chapitre 11: Le grand saut.
Voilà plusieurs semaines que Mattéo et moi sortons ensemble. Nous sommes samedi soir, et après avoir passé la soirée tous les deux, Mattéo m’amène chez lui. Il se gare devant un grand portail électrique. Une fois qu’il s’est ouvert, la voiture s’engage sur un long chemin en terre, au bout duquel je peux admirer une grande maison de deux étages, en bois, type chalet.
— Voilà, on y est. C’est chez moi.
— Quoi ? Cette grande maison-là ? Vous vivez ici avec ton père ?
— Oui, mon père est dans la maison et moi dans la dépendance, juste à côté. Quand ma mère l’a quitté, elle lui a laissé la maison.
— Tes parents sont divorcés ?
— Oui, depuis plusieurs années.
— Et ils ont refait leur vie ?
— Oui, tous les deux.
Mattéo vient m’ouvrir la portière tel un gentleman et me laisse sortir. Je suis subjuguée par l’édifice qui se trouve devant moi. La maison est magnifique. J’ai toujours beaucoup aimé les chalets et la montagne, et là, en quelques secondes, rien qu’en passant le portail et en parcourant ce chemin, j’ai la sensation d’avoir été transportée ailleurs, comme si je ne me trouvais plus en plaine.
Mattéo m’observe découvrir ce paysage qui m’entoure. Même s’il fait nuit, l’éclairage extérieur me permet de me faire une petite idée des lieux. Il me prend la main et m’entraîne avec lui.
— Suis-moi, mais ne fais pas trop de bruit.
— Promis, je sais être très silencieuse.
— Ah ! C’est bon à savoir, me lance-t-il avec un regard malin.
On emprunte un petit chemin en dalle qui traverse une partie du jardin tout en faisant le tour de la maison. Il s’arrête de temps en temps pour me plaquer contre le mur et m’embrasser sensuellement. J’en profite pour passer mes doigts dans ses cheveux et m’y agripper pour ne pas perdre pied à cause du désir que font naître en moi tous ces baisers.
— Tu pourras voir le jardin demain en plein jour, c’est plus sympa.
— Il a l’air assez grand, en tout cas.
— Assez pour installer des chaises longues et se faire dorer la pilule au bord de la piscine.
— Programme somme toute sympathique, en effet !
Il sort ses clés pour ouvrir la porte d’une dépendance accrochée à la maison. Une fois à l’intérieur, la lumière allumée, je découvre une grande pièce avec des murs recouverts de pierres.
— Voilà, je te présente ma modeste demeure. Devant toi, tu as le petit salon très
cocooning.
À ma droite, je remarque une porte fermée qui semble communiquer avec la maison principale. Dans le salon, en face de moi, j’aperçois un canapé très douillet, une table basse en verre, et une imposante télé. Près du canapé, un gros tonneau : Mattéo m’explique qu’il sert de bar pour ranger quelques bouteilles en cas d’apéro entre amis. À ma gauche, je remarque une petite kitchenette avec un lavabo et un petit frigo. Je continue d’observer les environs, photographiant mentalement les lieux. Après avoir posé ses affaires sur le portemanteau à côté de l’entrée, Mattéo me prend par la main et m’entraîne à travers cette pièce que je viens d’analyser dans les moindres détails.
— Et par là, tu as ma chambre.
Il m’emmène jusqu’à une porte. Une fois ouverte, je découvre sa chambre : au fond, dans un angle, un très grand lit en chêne ; une planche en bois fixée au mur sert de table de nuit ; et une grande fenêtre un peu en hauteur qui fait face au lit, sous laquelle est installé un long bureau. Il se tourne vers moi et me dévisage pour essayer de lire en moi, cherchant à savoir si je vais bien ou si je suis en train de paniquer.
— Ça va ? Tu te sens bien ?
— Oui, oui, très bien. Elle est super, cette chambre.
On avance main dans la main jusqu’au lit. Arrivé au bord, Mattéo s’allonge et me tire vers lui avec douceur. Je m’allonge à côté de lui et il me prend dans ses bras.
— Allez, viens par là.
— Avec plaisir.
