chapitre 9: Enfin ensemble!

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Quinze jours plus tard, durant mon retour en train, après une journée somme toute monotone et identique à toutes les autres journées de fac, je ressens un flot d’émotions contradictoires. Je suis à la fois heureuse, en pensant que dans quelques heures je pourrai revoir Mattéo, qui me manque tellement.

Désormais, systématiquement le jeudi après l’entraînement, on va manger un bout ensemble en centre-ville. On parle beaucoup, on se raconte des anecdotes sur nos vies, notre enfance, on apprend à se connaître. Je sens au fond de moi que quelque chose est en train de se produire. Je pense à lui tout le reste de la semaine. J’aimerais que l’on soit ensemble, que ce soit officiel, qu’on arrête de se tourner autour comme des ados et qu’on se mette en couple. On n’a même pas encore échangé notre premier baiser. Je ne sais pas si c’est la différence d’âge qui le gêne, mais j’en suis arrivée au point où, s’il ne se lance pas ce soir, c’est moi qui le ferai — et tant pis s’il me recale.

En même temps, je ne peux pas m’empêcher d’angoisser à l’idée qu’on soit jeudi, qu’il puisse y avoir Jack, et qu’il tente encore quelque chose. J’espère du fond du cœur qu’il ne fait subir ça qu’à moi. À la simple pensée, à la revisualisassions de ces scènes horribles, une larme coule sur mon visage. Avec le revers de la main, je la fais disparaître très vite : je ne veux pas prendre le risque que mon père, assis en face de moi, s’en rende compte s’il venait à se réveiller de sa sieste — une sieste qu’il fait tous les soirs dans le train, au milieu de tous les gens qui rentrent chez eux.

D’un coup, je suis d’humeur un peu joueuse. Histoire de rire un peu, de me détendre et de penser à autre chose, je décide de le réveiller gentiment en posant ma main sur son genou. Il sursaute légèrement en croyant avoir loupé son arrêt. Je profite donc de sa confusion et du fait qu’il n’a pas encore ouvert la bouche pour jouer mon rôle :

— Excusez-moi monsieur, mais vous ronflez.

On se regarde droit dans les yeux. Puis on tourne légèrement la tête sur notre droite. On se regarde de nouveau, et on sourit en voyant les regards choqués de certains voyageurs, et ceux amusés d’autres qui me félicitent du regard d’avoir osé réveiller un homme que je ne connais pas.

En arrivant à la piscine, après m’être changée, je me dirige vers le bord du bassin. J’y retrouve Mattéo, déjà présent à la piscine extérieure. Je vois sur son visage apparaître un énorme sourire dès qu’il m’aperçoit. Je m’approche de lui et lui fais un bisou sur la joue en guise de bonjour — un bisou un peu plus long, un peu plus appuyé que d’habitude, histoire de lui faire comprendre que cette semaine il m’a vraiment manqué. Je veux lui montrer à quel point je l’apprécie. Je ne sais pas si le message est passé pour lui, mais pour moi c’est sûr : ce soir, je tenterai le tout pour le tout. Soit on finit ensemble, soit tant pis : je saurai qu’entre lui et moi, ce ne sera que de l’amitié.

— Bonsoir mademoiselle. Dis donc, c’était un sacré bisou, celui-là. Tu vas bien ?

— Oui, beaucoup mieux maintenant que je te vois. J’ai attendu ça toute la journée.

Il passe ses bras autour de moi, me serre fort, puis dépose un bisou tendre sur mon front.

— Moi aussi ! C’est toujours bon pour qu’on passe la soirée ensemble après ?

— Oh oui. Et tu sais quoi ? J’aime beaucoup être dans tes bras.

— Tu devrais y rester alors !

— Faut que j’y aille, les filles m’attendent, mais si je pouvais, je resterais bien là

avec toi.

L’entraînement se passe bien. On échange quelques regards. Je suis heureuse, dans ma bulle. Je ne prête pas attention à ce qui se passe autour de moi. Je ne regarde même pas si Jack est là ce soir. Je pense tellement à Mattéo que je n’y fais pas attention.

Une fois la séance terminée, on part sans se soucier des autres. On va manger en centre-ville. Un nouveau restaurant a ouvert et on avait envie de le tester. L’ambiance est sympathique, conviviale. Le patron, un ami de Mattéo, nous accueille chaleureusement. Ils discutent quelques instants, puis il nous installe à une table un peu excentrée, près de la baie vitrée.

C’est un restaurant de spécialités italiennes. J’opte pour un risotto aux cèpes et au poulet ; Mattéo choisit des linguines à la tomate séchée et à la pancetta. Au dessert, on s’accorde pour partager. Je commande une panna cotta aux fruits exotiques, et Mattéo un tiramisu.

Après le repas, on remercie l’équipe et on félicite le chef. Mattéo me raccompagne ensuite à ma voiture. Il me prend la main, entremêle ses doigts aux miens, m’attire contre lui et passe son bras autour de mon cou. Je profite de ce rapprochement pour poser mon bras autour de sa taille. On avance ainsi, l’un contre l’autre, au milieu de la foule du centre-ville.

Dans ses bras, je me sens bien, en sécurité. J’ai la sensation que Mattéo est un garçon gentil, attentionné. Il prend son temps, il ne me brusque pas. Je suis sûre que je peux lui faire confiance : il ne me fera pas de mal. Je le sens profondément.

