Chapitre 11 : La confrontation

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Jean descend les marches de son immeuble. Combien de fois les a-t-il montées et redescendues ? On le dit intellectuel ; pourtant, lui aussi fait du sport tous les jours. À sa manière, c’est un alpiniste. Il connaît par cœur sa montagne de béton.

Tout comme le grimpeur, il doit affronter sa texture froide et ses murs peints en blanc, marqués par l’ennui. Les portes qu’il croise sont autant de clins d’œil à ses souvenirs d’enfance, quand lui et les autres garnements s’amusaient à sonner chez les voisins avant de courir à toutes jambes vers l’appartement. De là, la porte entrebâillée, ils savouraient les apostrophes lancées dans le vide.

Mais ce temps-là est révolu. Jean est bien trop mûr pour cela. Il doit agir, réparer les plaies de son aîné. Dans sa tête, le nom Santos ne tient plus qu’à son intervention. Son père travaille, sa mère semble triste. Il ne reste que lui.

En bas de la tour, il s’assoit sur un banc, bien en évidence, dans une position stratégique pour observer le retour de son frère. Il flaire déjà les difficultés auxquelles il devra faire face. David a du caractère, une grande gueule, une fierté prompte à mordre.

Il attend, souffle, regarde en l’air, puis dans le vide. L’amertume lui monte aux tempes. Quel enfoiré, se dit-il. À cause de lui, il rouille sous la pluie.

Jean escalade à nouveau les escaliers, direction sa chambre. De sa fenêtre, il est au sec et peut se flatter d’avoir une bonne vue d’ensemble. Pour mieux endurer l’attente, son imagination n’a pas son pareil. Il s’imagine vigie au sommet du grand mât d’un bateau.

Bientôt, il murmure : « David en vue, David en vue », en espérant que sa mère n’a rien entendu.

Il dévale la pente de l’immeuble à toute allure et reprend place à l’endroit même qu’il avait délaissé quelques instants plus tôt. Comme si de rien n’était.

Le grand frère arrive, la tête courbée vers ses baskets. Puis son corps se redresse à la vue de Jean. Ce dernier lui fait signe.

« Oh, David, ça va au lycée ? »

« Comme d’hab. Je monte… T’attends quelqu’un ? » s’interroge David.

« Oui. Toi. Je dois te parler. Je connais certains secrets, et je voulais t’en parler. »

« Quoi ? T’es amoureux, toi ? » Les yeux rouges du lycéen s’éclairent un instant.

Jean va droit au but.

« Non, ça va pas. Je sais tout sur toi. »

« Comment ça ? De quoi tu parles ? » Le coupable serait-il repéré ?

« Oui, je sais pour les clopes et le reste. Papa et maman vont être dégoûtés. Pourquoi tu te bousilles ? Tu t’en fous de nous ? »

La voix de Jean est saccadée ; ses yeux disent sa détresse.

David, lui, n’apprécie guère que le petit se prenne pour le grand. Il devient rouge, la fureur monte. Il veut savoir d’où il tient cette information.

« Comment tu sais ça, toi ? Tu me suis ? T’as plus rien à lire, alors tu t’inventes une existence ? »

« Personne. Je ne suis pas bête, je le vois dans ton attitude. »

La réponse ne semble pas suffire à David, car quand on connaît bien quelqu’un, les yeux deviennent un détecteur de mensonge.

« Alors c’est qui ?… Dépêche-toi ou je t’en colle une. »

« C’est Rachid, mais il ne dira rien, ne t’en fais pas. Lui, c’est un vrai pote pour toi. Il veut t’aider. On le veut tous ! T’es mon frère. »

« C’est qui, tous ? Je te jure que si t’as dit quelque chose aux parents, tu vas m’entendre. Et l’autre, j’y crois pas… Après le bureau de tabac… il… »

Jean couvre les siens.

« Mais non, les parents ne savent rien, je ne suis pas fou. Je veux pas les inquiéter. Tu sais ce qu’il se passera s’ils apprennent. »

Dans une rage incontrôlable, avivée par ce qu’il a encore consommé dans la journée, il jette à la figure de son accusateur :

« Va te faire foutre, petit con. Tu crois que c’est un minuscule gnome qui va m’apprendre la vie ? Petit puceau de merde. Va tremper ton biscuit avant de te la péter. »

Ses phrases touchent les faiblesses avec la précision d’un sniper. Tout le mal d’exister, la honte de ne pas faire comme les autres, viennent de fissurer la carapace du jeune homme.

Jean pleure à chaudes larmes.

« Pourquoi t’es méchant ? Tu te sens mieux, maintenant ? Je sais que je suis une merde, un poilu, mais au moins, je suis heureux à la maison. Et même ça, tu veux le casser. »

Seuls les immeubles recueillent cette douleur.