Lentement, il rapproche son visage du mien et m’embrasse. Pendant ce baiser langoureux, je me blottis contre lui. Il me tient serrée, nos corps collés l’un à l’autre, nos jambes s’entremêlent.
Avec beaucoup de douceur, il me caresse la joue du bout des doigts. Ses yeux plongent dans les miens. Il ne décroche pas le regard, très attentif à la moindre de mes réactions.
— Tu es sûre que tu te sens bien ? Tu me le dis si ça va trop vite. Je ne veux pas te
forcer si tu n’en as pas envie. Tu sais que tu as le droit de me dire stop.
— Oui, je sais. Ne t’inquiète pas, tu peux continuer de m’embrasser, j’adore ça et je
suis bien dans tes bras. Tu prends ton temps avec moi et j’apprécie. Mais je pense que je ne serai pas capable d’aller plus loin ce soir. Je suis désolée.
— Ne le sois pas. Ne le soit jamais, d’ailleurs. Tu as le droit de ne pas avoir envie
d’aller plus loin pour le moment, et je comprends. Rassure-toi, je ne suis pas un chien, je ne vais pas te sauter dessus sans prévenir. Et sache une chose : je t’apprécie vraiment beaucoup, et je n’ai pas l’intention de te jeter une fois qu’on aura couché ensemble. Je ne suis pas ce genre de mec.
— Merci pour ta sincérité. Et rassure-toi, je ne pensais pas du tout ça de toi. J’ai
bien compris que tu étais loin d’être un mec comme ça. Je dirais même que tu es tout l’inverse.
Mon cœur bat de plus en plus vite, j’ai des papillons dans le ventre. Je me laisse aller dans ses bras et l’embrasse à nouveau. Les caresses que l’on échange se font naturellement. On prend le temps de se découvrir dans l’intimité. Au final, c’est la première fois qu’on passe une nuit rien que tous les deux, seuls, sans personne autour de nous. On découvre mutuellement nos corps par des caresses, des petits massages. On passe donc notre première nuit blottis l’un contre l’autre, échangeant caresses et baisers, puis on finit par s’endormir.
Le lendemain matin, quand le soleil vient caresser mon visage, j’ouvre les yeux et j’essaie d’analyser ce que je vois autour de moi. Mon esprit est légèrement embrumé. Je mets un peu de temps à comprendre ce que j’aperçois et à me rappeler où je suis. En tournant la tête vers la droite, je vois Mattéo encore endormi, tout près de moi, allongé sur le ventre, en caleçon, les bras au-dessus de la tête. On a passé notre première nuit ensemble, et il ne s’est rien passé. Il a su écouter mes envies, mes limites, et attendre que je sois prête à me donner à lui. Cette fois, c’est certain : je peux vraiment lui faire entièrement confiance. Je me tourne entièrement vers lui pour lui faire face et, du bout des doigts, je lui caresse lentement la peau du dos, de haut en bas. Le geste le réveille. Il tourne la tête vers moi et un sourire étire ses lèvres lorsque nos regards se croisent. Il se met sur le côté, glisse une main derrière ma nuque après avoir dégagé une mèche de mes cheveux.
— Tu as bien dormi ?
— Très bien, et toi ?
— J’ai passé une super nuit. J’ai même fait pas mal de rêves.
Je lui dis cela en rapprochant mon visage du sien. Il m’embrasse sensuellement.
— Ah oui ? Et quoi comme rêves ? demande-t-il avant de déposer un baiser dans mon cou.
— Oh, je ne suis pas sûre que ça puisse se raconter… Mais je peux te montrer, si tu veux.
— Volontiers. Tu as piqué ma curiosité.
Je glisse ma main dans ses cheveux tout en continuant de l’embrasser. L’excitation monte doucement, alimentée par nos caresses mutuelles. D’un geste délicat, il fait glisser la bretelle de mon soutien-gorge sans me quitter des yeux. La moindre hésitation de ma part l’arrêterait aussitôt, mais je n’hésite pas.
