CE QUE LA TERRE DOIT AUX FEMMES
L’écoféminisme naît d’un constat simple : la domination des femmes et celle de la nature procèdent de logiques similaires. Dans les sociétés industrielles, les corps comme les écosystèmes sont pensés comme des ressources à exploiter, à hiérarchiser et à rendre productives.
Le mot apparaît dans les années 1970 sous la plume de Françoise d’Eaubonne. Elle défend alors l’idée -radicale pour l’époque- qu’aucune transition écologique durable n’est possible sans remise en cause des rapports de domination qui structurent les sociétés modernes. L’enjeu n’est pas seulement environnemental, mais de questionner un modèle qui traite à la fois les corps et les écosystèmes comme des ressources.
Cette lecture trouve des traductions concrètes sur le terrain. En Inde, le mouvement Chipko voit des paysannes s’opposer à la déforestation en s’attachant aux arbres, protégeant à la fois leurs moyens de subsistance et leur autonomie. Au Kenya, le Green Belt Movement lancé par Wangari Maathai permet à des milliers de femmes de participer à des programmes de reboisement, tout en renforçant leur pouvoir économique local.
L'écoféminisme de repose pas sur l’idée d’une proximité naturelle des femmes avec le vivant. Il observe plutôt une exposition différenciée aux dégradations environnementales. À l’échelle mondiale, les femmes, en particulier celles des zones rurales ou agricoles, sont plus directement affectées par l’épuisement des ressources, la pénurie d’eau ou les catastrophes climatiques.
Aujourd’hui, ce courant connaît un regain d’intérêt, nourri par les approches intersectionnelles et postcoloniales. Il ne propose pas d’opposer les sexes, mais de déplacer le regard. Dans un monde aux limites visibles, il rappelle que protéger le vivant et réduire les inégalités relèvent d’un même effort.
Chroniques de l’anthropocène
Iñaki Irigoyen

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