Recroquevillé, la tête enfouie entre ses jambes, David sent le malaise qu’il vient de faire naître. Là, c’est son sang qui parle. Dans sa tête, mille choses se bouscule : il ne voulait pas casser ainsi son benjamin, son ami, son confident de toujours. Ce sont des Santos.

Un fado triste flotte dans l’air.

Le regret l’envahit. À cet instant, David mesure toute la haine qu’il se voue. Son crâne lui semble trop étroit pour ce qui s’y cogne.

D’une main hésitante posée sur son épaule, le jeune homme demande pardon. Il est allé trop loin. Mais c’est une bourrasque qu’il reçoit en retour. Les cris de Jean se mêlent à la tempête :

« Casse-toi. T’es plus mon frère. Je te déteste. »

Ses cordes vocales montent jusqu’à la fenêtre de Maria. Une mère ressent le danger.

Elle frémit d’effroi et dévale les escaliers, doublant les degrés. Hors d’haleine, elle arrive à la hauteur de David, le regard éperdu.

« Ah meu filho, o que foi? Onde está o Jean? »

— Ah mon fils, qu’y a-t-il ? Où est Jean ?

Son fils doit remettre de l’ordre dans ses idées. Comment avouer ce qu’il ne peut pas dire ? Il n’a pour seule réponse que le silence, ce qui alarme davantage sa mère.

« Réponds-moi. Est-ce qu’il s’est blessé ? Parle, s’il te plaît. »

Elle l’implore de lui révéler la vérité. Seule une partie en sort du bout des lèvres : la direction vers laquelle Jean s’est enfui.

Maria est saisie, et déjà un peu hors d’elle, de peur que quelqu’un dans la résidence ait pu les remarquer. Ils partent aussitôt à sa recherche. Dieu seul sait où il se trouve.

Un indice les met sur la voie. Ils connaissent Jean : il se cache indubitablement dans les fourrés et les buissons derrière les installations sportives.

Madame Santos s’imagine déjà lancer un avis de recherche, António accourir de son travail, et leur fils, lui, perdu à jamais. Elle chasse vite cette idée de sa tête.

Parce que son inquiétude est à fleur de peau, elle gronde David :

« Mais qu’est-ce que tou as fait ! Credo, o meu Jeansito. Mon tout petit amour. Tou vas me le retrouver, je te préviens. C’est de ta faute. »

Elle se reprend bien vite.

« Excouse moi, David, je voulais pas dire ça… mais je panique. »

Lui aussi est boulversé, mais il ne veut pas montrer ses faiblesses. Il garde l’espoir. Il se promet que s’il le retrouve, il arrêtera ses conneries.

Au stade, ils croisent Rachid. Maria accourt vers lui :

« Rachid, aurais-tou vou Jean ? Il a disparu. »

« Non, Madame Santos. Je vais chercher avec vous. »

David, le compagnon de toujours, le toise à la fois honteux et soulagé qu’une personne se joigne à eux.

Maria propose alors qu’ils se séparent pour augmenter leurs chances de le retrouver.

Les deux jeunes partent ensemble. La dureté de David laisse place à l’enfant anxieux. Les vraies amitiés ne se révèlent pas dans le bonheur, mais dans la détresse.

Pendant quelques pas, seul le gravier craque sous leurs semelles. David pousse un soupir.

« Vas-y, insulte-moi. Franchement, je l’ai mérité », lâche-t-il enfin.

Rachid garde les yeux droits devant lui.

« C’est clair que ça m’a traversé l’esprit. Et puis, t’as vu ta tête. Les Portos et les Arabes, on en prend déjà assez dans la gueule. »

David esquisse un sourire en coin.

« C’est entièrement ma faute. Je me défonce, je déconne. Je casse tout ce que j’aime, tout ce que je touche : ma mère, Jean, et toi aussi. Tu dois me détester. Avant, c’était mieux. Comment je peux redevenir celui que j’étais ? »

Son ami serre la mâchoire.

« Avant, tu me calculais surtout. »

Le coup part sans violence, mais il vise juste. Le Franco-Portugais ne fait pas le fier.

« Je sais. »

« Ah ouais ? Tu sais ? L’autre jour, quand je t’ai vu avec l’autre bourge, à parler comme lui, à faire le dur, ça m’a saoulé. T’as honte de moi ? »

David se racle la gorge.

« Arrête, vraiment pas… J’ai honte de tout : du quartier, de la baraque et de mon père qui n’est jamais là. De ma gueule aussi. Toi, tu files droit. »

Rachid ricane sans joie.