Alors il continue. Ses lèvres s’aventurent dans mon cou puis sur mon épaule. Ses doigts détachent l’attache de mon soutien-gorge avec une lenteur contrôlée. Il m’effeuille avec une délicatesse presque solennelle, comme si chaque geste comptait. Et c’est ainsi, en douceur et en silence, que nous finissons par faire l’amour.
Il fait attention, avance sans brusquerie. Je me laisse aller au plaisir qu’il me procure, mes mains glissant sur son corps, caressant ses bras puissants. Le moment que nous partageons est sensuel, suspendu : lui et moi ne formons plus qu’un. Nos gestes sont doux, sans urgence ; on prend le temps, on se découvre autrement. Nos regards se cherchent, ne se quittent que pour s’embrasser encore et encore. On reste attentifs, connectés au moindre frémissement de l’autre.
Quand enfin le plaisir se dissipe, nos corps se relâchent d’un même mouvement. On s’allonge côte à côte. Je retrouve mon souffle, apaise ma respiration et mes pensées. Puis je me tourne vers Mattéo et pose ma tête contre son torse. J’entends son cœur battre fort, lui aussi. Il passe son bras autour de moi pour m’attirer un peu plus contre lui.
On reste ainsi quelques instants. Mattéo brise enfin le silence.
— Tout va bien ?
— Oui, très bien, merci. Je me sens bien là, avec toi. J’aimerais rester ici et ne plus bouger.
— Alors, c’était comme dans tes rêves ?
— Même mieux, je dirais.
— C’est vrai ? Ça t’a plu ?
— Pourquoi les hommes ont-ils toujours besoin d’être rassurés après un premier rapport ?
— Oh, ce n’est pas tant pour être rassurés… C’est surtout pour connaître vos envies. On est curieux. On veut savoir si vous avez apprécié, pour retenir ce qu’on peut refaire la fois suivante, et ce qu’il faut éviter.
— Alors c’était parfait. Ne change rien.
Après ce temps de calme, Mattéo me tend un long tee-shirt à lui que je m’empresse d’enfiler et il m’invite à le suivre.
— Viens avec moi, je vais te faire visiter le reste de la maison. Et puis comme ça, on pourra aller prendre une douche.
— Ok, je te suis. Mais au fait, ça veut dire que tu vas me présenter à ton père ?
— Non, tu ne le croiseras pas. Pas d’inquiétude. À cette heure-là, il doit être parti faire son jogging.
Toujours détendue et d’humeur taquine, je décide de le titiller un peu.
— Ah, c’est donc ça. Tu attendais le feu vert pour qu’on se lève. Me faire l’amour,
c’était une diversion.
— Mais non, pas du tout. Je ne suis pas comme ça. Allez viens, coquine, on y va.
On quitte sa chambre, traverse le salon et emprunte la porte en face de nous. On arrive dans une grande pièce qui sert de cave à vin gigantesque. Sur la gauche, j’aperçois un escalier. Mattéo me prend par la main pour qu’on grimpe ensemble. En haut, une nouvelle porte.
Derrière celle-ci, je découvre une maison aussi magnifique à l’intérieur que ce que j’ai pu apercevoir de l’extérieur hier soir.
— Alors là, sur ta gauche, tu as l’entrée de la maison, le salon avec le canapé, la télé, la cheminée pour les longues soirées d’hiver, et en face, tu as le bureau de mon père. Il s’en sert tout le temps, il travaille beaucoup depuis la maison, il est écrivain.
— Ah oui ? Ça explique tous les livres qu’il y a dans la bibliothèque derrière son bureau. Il écrit quoi comme genre de livre ?
— Des romans, type polar.
Mattéo referme la porte du bureau de son père et continue la visite.
— Là, la porte sur la droite, ce sont les toilettes.
— Ah parfait, tu m’accordes une petite pause dans la visite ?
— Oui, vas-y.
Je fais vite, je ne veux pas retarder la visite et que mon agent immobilier improvisé s’impatiente.
— C’est bon, parfait. On peut continuer, j’ai hâte de voir le reste.
— Bah, comme tu peux le constater, en face de toi c’est la cuisine. Simple, basique.
En vrai, on ne cuisine pas beaucoup avec mon père.
