Chapitre 16

7 minutes de lecture

Après le départ de Stanislas et Guillaume, on reprit ce qui commençait à devenir notre routine : Paul travaillait, je dessinais, on se voyait le soir, on passait un moment ensemble, on mangeait ensemble - ou pas - on passait la nuit ensemble - ou pas. J’avais insisté pour garder mon indépendance, et si Paul était déçu, il semblait toutefois comprendre mon besoin de solitude.

Le vendredi en fin d’après-midi, je rejoignis au centre-ville Virgile et Julia, qui étaient rentrés de vacances depuis quelques jours. On retrouva Clément à la terrasse d’un café, et Paul vint nous rejoindre peu après. On discuta un bon moment, et comme on allait se séparer Virgile reçut un appel de Gauthier : il arrivait. Alors, on l’attendit, avant de commander un deuxième verre pour l’accompagner. Après avoir bu une gorgée de bière, Gauthier me dit : « Au fait, Louloute, j’ai vu ton frère, il m’a demandé de te donner ça.

_ Tu as vu Nico ? Il est rentré sans me le dire ?

_ Mais non, c’est moi qui suis allé le voir l’autre jour. Tiens. » expliqua-t-il en me fourrant une boite à chaussures dans les mains.

« Trop bien ! » exultai-je en l’ouvrant. « Des chaussures de grenouilles !

_ Tâche de pas les perdre, celles-là ! » me lança Virgile, depuis le bout de la table.

« Hey ! On me les a piquées ! »

Gauthier riait, mon frère aussi : ils s’amusaient, tous, à m’embêter avec cette affaire de chaussures disparues dans un refuge, l’été précédent. A se demander, d’ailleurs, qui avait bien pu voler des chaussures en taille 36...

Paul, lui, était absorbé par l’observation de mes ‘5-fingers’ qu’il examinait sous toutes les coutures : des chaussures avec des orteils, comme des gants pour les pieds, avec une semelle en caoutchouc hyper flexible. J’avais toujours adoré marcher pieds nus, et ces chaussures protégeaient les pieds des cailloux, coupures, piqures, etc. tout en gardant le contact avec le sol, et une proprioception du tonnerre puisque les orteils gardaient leur mobilité et leur indépendance. Je les portais souvent le soir, au bivouac, pendant les randonnées. Depuis un an, elles m’avaient vraiment manquées, mais je n’avais pas encore réussi à m’en retrouver une nouvelle paire. Et voilà que mon frère me les offrait ! C’était, sans nul doute, mon cadeau d’anniversaire avec un peu d’avance.

Je les essayai tout de suite, pour vérifier la pointure, et j'appelai aussiôt Nicolas pour le remercier. J’entendais son sourire, dans le téléphone, et la tendresse dans sa voix quand il me dit « De rien, Moustique. » Puis il voulut savoir quand aurait lieu la prochaine rando, et je posai mon portable sur la table, avec le haut-parleur, pour que tout le monde entende.

« Pour ce week-end, c’est mort, mais d’ici samedi prochain, on a le temps d’organiser quelque chose de sympa. » décréta Clément. Tout le monde était partant, même Virgile qui nous a cependant prévenus : « Ce sera la dernière pour moi avant un bon moment, les gars. Après ça, je reste avec Julia, en attendant le petit... »

Une fois recensés les impératifs de tout le monde, Clément décida d’organiser une randonnée en deux temps : lui, Gauthier, Nicolas et moi partirions dès le vendredi ; Paul et Virgile nous rejoindraient le samedi. Alex et Martin se grefferaient, selon leurs disponibilités, sur ce planning.

Nico arriva à la gare le jeudi soir, et plutôt que d’aller chez Papa comme d’habitude, il vint squatter mon appart et ma machine à laver. Et mon lit, aussi. On se disputa un peu la couette, avant de se battre à coup de pieds et de chatouilles, et Attila s’invita dans la bagarre. Ça faisait longtemps que je n’avais pas chahuté ainsi avec mon frère, et qu’est-ce que ça faisait du bien ! On a parlé jusque très tard, dans le noir, avant de s’endormir.

Le vendredi matin, donc, on retrouva les gars au point de rendez-vous et on se mit en marche tous les quatre. Il ne manquait que Virgile, et j’aurais pu me croire revenue quelques années en arrière... Après une bonne journée de marche, je partageai ma tente avec Nicolas, comme au bon vieux temps... sauf qu’Attila dormait dehors.

Le samedi, en milieu de matinée, on retrouva Virgile, Paul, Alex et Martin qui étaient venus ensemble et nous attendaient à l’endroit convenu. Paul me prit dans ses bras et m'embrassa avec toute la passion qu’il savait mettre dans ses baisers, les autres ont sifflé et applaudi, tapé sur l’épaule de Paul, bref ils ont tout fait pour nous mettre mal à l’aise, mais je me contentai de leur tirer la langue, dans une grimace bien puérile.

« Si vous n’êtes pas contents, on peut partir, aussi... »

Et là, je me retrouvai arrachée des bras de Paul par mes frères et Gauthier, qui me chahutèrent en riant et en protestant. C’est Attila qui les calma, en grognant sourdement.

« Oh la la, mais il est pas drôle, ce chien... » ronchonna Nicolas, et je m'accroupis pour caresser Attila. Le pauvre, entre mes câlins avec Paul et les bêtises des autres, il en perdait le nord...

« Dis donc, ça a l’air chaud entre Paul et toi, Louloute... » glissa Gauthier alors que je me relevais.

