chapitre 2: Ca se complique.

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Julie et moi, on profite de ces derniers jours pour passer des moments toutes les deux. Le reste de l’année, plus de cinq cents kilomètres nous séparent. Comme j’ai eu dix-huit ans cette année, j’ai donc pu, pour la première fois, aller passer deux semaines toute seule avec elle. Ça nous a permis de nous retrouver, de créer une complicité nouvelle, de nous redécouvrir et de savourer ces moments que l’on n’a jamais vraiment eus.
Durant notre enfance, on n’a jamais été très proches. Julie est vite partie de la maison, à l’âge de treize ans, pour suivre des études en internat dans le sud de la France.
Alors maintenant que l’on est plus grandes, on rattrape le temps perdu, on apprend à faire réellement connaissance et à créer cette relation que peuvent avoir deux sœurs.

Au programme, Julie a prévu de me faire découvrir ce petit coin de paradis où elle vit maintenant. Entre autres, on passe nos journées entre sorties shopping, visites de la ville et randonnées dans les montagnes des alentours. Après tout ça, quelques restaurants pour découvrir les spécialités locales — très fromagères, on ne va pas se mentir. Et pour finir, et c’est peut-être bien le plus important pour passer de très bonnes vacances et surtout fêter cette année qui a été importante : des sorties dans les bars. On n’a pas l’occasion de se voir souvent, maintenant qu’une frontière nous sépare. Et cette année a été riche en choses qui se fêtent : majorité, permis, bac… On ne peut pas passer à côté de toutes ces occasions de faire la fête. Quel plaisir de pouvoir partager ces moments ensemble ! On a deux ans d’écart, mais à ce moment-là de nos vies, les gens qu’on peut croiser en soirée en arrivent à nous prendre pour de fausses jumelles, et c’est assez top.

On est à la veille de mon départ et, après une journée bien chargée, au moment où je vais me poser quelques minutes pour me préparer, mon téléphone sonne.
Le nom de « Suzanne » s’affiche sur l’écran. Je m’empresse de décrocher ; elle doit sûrement vouloir me parler de la rentrée sportive.

—Salut Magalie, c’est Suzanne, tu vas bien ?

—Très bien, et toi ? Tes vacances se passent bien ?

—Bien, merci. Bon, je t’appelle parce que les choses ont un peu bougé au club. Je suis désolée, mais tu vas devoir gérer seule les entraînements et la gestion de l’équipe.

—Pourquoi ? Que se passe-t-il ?

—Orlando et moi, on s’en va, on quitte le club. En gros, Lorène a fait des pieds et des mains pour récupérer l’équipe compétition et mettre à l’écart Jenny. Il y a eu des conflits, et Jenny a été forcée de partir et de quitter le club. Par soutien pour elle, et parce que nous ne sommes pas en accord avec la façon de faire de la nouvelle direction de l’association, on quitte le bateau avant qu’il ne coule et on s’en va. On est vraiment désolés de te faire ça à quelques jours de la reprise, mais on sait que tu vas y arriver. Tu peux nous appeler si tu as besoin. Si ça ne va pas, on sera toujours disponibles au téléphone pour la moindre interrogation ou motivation. Bon courage, bonne fin de vacances, et lance-toi, ça va le faire.

Là-dessus, Suzanne raccroche. Je me retrouve scotchée. J’ai toujours le téléphone à la main, le bip dans l’oreille, et j’essaye de comprendre ce qu’il vient de se passer. Je suis sur le cul. Comment c’est possible ? C’est un ouragan qui vient de s’abattre. Un retournement de situation auquel je ne m’attendais pas. J’arrive à reprendre mes esprits.
Seule dans la pièce, je décide de contacter Jenny afin d’avoir sa version et de comprendre comment tous les projets ont pu capoter à ce point-là ! L’appel dure quelques minutes, mais son discours est en tout point identique à celui de Suzanne. Et elle m’annonce donc qu’à la rentrée, elle intégrera un nouveau club qu’elle a contacté ce matin. Une fois que j’ai raccroché avec Jenny, je prends quelques minutes pour réfléchir. Tous les plans sont chamboulés. Dans ma tête, je me fais la liste de tout ce que je vais devoir préparer pour cette rentrée sportive. Je suis comme ça, j’ai besoin que tout soit carré, organisé. Je prévois toujours les choses en amont, j’imagine tous les imprévus possibles, mais j’avoue que celui-ci, je ne l’avais pas vu venir. Je suis plutôt carrée comme fille.

Toute cette histoire m’a retardée dans ma préparation, et j’entends ma sœur qui m’appelle en hurlant à l’autre bout de son appartement. J’ai plutôt intérêt à passer la seconde et à me préparer rapidement. Pour notre dernière soirée ensemble, j’enfile un bustier en dentelle, un jean un peu moulant et une paire de cuissardes à talons compensés.

— Mag, tu es prête ? On peut y aller ? J’ai réservé le restaurant pour vingt heures et

il est déjà dix-neuf heures quarante-cinq.

— Oui, oui, c’est bon, j’arrive.

— Bah alors ? Qu’est-ce que tu foutais ?

— Désolée, au moment où j’allais commencer à me préparer, mon téléphone a

sonné…

— Ah ! Un garçon peut-être ? C’est pour ça que tu étais si longue !

— Non, pas du tout, c’était Suzanne, tu sais, la femme avec qui je devais entraîner…

— Comment ça, devais ? Tu ne vas plus entraîner, du coup ? C’est pour ça qu’elle

t’appelait ?

— Non, bien au contraire. Elle me téléphonait pour me dire qu’elle et son mari

avaient décidé de quitter le club dès aujourd’hui et que, du coup, je serais seule aux commandes.

— Pourquoi ils partent comme ça, d’un coup ?

— Je sais pas trop. J’ai pas tout compris. Mais ce que je sais, c’est que Jenny a été

virée du club…

— Quoi ? Comment ça, elle a été virée ?

— Bon, tu pourrais arrêter de me couper la parole ? Je suis en train de t’expliquer. Il

y a eu un désaccord entre le responsable de l’association et certaines entraîneurs, donc il est parti. Et celui qui le remplace a décidé de se ranger du côté des entraîneurs pas contentes et de leur donner tout ce qu’elles voulaient. Au final, Jenny s’est retrouvée sans équipe à entraîner et, comme elle n’était pas d’accord, ils l’ont virée. Du coup, par soutien, Suzanne et Orlando ont décidé de partir aussi.

— Oh là là ! Ça m’a l’air bien compliqué, cette histoire. Bon, avec tout ça, on est en

retard. Regarde, il est déjà vingt heures cinq. Allez, là, vraiment, faut qu’on file. Au programme, ce soir, pour cette dernière soirée de l’été entre filles, je nous ai prévu restaurant chinois et boîte de nuit. Et je sens que tu vas faire fureur dans cette tenue ce soir. Tu es magnifique.

— Merci, c’est adorable ! Allez, viens, on y va

Le lendemain, les yeux encore tout endormis, l’estomac en vrac et la tête comme un marteau-piqueur, je me rends à l’aéroport international de Genève. Je passe la sécurité, je me rends au BREAKTIME pour me commander un café et un cookie, me pose à une table pour faire passer en même temps mon mal de tête et l’attente avant de pouvoir monter dans l’avion.
Les enceintes de l’aéroport grésillent : elles m’annoncent que je peux directement me rendre auprès de l’hôtesse, direction le nord-ouest de la France. Je vais pouvoir retrouver ma chambre et mon lit, mais aussi mes parents.

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