Chapitre 4
Hyujin. Mon demi-frère ? Je plante mes yeux dans son regard froid et tente de percevoir nos ressemblances. Il détourne le regard et se centre sur Sunhee.
- Laisse-tomber, Hyujin, je m’en vais, dit-elle en levant les yeux au ciel. De toute façon, je voulais juste voir ce qu’était devenue la cité des Cerisiers. Enfin, des Fleurs, excuse-moi.
- Ça n’explique pas ce que tu fais hors de prison.
La femme mord ses lèvres et penche légèrement la tête sur le côté.
- C’est moi qui ai insisté pour sortir, lancé-je. Je voulais vous voir pour vous demander ce que je faisais en prison alors que je n’ai rien fait.
Le dirigeant me toise du regard.
- Et tu es qui, toi ? crache-t-il.
- Hyuk. Je suis né en prison et j’ai voulu m’échapper.
Je me rassure en me disant que ce que je déclare n’est pas totalement faux. L’idée que Hyujin demande à des gardes de m’enfermer à nouveau m’effraye. Je ne veux plus jamais mettre un pied là-bas.
- Je n’y suis pour rien si tu es enfermé, grince mon demi-frère. Et…
- Et je vais demander aux gardes de régler cette affaire, coupe Aria. Ils vont vous ramener en prison et quand j’aurai le temps, je m’occuperai de te faire sortir, Hyuk. Mais pour le moment, je suis désolée, je suis obligée de te faire enfermer. Quant à toi, Sunhee… tu n’aurais pas dû t’échapper. Le juge risque d’aggraver ta peine.
La concernée hausse nonchalamment les épaules. De toute façon, comment pourrait-t-on aggraver son sort ? La peine de mort est interdite et elle est déjà condamnée à la prison à vie.
La dirigeante appelle des gardes et quatre hommes en armure s’avancent vers nous. Ils sont grands et imposants, mais je n’ai pas peur d’eux. Si je me fais à nouveau emprisonner, je m’enfuirai encore.
- Ramenez-les à la prison des Fleurs, s’il vous plait.
- Oui, Dame Aria, répondent-ils en chœur avant de saisir Sunhee et moi par-dessous les bras.
Au début, la femme se débat puis elle abandonne. Je me laisse faire, sachant pertinemment que je n’ai pas d’autres choix. Je n’ai pas assez de force pour me battre contre eux.
* * *
Nous redescendons la cité des Fleurs. Les passants nous lancent des regards interloqués, certains s’éloignent de nous. Sunhee insulte les gardes qui nous transportent, mais ces derniers restent indifférents face aux mots de la femme. Quelques fois, ils lui donnent un coup dans les côtes pour la calmer, mais ça ne fait qu’empirer ses réactions.
Alors que les soldats nous traînent à travers les ruelles de la cité des Fleurs, un silence s’installe. Sunhee se tait enfin mais continue de se débattre avec peine.
Un bruit de pas précipités retentit derrière nous et attire mon attention. Deux silhouettes émergent de l’ombre et je me tends. Ils portent tous les deux un grand manteau noir dont l’immense capuche cache leur visage.
- Lâchez-les, lance l’un des inconnus – un homme.
Je ne connais pas ces gens, alors je suis étonné de voir qu’ils veulent nous aider. Ou alors, c’est juste une ruse ? Je continue de ruminer dans mon coin lorsque les deux silhouettes s’approchent.
- Laissez-les partir, dit l’autre inconnu d’une voix féminine.
Un des gardes me lâche après s’être assuré que l’autre me tenait fermement. Il se jette sur l’homme, mais ce dernier se décale avec agilité. Il attrape le bras du soldat, le faisant basculer en avant, puis il lui donne un coup de poing pour le mettre à terre.
Les trois gardes nous lâchent pour se précipiter sur l’homme. La femme rejoint Sunhee et moi en quelques pas et me tend la main.
- Mettez-vous en sécurité, conseille-t-elle. Sheyang et moi nous occupons de tout, ne vous en faites pas.
Je secoue négativement la tête et reste sans bouger aux côtés de Sunhee. La femme se retourne pour aller aider le dénommé Sheyang. Elle dégaine une épée et s’apprête à frapper les gardes. J’aperçois rapidement la peau mate de la fille lorsqu’elle saute pour attaquer un soldat, avant que sa capuche ne retombe pour couvrir son visage.
Je continue de fixer le combat, éberlué. Mais qui sont ces gens ? Pourquoi nous aident-ils ? Est-ce qu’ils nous connaissent sans que je le sache ? Est-ce qu’ils tuent juste les gardes pour libérer les prisonniers et faire une révolution ? Et comment nous ont-ils trouvé ? Est-ce qu’ils nous suivaient ? Ou alors, ils sont tombés sur nous par hasard ?