« C’est chaud. Pourquoi, t’es jaloux ? » rétorquai-je avec un grand sourire moqueur avant d’aller retrouver Paul qui commençait à marcher.

Le soir, après le repas, ces deux-là parlèrent un moment à voix basse, puis Gauthier m’appela : « Viens par ici, on a besoin d’un cobaye ! Ton chéri veut apprendre à faire les massages. »

Il faut avouer qu’il y avait pire, comme job... J’avais deux mecs pour s’occuper de moi. Et si les mains de Paul étaient un peu hésitantes, moins fermes que celles de Gauthier, c’était tout de même très agréable. Je fermai les yeux pour ne pas voir les regards goguenards des autres, et concentrai sur les explications de Gauthier. Il ne se contentait pas de montrer à Paul les endroits et les mouvements, non : il expliquait pourquoi tel geste, ce que ça provoquait comme relâchement...

A un moment, je poussai un petit gémissement : Paul avait posé le doigt sur un point sensible.

« Continue ! » ordonna Gauthier. « Refais-le, tourne autour, expérimente... »

Paul s'exécuta, et quelques centimètres au-dessous, il fit un truc qui me poussa à gémir à nouveau, plus fort.

« Moustique, tu baves ! » Virgile se marrait comme une baleine.

« Euh... ouais. Je crois que t’as compris, Paulo. Vous essaierez ça chez vous, hein !

_ Merci Gauthier, maintenant mes frères connaissent mes zones érogènes, génial... »

Il ricana, avant de m’envoyer dormir ; j’étais détendue, le timing était bon pour aller me coucher. Les autres se préparaient aussi pour la nuit, et chacun s’enferma dans sa tente.

« Je suis désolé, je pensais qu’il allait juste me donner deux, trois conseils... Tu m’en veux ? » murmura Paul dans le noir, alors que je me déshabillais.

« Mais non ! On n’a pas fini d’en entendre parler, c’est tout... » ris-je en l’embrassant.

Il répondit à mon baiser avec empressement, et je sentis son corps réagir contre le mien. Je laissai glisser mes doigts sous son T-shirt, mais il écarta ma main et se coucha dans son duvet. Alors là, j’étais sur le cul : il bandait, il avait envie de moi – et moi de lui, comme s’il pouvait en douter ! - et il était en train de se coucher…

« Hé, tu ne vas pas me faire le coup de la migraine ? » plaisantai-je.

« Qu’est-ce que tu fais, Louise ?

_ A ton avis ? » Je rapprochai de lui, je n’avais pas loin à aller, nous étions dans une tente après tout... Il n’avait pas eu le temps de refermer son sac de couchage, et je glissai mes mains sous son T-shirt pour caresser son torse, en m’attardant sur ses tétons.

« Mmmh... Louise... Louise, attends. Arrête ! » Il avait crié à voix basse, en s’emparant de mes poignets pour écarter mes doigts de lui.

« Quoi ?

_ Chhhhht » dit-il pour me faire taire. J’avais parlé à voix haute ou presque, en colère. Je sentais revenir la rebelle soupe au lait que j’avais longtemps été.

« Ose me dire que t’en as pas envie ! » chuchotai-je, toujours en colère, mais plus discrètement.

« Bien sûr que j’en ai envie... » murmura-t-il en caressant ma joue. « J’ai juste... pas prévu le nécessaire, Louise. »

Ce n’était que ça ! J’émis un petit rire en tendant le bras pour prendre dans ma trousse de toilette les trois préservatifs que j’avais emmenés par précautions.

« Merde. » l'entendis murmurer, et il soupira : « Louise... s’il te plait. Pas ce soir. Pas comme ça, avec tes frangins à côté.

_ Alors t’as pas de capotes, mais t’as envie ; et maintenant que j’ai des capotes, t’as plus envie ? Tu te fous de moi ?

_ Non. Excuse-moi, je... ça m’a paru être une excuse valable, les préservatifs. Je ne voulais pas te faire de peine. Je suis désolée, Louise. Ça me gêne, avec les autres à côté…

_ OK. » lâchai-je en cherchant à tâtons mes vêtements que j’avais envoyés aux quatre coins de la tente. J’enfilai culotte et T-shirt avant de me glisser dans mon duvet, tournant le dos à Paul.

Je me roulai en boule et fermai les yeux, les mains plaquées sur les oreilles pour ne pas l’entendre, derrière moi, se coucher à son tour en soupirant, voire pire : s’excuser encore. Il s’approcha de moi, et m’entoura de ses bras. Je me laissai faire.

Pas envie de m’engueuler avec lui et d’ameuter les gars. Pas envie d’étaler notre vie privée devant les autres, ce qui ne manquerait pas d’arriver s’ils mettaient leur nez dans nos affaires. Alors je restai immobile contre lui, même si j’avais envie de hurler, de sortir de cette tente, de cette étreinte qui m’insupportait tout d’un coup, d’aller courir avec mon chien. Même si entre mes cuisses une insupportable tension, qui aurait pu être agréable si on en avait fait un jeu, enflait un peu plus à chaque minute qui passait, tordait mon ventre et m’empêchait de dormir.

Paul sombra rapidement dans un sommeil de plomb. J’écoutais sa respiration calme et profonde, tentant de me calquer dessus, mais rien n’y faisait : pas moyen de dormir. J’alternais entre des moments de rage tremblante et des crises de larmes silencieuses.

Annotations

Vous aimez lire Miss Marple ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0