Refus courtois
Mon cher Camille,
Il est vrai que le silence a un peu duré entre nous, et je sais que tu attendais une réponse de ma part, une réponse qui a pris son temps, je l'admets. Ta lettre, loin d'avoir été mal comprise ou mal reçue, m'a touchée bien plus que je ne saurais le dire. La pureté de ton élan, la beauté de ta plume, et le courage qu'il t'a fallu pour exprimer tant de sentiments m'ont forcé le respect. Je ne puis que te remercier de cette confiance immense que tu m'as accordée.
Pour être franche, je suis restée longtemps interdite devant toutes les qualités que tu m'attribues. Je les accueille avec humilité, car je ne sais si je les mérite vraiment. Elles continuent de me faire réfléchir et, quelque part, elles me troublent, tant je ne m'étais jamais vue ainsi. Cette passion que tu nourris pour moi était insoupçonnée, et ton regard a révélé en moi des aspects que nul autre n'avait suscités. Ton cœur, si grand, si ouvert, est capable de voir l'autre avec une finesse rare, et cette sensibilité est un trésor que peu possèdent.
Mais il me faut être honnête avec toi, Camille. Cette passion dont tu parles, je ne la ressens pas, et j'aurais voulu éviter de te causer la moindre peine. J'ai pour toi une grande affection, je t'apprécie pour tout ce que tu es—ta sincérité, ton dévouement envers tes amis, la chaleur de ton esprit, cette culture foisonnante qui fait de chaque échange une aventure—et je mérite de te dire qu'aucun de ces aspects n'a jamais été pris à la légère. J'aime nos conversations, ton humour qui perce jusque dans tes mots les plus graves, cette énergie vive que tu apportes partout où tu vas.
Je sais que ces mots peuvent ne pas être ceux que tu espérais entendre, et je comprends que ce message ne t'apporte peut-être pas l'enthousiasme que ton cœur aurait souhaité. Mais je veux que tu saches que ton amitié est précieuse pour moi, et que je serais heureuse de la voir continuer, de la voir grandir, tant que cela ne te cause aucune souffrance. Je ne voudrais jamais que cette belle intention devienne un fardeau pour toi.
Je reste la même, Camille, et je te verrai toujours avec grand plaisir. Soyons les complices de nos échanges futurs, comme avant, et retrouvons-nous pour sourire ensemble.
Avec toute mon amitié,
Lucie.

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