Mille questions apparaissent dans mon esprit. Je reste sans bouger, les yeux rivés sur Sheyang et son amie. Sunhee me sort de ma transe en me tirant sur le côté pour esquiver un coup.
Quand les gardes sont tous les quatre à terre, je lance un regard aux deux inconnus, stupéfait.
- Attendez… mais qui êtes-vous ?! m’exclamé-je, complètement éberlué par cette force inattendue.
- Des amis, répond Sheyang en retirant sa capuche pour dévoiler son visage pâle.
Il a des joues rebondies, des cheveux blond platine et des yeux bleus. À part sa cape noire, il porte un large pantalon noir et une paire de bottes brunes. Sa tunique est bleu foncé, avec quelques touches de noir.
- Et toi ? questionne Sunhee en se tournant vers la femme.
- Je m’appelle Dahlia.
Elle retire sa capuche à son tour, révélant un visage fin et lisse. Sa peau mate s’accorde parfaitement avec ses yeux sombres et ses cheveux bouclés bruns. En-dessous de sa cape, elle porte une jupe pourpre qui s’arrête à ses genoux et un chemisier noir. Ses jambes sont recouvertes d’un collant en résille et à ses pieds, elle a des bottines de la même couleur que son chemisier.
Ils ont tous les deux un fourreau et une épée accrochés à une ceinture en cuir.
- Pourquoi vous nous aidez ? demandé-je.
- On répondra à vos questions plus tard. Pour l’instant, ne restons pas ici. Nous ne sommes pas en sécurité.
Sheyang et Dahlia nous invitent à les suivre à travers un dédale de ruelles. Nous nous arrêtons devant une magnifique petite maison aux murs gris et au toit bleu nuit. Sheyang sort une clé et déverrouille la porte avant de la faire coulisser.
Il nous indique de rentrer. Nous nous asseyons par terre et Dahlia sourit.
- Bien, maintenant, on peut répondre à toutes vos questions, annonce-t-elle.
- Qui êtes-vous ?
- Je m’appelle Sheyang, j’ai trente-six ans, et elle, c’est Dahlia.
- J’ai quinze ans, précise-t-elle. Je suis née pendant la rébellion.
- Nous sommes des anciens révolutionnaires. En fait, lorsque le groupe s’est formé pour renverser le Temple des Cerisiers, je me suis fait recruté. J’ai connu une femme qui était dans le besoin, et elle est tombée enceinte de Dahlia. J’ai quitté le groupe quand Min s’est fait arrêté, alors je n’ai jamais été retrouvé. On a vécu toute la rébellion sur une île loin d’ici. Pendant dix ans, j’ai éduqué Dahlia pour qu’elle devienne comme moi, et maintenant, elle m’aide. On est arrivés il y a seulement cinq ans.
Je hoche la tête en les regardant tour à tour. Sunhee m’avait parlé de ce groupe dont elle faisait parti à cause de son ancien ami, Hiro.
- Pourquoi nous avez-vous sauvés ? demandé-je.
Sheyang me sourit gentiment et se racle la gorge :
- Quand je faisais parti du groupe, je connaissais très bien Hiro. Et un jour, je l’ai aperçu avec elle.
Dahlia pointe Sunhee du doigt.
- Sheyang l’a reconnue dans la rue. Et, sachant qu’elle s’était faite arrêter, on s’est dit que vous étiez peut-être en train de reformer le groupe pour renverser le pouvoir en place. Donc on a voulu vous aider, pensant que nos objectifs étaient les mêmes.
- Est-ce qu’on a eu raison ? reprend Sheyang.
Je réfléchis quelques instants et devance Sunhee qui s’apprêtait à parler :
- Oui, à peu près. En fait… je suis le fils de Hana et d’un autre prisonnier que je ne connais pas. Si je n’avais pas été emprisonné, j’aurais eu des chances de prendre le pouvoir en détrônant mon demi-frère. C’est ce que j’ai voulu faire.
On continue d’expliquer notre arrivée au Temple des Fleurs et la façon dont les dirigeants nous ont renvoyés.
- Je vous propose qu’on fasse équipe, lance Sunhee.
Dahlia et Sheyang se concertent en chuchotant dans leurs oreilles. Pendant ce temps, je jette des regards furtifs à mon alliée.
- C’est d’accord, assène Dahlia.
- On connaît deux autres personnes qui pourraient nous aider. Enfin, s’ils sont toujours en vie.
Sheyang et la jeune fille se relèvent, et Sunhee et moi faisons de même.
- Où pouvons-nous les trouver ? questionné-je.
Dahlia me sourit une nouvelle fois :
- À l’est du pays !

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