— Tu ne m’avais pas dit que ton père avait refait sa vie ?
— Si, mais ils ne vivent pas ensemble. Chacun son chez-soi.
Entre les toilettes et la cuisine, je remarque un escalier en colimaçon.
— Un dernier escalier pour arriver à l’espace nuit et à la salle de bain.
— J’avoue qu’après le programme de ce début de matinée, une bonne douche
serait la bienvenue.
Tout en gardant ma main dans la sienne, nous montons tranquillement l’escalier. Sur le palier, plusieurs portes alignées, chacune menant à une chambre. Quatre au total, mais une seule vraiment habitée. Au bout du couloir, la dernière porte : la salle de bain, blanche, humide, intime.
Mattéo m’y entraîne, referme la porte derrière nous et tourne la clé. Le son du verrou résonne doucement, comme une promesse. Je le sens se glisser derrière moi, ses bras m’enveloppant avec force et douceur à la fois. Son souffle chaud se pose sur ma nuque, et un frisson parcourt mon dos.
— Et maintenant… murmure-t-il. Une petite douche… toi et moi, si tu acceptes.
Je souris, encore un peu rouge de nos gestes précédents, un sourire qui trahit tout ce que j’imagine déjà. Ses bras restent autour de moi, solides et rassurants, et je me sens à la fois protégée et irrésistiblement attirée. Je me retourne pour lui faire face, en me dégageant de son étreinte. Il me regarde avec ce mélange de tendresse et de malice dans les yeux, et mon cœur s’emballe à nouveau.
— Volontiers. Et… je vais avoir besoin d’un guide pour comprendre comment
fonctionne cette douche.
— Tu es sûre ? murmure-t-il, sa voix douce mais attentive.
Je hoche la tête, un sourire timide sur les lèvres. Je sens encore la chaleur de ses bras autour de moi, et c’est rassurant.
— Dans ce cas, dit-il en se rapprochant, il va falloir retirer tout ça.
Ses doigts glissent sur ma peau avec une assurance tendre. Il me déshabille plus vite que la première fois, mais sans brutalité : juste cette impatience douce, contenue, qui fait vibrer l’air. Il dépose un baiser sur ma clavicule, puis entrelace ses doigts aux miens pour m’inviter sous l’eau.
— La température te convient ?
— Elle est parfaite… comme toi.
Je me hisse contre lui, le corps encore froid par contraste avec la chaleur de la douche. Mes lèvres trouvent les siennes : le premier baiser est lent, profond, puis il s’enflamme, devient plus affamé.
L’eau coule sur nous, mais nos baisers sont plus brûlants encore.
Les caresses de Mattéo parcourent ma peau comme une vague chaude. Il la découvre, la goûte, la retient sous ses mains.
— J’adore ta peau, souffle-t-il contre ma mâchoire. Elle m’appelle… Et je compte bien explorer chaque centimètre de toi. Tu es magnifique.
— Et toi… tu es exactement le genre d’homme que je ne peux pas regarder sans le toucher.
Je caresse ses épaules, la force tranquille de ses bras, la tension douce de ses pectoraux. Il descend les mains le long de mon dos, s’attarde, remonte, redescend. Sa lenteur est une caresse en soi.
Puis, dans un geste sûr, il attrape mes cuisses, les soulève, et je m’enroule autour de lui. Mon dos touche le carrelage tiède, mes mains s’agrippent à sa nuque. Mon souffle s’accélère.
C’est une première pour moi, cette manière de nous perdre l’un contre l’autre sous la douche. Une première qui me fait vibrer.
L’eau glisse, ruisselle entre nos corps collés, amplifie chaque sensation. Le moment devient plus intense, plus profond, presque suspendu.
— Tu n’es jamais rassasié… murmuré-je contre sa bouche.
— Pas quand c’est toi. Mais si tu veux qu’on arrête, tu me le dis.
