premier pour lui demander ce qu’elle avait fait de cette foutue veste et de cette satanée chemise, que, pour me distancier de leur mystique, j’avais surnommées la Toison rose, mais, pour que le destin du monde s’accomplisse, les incarnations terrestres de l’Ange devaient être frappées d’amnésie. Comme le médium qui ne se souvient de rien, une fois la séance terminée. Carène n’était que le messager. Pour retrouver la Toison rose, il fallait d’abord mettre la main sur le Texte. Et le Texte, c’était ce qui avait donné tant d’insomnies à Parsifal, Gandalf, Mortier et jusqu’à votre serviteur : la bande. Qui, d’après la secte, contiendrait, entre deux prises, une bribe de conversation entre Karen et sa sœur, au cours de laquelle elles règlent le sort d’un lot de costumes de scène, parmi lesquels la Toison rose.

Celui qui mettra la main sur cette bande, connaîtra l’emplacement de la Source de Vie. Celui qui possèdera l’enregistrement original de l’album d’Où sont les anges sera le sauveur du monde. On comprend qu’on puisse tuer pour ça. A condition d’y croire.

Dès lors, la vie de Kevin s’organise autour d’un seul but : la conquête de la Toison rose. Il se fait embaucher comme manutentionnaire dans une maison de disques, visite les greniers, glane des petits tuyaux, l’air de ne pas y toucher, au détour des conversations. Il y a là une attachée de presse stagiaire qui cherche à s’incruster, coupe Karen, teinture l’Oréal, des paillettes au-dessus de ses yeux vert bouteille, le nez redressé, un rouge glamour sur des lèvres discrètement botoxées, ongles de trois centimètres, impeccablement vernis, robe bustier fendue jusqu’à la hanche, la poitrine rehaussée par de légers implants, un bronzage uniforme… Elle l’introduit dans le petit milieu des inconditionnels de la chanteuse, ceux pour qui il n’y avait qu’elle, ou qui l’aimaient au titre de petite sœur de Sheila, ou d’aînée de Douchka, voire d’émule de Dorothée, ou encore les nostalgiques des années 1980, qui l’associent aux tendances emblématiques de cette époque : son synthétique, chorégraphies décalées, bijoux baroques, chouchous, cuissardes, anneaux, cuir, ferrures, postiches… Ce joli monde avait sans doute du mal à se mettre d’accord ! Elle l’emmène à des soirées thématiques, et c’est à l’une d’entre elles qu’il rencontre ce type qui se vante de posséder la bande, et de l’avoir achetée chez un brocanteur. Il n’avait pas été invité, et semblait passablement ivre. Je sortis mon téléphone et vérifiai immédiatement avec Kevin qu’il s’agissait bien de Mortier.

De là à conclure que je tenais mon coupable, il n’y avait qu’un pas. Il m’apportait sur un plateau un mobile gros comme une maison. Beaucoup trop gros, hélas, pour rester crédible. Blanchot était le prototype du mec parfaitement inoffensif ; et la bande ne l’intéressait pas pour elle-même, juste pour le renseignement qu’elle contenait, que Mortier aurait pu partager avec lui. A moins, bien sûr, que Mortier n’eût également cherché la Toison rose ; car c’eût été pour Kevin une sérieuse raison d’éliminer ce concurrent.

Kevin demande à Mortier s’il pourrait lui faire écouter la bande. Mortier lui répond qu’il doit d’abord se procurer un magnétophone, du matériel à la fois très professionnel et complètement obsolète. Ils échangent leurs numéros ; Mortier le rappellera dès la chose possible. Pendant quinze jours, Kevin ne dort plus, il consulte sa boîte vocale toutes les dix minutes. Pas de nouvelles de Mortier. Il essaie de le rappeler. Mais l’olibrius semble avoir changé de numéro — Kevin ignorait évidemment que Mortier était déjà tout froid, à la morgue.

Le récit de Blanchot me permettait de reconstituer une chronologie approximative. L’achat du stock d’enregistrements précédait le crime d’environ un an. La vente aux enchères avait eu lieu un ou deux mois plus tôt. Et la fanfaronnade de Mortier, qui devait lui être fatale, je la situais trois à quatre semaines avant la découverte de son cadavre.

Kevin noie son anxiété dans la bière, le whisky, les cocktails. La maison de disques fait faillite, il ne sombre pas complètement cependant, fait des piges pour une boîte de coursiers de la rue d’Aboukir, les hyènes à la solde de son ex l’ont lâché mais l’office de HLM a obtenu un arrêté d’expulsion, il attend les huissiers à tout moment…

Je lui demande si Mortier avait montré un intérêt pour la Source de vie. Il me répond que non, mais si d’aventure il l’avait tué pour l’empêcher de mettre la main sur la Toison, il mentait.

J’ai toujours été nul au jeu de Marienbad. Quand j’étais petit, mes camarades me massacraient aux dames et aux échecs. J’ai survécu dans mes études en bachotant. L’intelligence analytique n’a jamais été mon fort. Dans une enquête, j’avale l’information, je la digère. Et puis je la résous avec mes tripes. Chez Prescott et Waterbury, je marchais au feeling. Pas de déduction à la Sherlock Holmes. Et si, d’un point de vue intellectuel, Kevin était le seul suspect que j’avais à me mettre sous la dent, mon petit doigt me soufflait qu’il n’avait pas fait le coup.

Si Mortier s’était vanté de posséder la bande, il ne l’avait sans doute pas fait qu’au cours de cette soirée. D’autres membres de la secte que Blanchot en avaient peut-être eu vent. De là, on pouvait imaginer toutes sortes de choses, mais j’avais décidé de me méfier des idées préconçues et de quadriller le terrain à partir des tuyaux que m’avait refilés Blanchot. Entre autres, les coordonnées de la minette qui bossait chez le producteur de disques. Si l’on y ajoutait le nécessaire voyage à Biarritz, mon agenda devenait inhabituellement chargé…

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