Chapitre 1: Par petits fragments
Le soleil passait à travers les volets, ça donnait presque envie de se lever... Cette pensée fut ejectée de mon esprit aussi rapidement qu'elle y était entrée.
Se lever, et puis pour quoi faire?
Je refermai mes yeux et tentai de sentir, sur ma peau, les mêmes rayons de soleil que ceux qui m'avaient révéillée. Je me concentrai, attendis un peu, et enfin, les trouvai.
Ils étaient doux, doux comme la mer. Elle était pourtant si loin...
Un vague souvenir d'enfance me revint, oui, la mer.
Je me roulai dans mes couvertures, elles aussi elles étaient toutes douces. Je dus les quitter avec regret pour aller m'habiller. La boule au ventre habituelle vint à ce moment là.
Audition.
J'enfilai mon justaucorps et mes collants directement sous ma robe, trop impatiente de les sentir, plaqués contre ma peau, puis, attachai mes cheveux en un chignon haut, comme l'exigeaient les critères de l'Opéra Garnier.
Je descendis rapidement de la chambre d'internat pour me rendre au réféctoire. J'y retrouvai Agathe, assise sur une chaise, le regard perdu dans le vide, lasse.
A mon approche, elle se redressa sur sa chaise, me sourit légèrement. Je m'installai à côté d'elle et lui baisai le front, elle avait la peau toute douce. Les rayons de soleil, la mer et les couvertures revinrent dans mon esprit. Je les en chassai immédiatement. Pas le temps.
Nous mangeâmes, puis sortîmes de table. Un dernier regard, un dernier appel à l'aide de sa part comme de la mienne puis, plus rien.
Du flou partout, des clapotements dans les oreilles, des fourmillements dans les bouts des doigts. Pas les bouts des pieds, eux, ils étaient enfermés, serrés, coincés dans ces boîtes à torture.
Souffrir pour être belle.
Un pas, puis un autre, les projecteurs diffusaient leur lumière froide, les pointes claquaient sur le sol de la scène.
Partout des regards, partout des milliers d'yeux braqués sur chaque parcelle de mon corps. Ils y passaient leurs journées à décortiquer chaque danse, goûter tous les petits bouts de mouvements de leur langue délicate et, les revomir si ça ne leur plaisait pas.
Je fis de mon mieux, Alexandre aussi. Il réussit très bien ce porté que nous avions tant travaillé tous les deux, ainsi que tout le reste. Chacun de nos pas était callé sur la musique au paroxysme de la perfection. Tout se liait se déliait. Lorsque son bras disparaissait, le mien apparaissait. Lorsque son épaule frôlait la mienne, je tournais.
Enfin, il me redéposa su ma pointe droite, dans une arabesque si bient tenue qu'elle en parraissait fausse.
La dernière position, un sourire éclatant, l'impression que le maquillage allait craquer,la laque se décoller par petits fragments de ces cheveux tirés, une attente interminable et, les lourds rideaux de velour rouge se refermant.
On entendit un torrent d'applaudissements. Je me redressai, toujours dans les bras de mon compagnon de danse et, sortis rapidement de scène. J'apperçus Agathe, déjà changée. Je tournai la tête pour voir ce qui l'avait autant préssée.
Mlle Dupont et ses feuilles A4, toutes bourrées de noms, de commentaires, de déception, de colère et de mots. Des mots dégoulinant de méchanceté jusquesur les mains de leur propriétaire.
Je sentis ma gorge se nouer. Je m'approchai lentement,très lentement, trop lentement, pourtant, je fus la première devant.
Je lus les trois seuls noms qui me concernaient. Uns par uns. J'y trouvai le mien, ainsi que celui d'Alexandre et de Victoria.
Un sourire faillit naître sur mon visage, et pourtant, au dernier instant, je me l'interdis. Agathe me regarda, la mort dans les yeux, suppliante. Elle baissa la tête vers le sol et, se mit à sangloter. Toute cette tristesse s'échappait de sous ses paupières par amas de maux pour venir rouler sur ses joues, et enfin, tomber par terres avec lourdeur.
Elle était si silencieuse que cela en était horrible. J'aurais voulu qu'elle hurle, qu'elle me frappe, qu'elle se mette en colère contre cette moi horrible qui lui avait tout volé.
J'aurais voulu qu'elle s'en prennes à quelque chose ou quelqu'un, que je puisse faire autre chose qu'attendre, droite comme un piquet, privée de bonheur pour le restant de mes jours alors que j'avais réussi, et elle raté.

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