— Ne t’arrête surtout pas…
Ses mouvements deviennent plus enveloppants, plus précis. Nos respirations se mêlent, nos fronts se touchent. Le reste disparaît : il n’y a plus que lui, l’eau, la chaleur, nos souffles qui se cherchent. Le désir monte en moi à chaque geste qu’il fait, à chaque mouvement précis et attentif. Mon corps réagit avant même que mon esprit ait le temps de réfléchir. À cet instant, je brûle d’excitation, un mélange de nervosité et d’envie que je n’ai jamais ressenti auparavant.
Il me regarde, et je lis dans ses yeux la même impatience douce, la même attention délicate. Son sourire, sa proximité, le contact léger de ses mains — tout cela m’enveloppe d’une chaleur agréable et réconfortante. Je me sens vivante, connectée à lui, comme si rien d’autre n’existait autour de nous.
Chaque geste qu’il fait est une invitation silencieuse, chaque souffle partagé renforce ce lien fragile et puissant à la fois. Je me sens à la fois vulnérable et protégée, complètement absorbée par le moment, consciente de chaque frisson qui parcourt mon corps.
Quand enfin l’intensité s’apaise, la douche retrouve son joli bruit régulier. On se lave doucement, encore un peu tremblants. Puis on se sèche, on se rhabille, chacun avec ce sourire complice que seuls certains instants peuvent laisser sur un visage.
On descend à la cuisine pour prendre un petit déjeuner très tardif, à cette heure on est plus proche d’un gouter. Arrivée sur place, je ne peux pas m’empêcher de passer mes bras autour de lui et de poser ma tête contre son dos. J’aimerais rester collée à lui tout le temps.
— Alors, dis-moi, tu as envie de quoi ?
— Je te répondrais bien « toi », mais après ces deux séances de sport, je vais être raisonnable. Tu as quoi à me proposer ?
— Thé, café…
— Tu as de quoi faire un chocolat chaud ?
— Oui bien sûr, c’est ce que je prends aussi.
— Alors va pour un chocolat chaud, avec une tartine et un fruit ou un jus de fruit, peu importe. Je m’adapte.
— Eh bien c’est parti : chocolat chaud, tartine pain-beurre-confiture et un verre de jus de fruit. Dis donc, on a les mêmes goûts à ce que je vois.
— On dirait bien.
— Tu veux le prendre ici ou dans le salon ?
— Ici, ce sera très bien.
Dès qu’on a terminé, on range tout derrière nous pour ne laisser aucune trace et on redescend à la dépendance pour se préparer. Mattéo propose que je l’accompagne à son entraînement du dimanche après-midi.
— Un entraînement de natation ?
— Non, pas de natation. Le dimanche, je fais du kayak-polo.
— Du quoi ?
— Du kayak-polo. C’est un sport collectif où deux équipes de cinq joueurs s’affrontent, chacun dans un kayak, sur un plan d’eau rectangulaire, pendant deux mi-temps de dix minutes. L’équipe gagnante est celle qui inscrit le plus de buts.
— Ah ça a l’air cool ! Je n’en ai jamais entendu parler. Je veux bien t’accompagner, je suis curieuse de découvrir ça. Et puis en même temps, ça me permettra de te voir en pleine action.
— Ok, bah c’est parti, parce qu’on est déjà un peu à la bourre. Ah, et au fait, je joue dans la même équipe que mon frère. Donc tu vas le rencontrer.
— Alors finalement, aujourd’hui je serai quand même présentée à un membre de ta famille. Quel week-end !
Mattéo regroupe ses affaires dans un sac et on file vers la voiture pour se rendre au plan d’eau. Une fois arrivés, il m’entraîne au bord de l’eau où il retrouve son frère.
— Salut Pascal.
— Eh frérot, c’est à cette heure-ci que tu arrives ?
— Désolé, on a mis un peu de temps à décoller de la maison.
— On ? Tu es venu avec papa ?
— Non.
C’est la première fois que Mattéo présente l’une de ses petites amies à sa famille. Il se décale pour que Pascal me voie enfin. Je suis un peu impressionnée moi aussi : c’est un grand pas.
— Pascal, je te présente Magalie, ma petite amie.
— Oh ! Enchanté, Magalie, « la petite amie ». Je comprends mieux pourquoi il est
en retard. Eh les gars ! Mattéo est venu nous présenter sa petite copine !
