PARIS BRÛLE-T-IL ?
En 2003, une vague de chaleur a suffi à faire vaciller la capitale. En quinze jours, plus de mille personnes meurent, principalement des personnes âgées ou isolées, enfermées dans des appartements surchauffés. Les chambres mortuaires saturent si vite qu’un hangar réfrigéré est réquisitionné à Rungis pour entreposer les dépouilles. Depuis, les canicules se répètent, révélant une fragilité longtemps ignorée.
Car la morphologie urbaine de la capitale a été pensée pour d’autres menaces que celles du dérèglement climatique. Sous le Second Empire, Haussmann transforme la capitale en vitrine du pouvoir : son plan en étoile, ses larges boulevards, ses immeubles massifs sont dessinés pour faciliter le passage des troupes, éviter les barricades et affirmer la puissance de l’État.
En deux décennies, plus de 37 000 immeubles neufs sont construits et on choisit alors le zinc, léger et durable pour couvrir les toits. S’il devient la signature architecturale de Paris, le zinc, étanche mais conducteur, capte la chaleur en été comme il laisse passer le froid en hiver.
Le XXᵉ siècle a poursuivi sur cette lancée : béton, asphalte, suppression de la végétation, éradication de l’eau en surface. Ce que Haussman a démarré, l’hygiénisme et l’automobile l’ont parachevé en imperméabilisant quasi totalement la ville. Les sols ne retiennent plus l’humidité, l’évaporation est bloquée. La chaleur, elle, reste.
Aujourd’hui, Paris figure parmi les villes européennes présentant le plus fort risque de mortalité lors des pics de chaleur. Une distinction sinistre qui a commencé à faire réagir les édiles : végétalisation des cours d’école, dépavage ponctuel, fontaines, ombrières... Mais ces modifications s’attaquent aux symptômes plus qu’à la structure.
L’enjeu n’est ainsi plus de rendre la ville confortable. Il est de la rendre habitable. Repenser Paris ne consiste pas seulement à planter quelques arbres ou à repeindre les toits. Cela implique de transformer une ville conçue pour l’ordre et la bagnole en un organisme capable d’amortir les chocs climatiques.
Chroniques de l’anthropocène
Iñaki Irigoyen

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