Chapitre 1: Le premier message

7 minutes de lecture

Léon

Je suis allonger, enfermé dans ma chambre, pour que personne voie l’apocalypse qu’il y a ici.

Ça fait des jours que je ne sors pas,
que je mange à peine.

La tonne de vêtements par terre et de nourriture m’indique que je suis peut-être un peu perdu. Je n’arrive presque plus à voir le sol. J’observe ma chambre durant quelques minutes. Il y a décidément beaucoup trop de paquets de clopes sur le sol. Mes murs sont maintenant devenus jaunes. Au début je faisais l’effort d’ouvrir la fenêtre, mais avec le bruit des tontons bourrés dans le bar d’à côté, ça m’a vite saoulé. Et en plus, les gens commençaient à parler de l’odeur qui venait d’ici. Alors, pour m’éviter une convocation par la police à cause de l’odeur immonde qui se dégage de ma chambre, je n’ouvre plus les fenêtres.

J’ai vraiment aucune envie de me lever.

Mais je dois bien le faire un jour donc…

Je me lève et marche à travers la chambre. J’écrase mes vêtements et un paquet en faisant ce parcours du combattant jusqu’à mes clopes. J’en prends une et je l’allume directement dans ma bouche.
Ça fait un bon petit moment que je fume. J’ai commencé comme tout le monde à cause des « potes ». Un jour je me suis dit « pourquoi pas » et depuis, j’ai plus jamais arrêté. Je sais que c’est mauvais pour ma santé, et blabla, mais c’est pas pour autant que je vais arrêter. Quand je fume, c’est comme si je faisais une petite pause dans ma vie.

J’entends ma famille parler dans le salon. Juste de les entendre, ça m’épuise. C’est comme si je parlais avec eux, alors que je leur parle pas depuis des mois. Actuellement en vacances, donc ma tata garde mes frères et sœurs. Ils ont respectivement 6 et 12 ans, en gros ce sont des gamins.
Je me sens épuisé quand je suis avec eux. Enfin… je me sens comme ça tout le temps en fait. Je sais même pas ce que je ressens au fond. Je suis comme un cadavre vivant.

Je prends mon téléphone. Comme toujours, il ressemble à un désert. En gros y’a rien à part des notifs YouTube et des notifs de Éliot. Éliot, c’est mon meilleur pote depuis qu’on est tout petit. Nos familles étaient déjà amies donc naturellement, on a grandi ensemble. Je le connais par cœur. Il m’a déjà tout confié et j’ai gardé précisément tous ses secrets. Lui aussi me connaît très bien.
Je lui ai pas répondu pendant un bon petit moment d’ailleurs. Voyons combien de messages… oh putain ! 200 messages. Ok, il est peut-être temps de répondre.

Éliot <3

– Alors comment tu vas ??

– S’il te plaît réponds-moi !!!!!!!!!!!!!
– Ça va ??

– Salut…

– Je vais bien et toi ??

(Je veux pas lui dire la vérité. J’en ai même pas la moindre envie. Au fond, je suis déjà mort, donc ça ne sert à rien de m’apitoyer sur mon sort, pas vrai ? Je sais même pas ce que je sens en fait, juste un vide qui me bouffe de l’intérieur. En plus, je sais qu’il ne comprendra jamais ma douleur. Il comprendra jamais ce que je ressens. Personne pourra m’aider. Donc il doit rien savoir. Personne ne doit savoir. Je suis déjà un con, alors il vaut mieux pas en remettre une couche.)

– Ouais !!!!!!!!!!!!!

– Tu me réponds enfin !!!!!!!!!!!!

– Je suis heureux de savoir que ça va

– Moi aussi, je vais bien

– Je dirais que tout roule

– Oh. Cool.

– Dis, ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vus

– On peut sortir si tu veux ?!

(Comment lui dire que littéralement je suis en train de pourrir ici dans ma chambre, et que je n’ai aucune motivation de sortir de cet endroit sale et puant ? Je suis devenu une sorte de rat qui veut rester dans son égout. Bizarre à dire, mais je me suis vite habitué à cet environnement.)

– Ouais, pas vraiment envie de sortir

– Je suis occupé en plus donc désolé, mais non

– Oh ! Ok, je comprends. Peut-être une autre fois.

– Eh ! Dans la semaine je vais passer chez toi si tu veux, on peut se voir :)

(Ok je suis dans la merde. Comment je peux lui dire de manière très sympathique que je ne supporte pas les gens? Clairement, s’il me voit, il va tout de suite cramer mon lien de parenté avec Splinter. Alors il vaut mieux qu’il ne vienne pas. En plus, hyperactif comme il est, il me fatiguera encore plus que je le suis déjà. Ok, maintenant je dois trouver une excuse. Sinon je vais le rendre triste. Je voudrais absolument pas aspirer toute la bonne humeur et joie qu’il a. Je vais juste donner une excuse bidon qu’il croira sûrement.)

– Je ne crois pas que ce soit une bonne idée

– Tu sais, je suis vraiment très occupé donc…

– Désolé, mais je ne peux pas

– Juste pour te faire coucou alors…

– Stppppp!!!!!!!!!!!

(Ok, je craque.)

– Ok…

– Yayyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyy!!!!!!!!!!!!!!!