— Oh là, mais il va pleuvoir aujourd’hui ! crient-ils tous ensemble.
— Je vous présente donc Magalie ! L’excuse officielle de Mattéo pour son retard !
lance Pascal aux autres, déjà dans l’eau.
— Bonjour, mademoiselle, ravie de vous rencontrer. Bon Mattéo, tu pourrais
arrêter de jouer les Don Juan, aller te changer et ramener ton joli petit cul ici, qu’on puisse commencer et montrer à cette jeune femme comment on va te noyer, plaisante Yannick depuis son kayak.
Mattéo se tourne vers moi, me prend dans ses bras, m’embrasse tendrement, puis se retire dans les vestiaires, me laissant soudain seule au bord de l’eau.
Un peu plus loin, Pascal a rejoint les autres qui discutent déjà. Ils sont trop loin pour que j’entende, mais je me doute du sujet.
— Wahou, eh bien, dit donc, il s’embête pas le p’tit ! lâche Yannick.
— Oui, j’avoue que mon petit frère a bon goût. Elle est aussi mignonne qu’il me l’avait dit.
— Quoi, tu étais déjà au courant et tu nous as rien dit ?
— Alors, je n’étais pas au courant que c’était officiel. Il m’a parlé d’elle aux vacances de Noël. Il hésitait à se lancer. Il avait peur qu’elle soit trop jeune, mais je lui ai dit d’y aller. Ensuite, il m’a dit deux ou trois fois qu’ils allaient manger ensemble, mais j’en savais pas plus.
— Alors il est passé directement de l’officialisation à la présentation… Il perd pas de temps, le p’tit ! Ah, le voilà ! Allez Don Juan, saute à l’eau, ça te rafraîchira les idées !
Maintenant que Mattéo est de retour, je m’approche et je m’assois au bord de l’eau pour admirer l’entraînement.
Le soir, en rentrant chez moi, je suis lessivée mais heureuse. Je monte directement dans ma chambre. Je ferme la porte et m’allonge sur mon lit. Je regarde autour de moi : le papier peint bleu-vert avec des motifs violets et roses, un style un peu street art.
Ce papier peint était déjà là quand on a emménagé, il y a six ans. Jusqu’ici, je m’y étais habituée. Mais aujourd’hui, après ce week-end chargé en émotions, je ne sais pas pourquoi, j’ai besoin de tout changer. Comme si cette chambre n’était plus en adéquation avec celle que je suis devenue maintenant que Mattéo et moi sommes officiellement ensemble.
Sur un coup de tête, je redescends voir mes parents, assis devant la télé, en train de regarder Le Maillon Faible.
— Coucou, ça s’est bien passé, votre week-end ?
— Plutôt tranquille. Papa est allé à son match de foot ce matin, et moi à mon club de lecture.
— Ah cool. Dites, j’avais quelque chose à vous demander.
— Vas-y, dis-nous, répond ma mère en levant les yeux.
— Vous seriez d’accord pour que je refasse la décoration de ma chambre ? Je m’occupe de tout : je retire le papier peint et je peins moi-même. J’aurai juste besoin de votre aide pour aller acheter ce qu’il faut.
— Oui, si tu veux. C’est vrai que tu n’y as pas touché depuis qu’on a emménagé, donc si tu veux changer, vas-y. Après tout, c’est ta chambre. Tu as déjà des idées ?
— Non, pas trop. C’est juste que quand je suis montée et que je me suis posée sur mon lit, en regardant les murs, j’ai eu envie de tout changer.
— Pas de souci, réfléchis-y et dès que tu es sûre, tu nous dis. On ira acheter ce qu’il faut.
Avec l’accord de mes parents, je remonte dans ma chambre et je commence à imaginer comment la refaire : la rendre plus cosy, plus jeune femme et moins adolescente.
Je pense que le fait d’avoir vu où vivait Mattéo m’a fait comprendre que je ne me vois pas du tout le ramener ici, dans cette chambre actuelle : j’aurais l’air d’une gamine à ses yeux.
Il est donc grand temps de tout changer.
Nouvelle chambre, pour une nouvelle vie.

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