« T’as une tête de con, je confirme, mais t’es pas le seul. Ma mère me prend la tête avec la lutte, le boulot, les pauvres, les riches… et moi aussi, parfois, j’aimerais bien avoir leur vie. Partir d’ici. Sentir autre chose que ce béton et ce kérosène. »

David souffle du nez.

« Tu vois… »

« Ouais. Mais ça veut pas dire qu’il faut devenir eux. »

Cette fois, David encaisse sans protester.

« Charles, c’est pas juste un con de riche non plus », dit-il plus bas. « Lui aussi, il en chie, à sa façon. Si son père lui met pas la pression, il le regarde même pas. Quand il a 16, c’est pas assez. Quand il rentre, c’est pour se faire descendre. »

« Peut-être. Mais ça reste pas notre monde. »

« Moi, mon père, c’est pareil… sauf qu’il crie moins. Il est jamais là non plus. »

Les mots tombent enfin, sans pose. Rachid ne répond pas tout de suite. Ils marchent encore un peu.

Puis il lâche :

« T’es en train de te perdre, David. Et le pire, c’est que tu le sais. »

David hoche la tête.

« Ouais. »

« Et Jean, il te lâchera pas. »

« Je sais. »

« Moi non plus, j’te lâche pas. Mais me fais pas passer pour un con encore une fois. »

Pour la première fois depuis longtemps, David décharge un peu le poids de ses tourments.

« J’te jure… si on retrouve Jean, j’arrête mes conneries. J’peux pas le perdre. Pas lui. »

Rachid ne lui répond pas tout de suite. Il regarde au loin, puis souffle :

« Alors commence par le retrouver. »

Le long des rails qui surplombent son quartier, Jean trimballe ses sentiments comme un fardeau. Une image floue apparaît au loin, une silhouette, une démarche reconnaissable à des kilomètres. Plus cette personne se rapproche, plus sa mélancolie grandit.

« Maman… » murmure-t-il.

Maria s’élance vers la ligne d’arrivée de son cœur. Elle enlace son petit. Elle tremble, puis se calme. Il est sauvé.

« Jean, mon fils… Qu’est-ce qui t’a pris ? J’ai cru mourir. Mon cœur a failli s’arrêter. Pourquoi tu as fait ça ? Tu es fou… et si un train était passé ? Meu Deus… » dit-elle en le couvrant de baisers.

« Je me suis juste pris la tête avec David… »

Une mère sent l’exaspération, l’âme fuyante de son rejeton.

« Je ne veux pas qu’il t’arrive quelque chose. Merde… é o David. Tu voulais me parler de lui l’autre jour, pas vrai ? Regarde-moi… C’était ça, le problème ? »

Jean est pris au vif. À bout, il révèle une partie du mensonge.

« Oui, maman. Je voulais juste te dire que David avait fumé une cigarette. Mais ça va… il l’a fait qu’une fois. Alors j’ai pensé que ce n’était pas grave. Et puis la dispute a commencé parce que je lui ai dit que j’allais te le dire. C’est stupide… Désolé. »

Maria ne poursuit pas son enquête. Elle perçoit déjà qu’on lui cache quelque chose de plus grand.

Le reste de la troupe se retrouve sur un terrain vague voisin. Une éclaircie perce enfin ; quatre personnes du quartier se retrouvent comme avant et communient la joie de se retrouver.

Sous le toit des Santos, Rachid est accueilli comme l’un des leurs. Un chocolat chaud apaise cette après-midi forte en émotions. Une vague de soulagement se propage ; les rires reviennent accoster sur les visages. La tablée portugaise vient calmer les derniers ressentiments.

Madame Santos repart vers sa cuisine, le pas léger, portée par un souffle de résilience.

Dans le salon, les plus grands tentent de réconforter le benjamin :

« Ma première copine, je l’ai eue super tard. Et les meufs, en plus, elles prennent trop la tête », s’essaie Rachid, non sans adresser un clin d’œil à son copain.

« Oui, t’as raison. T’as vu Baptiste ? Il est dans ma classe, il est plus petit que Jean, je te jure… » poursuit David.

« C’est bon, les gars, j’ai compris. Je me prends plus la tête. »

Un semblant d’ambiance santossienne embaume le salon. Quand les rires des enfants se font entendre, la paix est de retour.

Dans la cuisine, Maria rumine. Ses pensées divaguent vers les rives de son pays. Cette journée a été une rude bataille émotionnelle. Que serait-il advenu si l’un des leurs avait disparu ? Elle préfère ne pas y penser.

Alors elle s’imagine dans sa terre natale, la tête posée à l’ombre d’un olivier. Le temps s’arrête ; elle n’a plus de remords. Elle se revoit petite fille, scrutant son père dehors, le blaireau à la main, couvrant sa barbe de mousse au-dessus de son ancien meuble de toilette avec sa bassine, son broc et son miroir. Délicatement, la barbe tombait sous le coupe-chou.