Arrivés à ma voiture, nos corps se font face. Nos visages se rapprochent. Et soudain, naturellement, nos lèvres se touchent. Enfin. Notre premier baiser. Celui que j’ai imaginé mille fois. Et il est encore mieux en vrai : tendre, chaste, comme dans un film. Un frisson me parcourt, mais cette fois c’est un frisson de bonheur. Les bruits autour de nous disparaissent. Le monde n’existe plus.

Mattéo me prend dans ses bras, m’enlace fort, comme si plus rien n’existait pour lui non plus. À la fin du baiser, il me regarde droit dans les yeux et murmure :

— Bonne nuit ma chérie.

— Bonne nuit à toi aussi.

Il me laisse monter dans ma voiture.

Il me regarde m’éloigner. Il a du mal à y croire : ça y est, on est enfin ensemble. Il sent que je cache une certaine fragilité, mais il s’en moque ; il fera attention à moi. Il se promet de me protéger, quoi qu’il arrive, quels que soient les démons qui me rongent. Il aurait aimé que ce moment ne s’arrête pas. Mais il ne veut pas aller trop vite. Même si ça arrive moins souvent, je sursaute encore parfois quand il passe près de moi sans que je l’aie vu, ou quand il me touche sans prévenir.

Quant à moi, je suis sur un petit nuage. Je me sens légère, comme sur une autre planète : la planète de l’amour. C’est donc ça, être amoureuse ?

Dans la voiture, comme toujours — je suis incapable de rouler sans musique — j’allume l’autoradio. Une de mes chansons d’amour préférées passe. Je monte le son à fond. Je suis heureuse et j’aimerais crier ma joie au monde entier.

Quand je rentre chez moi, je file me coucher. Et pour la première fois depuis la rentrée, ma nuit sera belle : remplie de rêves, pas de cauchemars.

Le lendemain, on s’échange beaucoup de messages :

Coucou beauté, alors bien dormi ?


Oui très bien ! C’était très reposant.

Plein de beaux rêves.


Je parie que j’étais dedans.

Et sinon, quoi de prévu aujourd’hui ?


Ça je le garde pour moi.

Je suis à la fac, comme toujours.

On est en pause de midi. Et toi ?


Moi j’ai eu quelques cours ce matin.

Là j’ai fini, j’ai pris un menu burger à emporter.

Et je vais bosser mes évaluations

pour la semaine prochaine.


Beau programme.

Et sinon, je peux te poser une question ?


Vas-y.


Est-ce que je te manque depuis hier ?


Oh oui. Tu ne peux pas savoir à quel point.

J’adorerais que tu sois avec moi maintenant

plutôt que sur les bancs de la fac. Mais si tu étais là,

je ne pourrais plus bosser.


Pas du tout, je mettrais un point d’honneur à te faire travailler !

Hors de question qu’à cause de moi tu plantes tes examens.

Moi aussi je préférerais être avec toi. Par contre, ici on n’a pas de bancs :

on a des chaises qui font mal aux fesses ! Allez, je vais te laisser travailler.

Les garçons me regardent bizarrement en attendant qu’on aille chercher à manger. Bisous.


Dernière question, ensuite je te laisse tranquille

avec les garçons (même si j’avoue que

ça ne me plaît pas trop, lol) ?


Pourquoi ?Tu es jaloux ?

Vas-y, dis-moi.


Bah je sais pas… Peut-être. En même temps, ma copine traîne

toute la journée avec des garçons que je ne connais pas.
Sinon, revenons à ma question : ça te dit qu’on passe la soirée ensemble

demain et qu’on aille au ciné ?


Ta copine ? Wow. Ça fait bizarre à entendre…

Mais oui, avec plaisir.


Parfait. Je passe te prendre à 19h.


Même Pierre et Laurent remarquent que quelque chose a changé. Ils me trouvent plus souriante, plus reposée, un peu dans la lune. Après avoir récupéré nos repas habituels — sandwich poulet crudités et soda — on va s’installer dans une salle, maintenant que les températures ont bien chuté.

— Dis donc, jeune fille, à qui tu envoies autant de messages ?

— Je me suis pas mal rapprochée d’un des entraîneurs de natation du club où je vais.

— Rapprochée à quel point ?

— On a passé plusieurs soirées ensemble. Et hier soir, juste avant de se quitter, il m’a embrassée. Un vrai baiser.

— Oh là ! Tu es amoureuse ?

— Il me plaît beaucoup, en tout cas.

— Et il a quel âge, ce gentleman ?

— Vingt-deux ans, pourquoi ?

— Parce que souvent, à cet âge-là, quand un homme a réussi à accrocher une jolie fille comme toi et qu’il a eu ce qu’il voulait, il la jette. dit Pierre, que je soupçonne d’avoir un petit faible pour moi.

— Non, je suis sûre que ce ne sera pas le cas. C’est un mec bien. Il est doux, patient, attentionné. Je lui fais confiance. Avec lui, je suis bien.

— Je te souhaite d’avoir raison. J’espère qu’on n’aura pas à te ramasser à la petite cuillère.

Je continue à travailler mes concours pendant les cours. Comme la classe n’est pas très douée en logique, j’ai fini par entraîner tout mon rang avec moi dans les révisions des tests psychotechniques, qui ne sont en réalité que des tests de logique. Même celui du fond de la salle se penche avec moi sur les annales.

Avec le temps, les étudiants décrochent de plus en plus des cours de maths. Petit à petit, c’est toute la classe qui se met à réviser avec moi. D’abord mon rang, puis celui du milieu, puis celui de devant. On se passe les annales, les feuilles circulent avec les problèmes à résoudre.

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