LA GÉNÉRATION CLIMAT N’EXISTE PAS
L’expression « génération climat » s’est imposée dans le débat public pour désigner une jeunesse supposée unie, consciente et prête à agir face à l’urgence écologique. L’image est rassurante. Elle suggère qu’un simple relais générationnel suffirait à résoudre une crise systémique. Mais l’observation sociologique nuance fortement ce récit.
Depuis 2018, les marches pour le climat ont effectivement mobilisé de nombreux jeunes, en particulier des étudiants. Pour autant, ces rassemblements n’ont jamais été exclusivement juvéniles. Les cortèges ont toujours mêlé plusieurs générations : familles, salariés, retraités, enseignants, militants plus anciens. L’enjeu climatique produit des cortèges intergénérationnels, réunis moins par l’âge que par une inquiétude partagée.
Ce qui frappe en revanche, c’est leur homogénéité sociale et raciale. Les participants sont majoritairement urbains, diplômés, issus des classes moyennes ou supérieures. Les enquêtes disponibles, notamment en Amérique du Nord, montrent également une surreprésentation de personnes blanches, tandis que les populations racisées, les milieux populaires et les habitants des territoires périphériques demeurent largement sous-représentés, alors même qu’ils sont souvent les plus exposés aux effets de la crise écologique..
Les raisons de cette absence relative sont multiples. Elles tiennent aux contraintes matérielles -horaires, précarité, éloignement des lieux de mobilisation- mais aussi aux cadres dominants du discours écologique. Une écologie centrée sur la responsabilité individuelle, la consommation responsable, la sobriété ou la décroissance peine à faire écho aux réalités concrètes d’une large partie de la population : fin de mois difficiles, dépendance à la voiture, vétusté du logement, inégalités territoriales.
Les enquêtes d’opinion confirment ce décalage. L’inquiétude climatique varie moins selon l’âge que selon le niveau de diplôme, la position sociale et les conditions matérielles d’existence. Parler de « génération climat » revient ainsi à confondre une visibilité médiatique avec une réalité sociologique.
Chroniques de l’anthropocène
Iñaki Irigoyen

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