Des choses simples d’antan.

Autrefois, elle confiait ses peines à ses bêtes ; maintenant, c’est António, cet âne, se dit-elle, qui n’est pas là quand sa femme le réclame.

La réalité reprend son cours. Maria a une fenêtre pour explorer la chambre de David. Elle sait qu’elle pénètre dans le jardin secret de son fils, mais s’il a des problèmes, le jeu en vaut la chandelle.

Elle vérifie que le trio est occupé. Ils jouent à un jeu de société ; la voie est libre. Madame Santos glisse à pas de chat dans la pièce. Elle fouille partout : dans l’armoire, dans le bureau, dans sa caisse à jouets. Rien.

Puis son regard se braque vers le meuble où sont exposés les trophées que son fils a remportés lors de tournois de football. Des médailles et trois coupes y sont mises en évidence. Elle en soulève une, puis une deuxième, et sous un socle, elle fait une découverte.

Bien emballés dans un paquet de tabac à rouler, des feuilles et une sorte de terre collante. Maria n’a jamais rien vu de tel.

Meu Deus, se dit-elle, mon fils est un drogué.

Elle prend l’ensemble et le jette au fond de la poubelle. Ce soir, elle n’en rajoutera pas davantage.

Voilà donc leur nouvelle réalité. Quand la nuit sera venue, elle en touchera un mot à António.

Au soleil couchant, elle se confronte à son mari. À peine monsieur Santos franchit le seuil de l’appartement qu’il sursaute : sa femme est juste derrière la porte.

«Fodas, Maria, fizeste-me medo. — Tu m’a fais peur— Qu’est-ce que tou fais encore debout? Tu ne devrais pas être au lit. Tu es lessivée, ces derniers jours… »

« Je souis oune grande femme, Tónio. Je n’ai pas besoin de ton autorisation pour me coucher. Figoure-tou qu’une femme a parfois besoin de parler de choses sérieuses avec son mari », répond fièrement Maria.

«Então fala lá. O que é que queres? Estou cansado. A vida não está para rir.»

— Alors parle. Qu’est-ce que tu veux ? Je suis fatigué. La vie n’est pas faite pour rire.

«Não stá não», confirme sa femme.

— Non, ça, c’est sûr.

« Porra, estás chato. Pensas que és o único que tem que fazer nesta casa?»

— Merde, tu es pénible. Tu crois que tu es le seul à devoir faire quelque chose dans cette maison ?

« Je travaille aussi et tou peux pas t’imaginer comme c’est dour. Qui fait la vaisselle, la machine à laver et prépare ton repas ? »

«Tá bem, mas eu trabalho todo o dia.»

— D’accord, mais je travaille toute la journée.

« J’ai des responsabilités », s’impatiente António.

«Coitadinho do grande homem.»

— Le pauvre grand homme.

«Sabes lá tu da nossa vida?»

— Qu’est-ce que tu connais, toi, de ce qu’on vit ?

« Tou rentres, tou manges, tou dors… et tou crois que la maison tient toute seule. E os teus filhos, quando fizeste a última vez alguma coisa com eles?»

— Et tes enfants, c’était quand la dernière fois que tu as fait quelque chose avec eux ?

« C’est qui, qui les met droit ! Tou connais la dernière ? Non bien sour que non… o senhor doutour est au château. »

— Monsieur le docteur.

«Deixa-me lá em paz, mulher chata.»

— Laisse-moi tranquille, femme pénible.

« J’en ai assez, je vais au lit. »

Le lâche veut mettre court à la conversation. C’est sans compter sur l’abnégation de Maria, qui ne veut pas lâcher prise.

« Tou me fait tellement pitié, pauvre monsieur Santos. Tou te prends pour un grand homme et tou ne remarques pas que toute la famille tombe. David foume maintenant. Ai não, pois não… não sabias disso.»

— Ah non, bien sûr… tu ne savais pas ça.

« David ? Ne me dis pas qu’il est comme ces racailles. »

António s’assoit pour digérer la nouvelle. Il présente ses excuses à sa compagne. Pour la première fois, il comprend qu’il se ment à lui-même. Son — leur nouveau monde n’est pas ce long fleuve tranquille qu’il s’était imaginé.

Une chose longtemps oubliée se produit : leurs regards se croisent. Ils ont perdu cette complicité, le fondement de la famille.

Puis, dans un geste un peu hésitant, presque poussiéreux, il prend Maria dans ses bras. Il lui promet de passer plus de temps avec eux, dès que les vendanges toucheront à leur fin.

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