chapitre 1: Bientôt la fin de l'été

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Je me présente : Magalie, dix-huit ans, et encore un peu la tête dans les nuages. En ce moment, je profite à fond de mes derniers jours de vacances en Suisse avec ma sœur. Franchement, ça fait un bien fou. Le soleil, les balades, les fous rires… J’avais besoin de ça pour recharger les batteries avant d’attaquer la nouvelle année. Et puis passer du temps avec Julie, c’est toujours un peu comme revenir en arrière, quand tout était plus simple.

Il y a quelques mois, j’ai décroché mon bac économique et social. Sans stress, sans prise de tête — enfin, presque. Je savais déjà ce que je voulais faire, et depuis super longtemps. Quand j’ai une idée en tête, je la lâche pas : je veux travailler dans une crèche. C’est vraiment ce qui me fait vibrer. Sauf que… ce ne sera pas pour cette année.

J’ai tenté plusieurs concours un peu partout en France. La partie écrite ? Fastoche. J’ai réussi du premier coup. Mais ensuite, les oraux… à chaque fois, ça coinçait. Les jurys me répétaient que j’étais “trop qualifiée” parce que j’avais un bac général au lieu d’un bac pro. Ou alors que je n’avais “pas assez d’expérience”, pas assez travaillé avec des enfants en crèche, en centre de loisirs, en garderie… Bref, j’avais l’impression qu’on trouvait toujours un truc qui n’allait pas.

Alors voilà, cette année je ne rentrerai pas en formation. Ce n’est pas grave — enfin si, un peu — mais je me dis qu’il me reste plein de temps pour y arriver. Et puis je suis jeune, et j’ai encore mille choses à découvrir. Peut-être même que cette année qui commence m’apportera des surprises que je ne soupçonne pas encore…

J’ai été très déçue d’échouer à ces concours et de ne pas réussir à entrer dans ces écoles ; c’était mon rêve qui s’écroulait. J’y avais consacré beaucoup de temps et d’énergie. Je n’avais pas d’autre idée de métier en tête dans lequel je pourrais m’épanouir. J’ai donc tenté, pour cette nouvelle année, de me trouver un travail qui me permettrait d’acquérir cette fameuse expérience professionnelle qui m’a tant manqué.
Je me suis rendue dans différentes structures autour de chez moi. Je suis allée rencontrer des directeurs de centres aérés, ainsi que toutes les crèches des villes alentour. Un jour, j’ai décidé de tenter ma chance auprès de la crèche de mon quartier.
J’ai été accueillie par la directrice, une puéricultrice de métier, mais, comme je pouvais m’en douter, le rendez-vous ne s’est pas passé comme je l’avais imaginé.

Alors que j’étais assise sur la chaise en face d’elle, celle-ci a examiné mon curriculum vitæ, et j’ai eu droit à une réponse quasiment identique à tous les autres refus déjà rencontrés les jours précédents.

— Désolée, mademoiselle, nous ne pouvons pas vous prendre comme personnel dans notre structure, vous n’avez pas le diplôme nécessaire.

Je prends sur moi, je respire un grand coup intérieurement pour lui répondre aussi calmement que possible.

— Je sais bien, madame, je ne l’ai pas parce que je n’ai pas d’expérience professionnelle. Mais quand je cherche à en avoir une en m’adressant à des professionnels comme vous, on me répond que ce n’est pas possible parce que je n’ai pas le diplôme.

« C’est le chat qui se mord la queue », dit la petite voix à l’intérieur de ma tête. Cette petite voix qui s’exprime quand je n’arrive pas à le faire moi-même.

— Désolée, mais vous pourrez revenir quand vous aurez votre diplôme.

— Non, mais c’est une blague !

Cette fois, c’est plus fort que moi, c’est sorti tout seul.

Après avoir essuyé maints et maints refus, j’ai donc cherché une autre solution pour occuper mon année. En septembre, je ferai ma rentrée à la fac afin de suivre une année d’études qui, soyons francs, ne me servira pas à grand-chose, mais qui aura au moins le mérite de me faire sortir de mon lit et d’occuper mes journées, comme me l’ont bien fait comprendre mes parents quand ils m’ont forcée à m’inscrire. Et en attendant, cet été, j’ai travaillé comme agent commercial au guichet d’une grande compagnie aérienne, dans un aéroport à plusieurs dizaines de kilomètres de la maison.

Pour la première fois aussi cette année, à la rentrée, je serai co-coach d’une équipe de natation artistique : c’est moi qui les entraînerai. J’y pensais de plus en plus ces derniers temps. C’est quelque chose qui me plaît beaucoup, de pouvoir enseigner et apprendre des choses aux autres, et surtout aux plus jeunes. Et puis, en vrai, ça fait toujours une expérience de plus sur mon CV. Le président du club où je nageais l’année dernière m’a demandé, à la fin de la saison, si je voulais me lancer dans cette nouvelle aventure. Et j’ai accepté sans aucune hésitation. Je suis super contente de cette proposition, parce que j’adore ce sport.
En effet, je le pratique depuis plus de dix ans. Je l’ai découvert en allant voir une copine d’école qui en faisait et qui m’avait invitée à son gala de fin d’année. La beauté du sport, la grâce des nageuses, le fait que cela mélange la danse — que je pratique depuis que j’ai deux ans — et la natation, pour laquelle je me sens comme un poisson dans l’eau, m’a émerveillée. Tout cela réuni m’a donné immédiatement envie d’arrêter la danse et de m’y mettre dès la rentrée sportive suivante.

Pendant les sept premières années, j’ai évolué dans le même club qu’elle. Il m’a accueillie, m’a vue grandir et progresser d’année en année. Puis, durant ma huitième année, on a décidé, avec d’autres nageuses, de le quitter afin de suivre notre entraîneur, Jenny, qui, pour cause de changement de travail et surtout d’horaires, a préféré quitter le club pour en rejoindre un autre, un peu plus accessible pour elle. Jenny est une jeune femme de vingt-cinq ans, elle a été l’une de mes premières entraîneurs. Très à l’écoute, elle aime beaucoup travailler auprès des jeunes enfants. Dans la vie, elle est assistante maternelle. C’est aussi une très bonne nageuse : elle est un modèle pour moi. J’ai toujours rêvé de lui ressembler, d’être comme elle, d’avoir son niveau de natation, sa grâce et son assurance quand elle encadre ses nageuses.

Pour cette toute première expérience, je ne serai pas seule, et ça me rassure un peu (beaucoup, au fond). Je serai en binôme avec Suzanne. Elle a une quarantaine d’années, c’est elle qui était à la tête de l’équipe loisir l’année dernière et qui a souhaité que je l’accompagne pour cela. Elle a plutôt un franc-parler et dit toujours ce qu’elle pense. Elle est grande, rousse, avec les yeux marron. Son mari, Orlando, est un homme du même âge, brun et, à la différence de sa femme, il est plutôt d’un aspect calme. Il est systématiquement présent aux entraînements auprès de cette dernière et toujours prêt à donner un coup de main aux membres de l’association et à aider pour l’organisation des événements sportifs.
Nous encadrerons toutes les deux un groupe de nageuses âgées de onze à vingt ans, débutantes ou non, mais qui ne désirent pas faire de compétition et veulent nager uniquement pour le plaisir. Jenny, elle, se retrouvera comme tous les ans à la tête de l’équipe compétition : une équipe formée de nageuses expérimentées, qui pratiquent ce sport depuis plusieurs années, des adolescentes de treize à seize ans.

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