– T’es vraiment un gamin

– Ouais :)

– Tu me fatigues, sérieux

– Allez bye

– Hey, j’espère que tout va bien ;)

– Bisous

quelques minutes après....

– Tu veux parler Léon ?

– Non, pas besoin

– T’es sûr ?

– Ouais

– Ok, tu sais je serai toujours là pour toi

– Ouais je sais, merci

– Bye

– Ciao <3

(Ok. Apparemment j’ai pas été assez discret. Putain il a senti. Je suis dans la merde, j’espère qu’il va pas me demander plus de choses.)

La conversation est terminée.

Ma clope aussi.

Go dormir du coup.

Dormir me permet de ne penser à rien. Mon cerveau prend enfin un temps pour se reposer. J’ai pas besoin de réveil, les cris de ma mère suffiront. Comme d’habitude, je prends un somnifère.

Et je ferme les yeux.

Quelques heures plus tard...

Je viens de me réveiller. Les cris de ma mère me donnent un mal de crâne presque instantané. Elle répète plusieurs fois :
« VIENS MANGER LÉLÉ, ON T’ATTEND TOUS !! »
Elle a le toc de répéter jusqu’à ce que la personne dise « j’arrive ». Je crie donc le mot magique pour qu’elle arrête. Ma voix est devenue rauque à cause de toute cette merde (et aussi surtout à cause de la clope). Je me lève et j’attrape les premiers vêtements qui me passent sous la main. Je les mets et je me regarde.
Depuis quelque temps, j’ai collé un bout de papier sur mon miroir pour pas voir ma sale gueule, mais vu le dégoût que je ressens en regardant ce qui me sert encore de corps, il est peut-être temps de retourner ce miroir.

Ma tenue fait sens, donc je passe au deuxième truc à faire : mon odeur. Je sens fort la clope donc je mets quelques coups de parfum. En vrai, je crois que ma mère sait déjà que je fume. Comme cette odeur apparemment sort de ma fenêtre, elle doit aussi sortir de ma chambre par ma porte. Elle, comme moi, de toute façon allons continuer de faire semblant que tout va bien. Et parlons même pas de mon père.

Je sors enfin de ma chambre. À chaque fois que je sors de cet égout, il y a comme une personne qui vient tirer mon sourire. En gros, je souris sans vraiment le vouloir. C’est comme si mon vrai moi devait se cacher dans sa chambre pour pas être jugé, pour que personne ne sache.

Je marche donc en direction de cette fameuse pièce où tout le monde m’attend pour pouvoir atomiser le repas qu’ils ont devant eux. Je m’assois donc à ma place, j’ai l’impression qu’ils n’ont pas mangé depuis des jours. À la seconde où je me suis assis, mes frères et sœurs ont rempli leur bouche de toute leur nourriture préférée.

Aujourd’hui, maman a fait que nos plats préférés. Elle n’a clairement pas fait ça par hasard. Je me demande ce qu’elle mijote, elle parlera peut-être après le repas.
Ma famille est comme les autres. Le problème dans celle-ci ?

Moi.

Même Éliot fait plus partie de la famille alors qu’ils n’ont même pas le même sang.
Éliot passe souvent ici. Il a une très bonne relation avec tous les membres de ma famille. Ma mère l’adore et voudrait clairement qu’il soit son fils. Je sais qu’il va venir ici et qu’il va clairement parler avec elle, il va dormir ici d’ailleurs. C’est peut-être ça qu’elle voulait dire.
Je regrette déjà d’avoir accepté sa proposition.
Putain, je vais devoir ranger ma chambre. Tu me diras, ça me permettra de savoir quel genre d’écosystème s’est installé dans ma chambre.
Je dois lui parler pour savoir quand, comme ça je vais pas ranger ma chambre des années avant. Peut-être que je devrais demander à maman de refuser.

Je ne suis pas rester longtemps a table, je suis vite aller me refugier dans ma chambre. À peine rentrer mon masque tombe. Me voici donc maintenant dans ma chambre. Je vais parler avec Éliot. J’ai besoin de savoir quand est-ce qu’il vient. Comme toujours, il m’a envoyé une tonne de messages. Il a toujours été comme ça. J’ai l’impression que s’il m’envoie pas 15 messages par minute, il va mourir.

Franchement, je comprends pas où il trouve toute cette énergie. Même quand on était enfants, il était surexcité. Je me fatiguais juste de le regarder.

Éliot <3

– Bah alors, tu fais quoi de nouveau ??

– T’es sûr que tu veux pas sortir ?

– Écoute, je peux venir dormir chez toi ?

– Je sais que tu vas sûrement pas vouloir, mais en fait…

– Il s’est passé quelques petits trucs ici

– Donc je dois partir

– Sinon je vais devoir dormir dehors donc…

– S’il te plaît…

– Oh putain, bien sûr que tu peux venir.

– J’espère qu’elle a pas abusé.

– Tu vas bien ?

– Ohhh sérieux !!

– Merci !!!

– Ouais je vais bien, t’inquiète pas

– Tant mieux

– On parlera de ça après

– Du coup, tu viens demain ?

– Oui, on parlera…

– Ouais je viens demain

– J’ai déjà prévenu ta mère

– À demain du coup :)

- Ouais.... à demain

– Ouais… <3



J’ai toujours cette question dans la tête : est-ce que je serai là demain ?

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