chapitre 16: Les oraux s'enchainent.

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C’est le jour du premier oral, celui pour l’école de puériculture. Je me rends à Paris même et je prends seule, pour la première fois de ma vie, le métro, avec l’objectif principal de ne pas me perdre.
Une fois arrivée sur place, je me rends au lieu inscrit sur ma convocation. Je repère le chemin jusqu’à la salle dans laquelle je vais devoir passer mon épreuve. Ça y est, je l’ai trouvée. Je jette un coup d’œil à ma montre et à ma convocation : il me reste encore un peu plus d’une heure avant que ce soit à mon tour de passer. Je préfère donc ressortir de l’école, histoire de profiter encore un peu du grand air.

Arrivée dehors, je m’aperçois que de l’autre côté du trottoir il y a un immense parc avec des arbres, des aires de jeux et même un petit parc zoologique. Je traverse la route pour m’y rendre. Je me pose sur la pelouse, sors de quoi écouter de la musique et m’allonge sur l’herbe. Le but ? Décompresser. C’est bon, le stress d’arriver en retard peut disparaître. Avec les transports en commun parisiens, il vaut mieux toujours prévoir un peu large. Comme c’est la première fois que je viens à Paris toute seule, j’avais un peu peur de me tromper de rame de métro ou de ne pas la prendre dans le bon sens. Mais finalement, je suis arrivée sans encombre à destination. Pour le reste, pas besoin de stresser, je sais déjà ce qui m’attend : j’en ai passé sept comme ça l’année précédente.

Après un petit temps au calme, je me redresse et regarde de nouveau ma montre. Il reste vingt minutes avant que ça commence. Je regroupe mes affaires et repars en direction de l’école et de la salle d’examen.

C’est à mon tour. La porte s’ouvre et un membre du jury m’appelle.

— Mademoiselle DUPUY ?

— Oui, c’est moi.

— Venez avec moi, c’est à vous.

Je rentre dans la salle et aperçois le bureau derrière lequel se trouvent deux membres du jury. Ils sont rejoints par la jeune femme qui est venue me chercher dans le couloir.

— Bonjour Mademoiselle, je vais prendre votre convocation et votre carte

d’identité, et pendant que je fais les vérifications, je vous laisse piocher un sujet dans le pot qui se trouve devant nous.

Ils me font tirer un petit papier ; dessus se trouve le sujet que je vais devoir traiter, un peu comme un oral de bac. J’en prends un, le déplie et le lis à haute voix.

— « La lecture des jeunes : si l’on en croit les enseignants, les enfants liraient de

moins en moins et remplaceraient la lecture par l’image. Êtes-vous de cet avis ? »

— Nous vous laissons aller vous installer sur une table au fond. Vous avez vingt

minutes. Ensuite, vous reviendrez vers nous pour nous exposer votre réponse. S’ensuivra un petit entretien de questions-réponses. Bon courage, à tout à l’heure.

— Merci.

Je pars m’installer dans le fond de la salle pour plancher dessus.

Pendant ce temps, la candidate précédente, installée sur la chaise qui fait face au jury, leur rappelle le sujet sur lequel elle est tombée. Je prends un temps pour écouter l’intitulé : « L’enfance maltraitée : actuellement, on parle beaucoup d’enfance maltraitée, abusée et exploitée sexuellement. Après avoir présenté les différentes formes d’abus, de maltraitance et d’exploitation d’enfants, vous présenterez les causes de ces phénomènes, les lieux, ainsi que les moyens d’action que vous connaissez et ceux que vous suggérez. »
Quand j’entends ça, ma petite voix intérieure s’en mêle : « Oh dis donc, on a eu chaud, heureusement qu’il n’était pas pour nous celui-là ! » Elle a raison : j’ai bien fait de ne pas tomber sur ce sujet. J’aurais été bien incapable de garder une distance professionnelle entre le sujet et mon histoire personnelle, et surtout de le traiter de manière impartiale.

C’est déjà à moi, le jury me rappelle. Je cesse d’écrire sur mes feuilles de brouillon, réunis mes affaires et vais m’installer à la place même où, il y a moins de cinq minutes, la précédente candidate était en train de pleurer de stress parce qu’elle n’était pas capable de répondre aux questions du jury.

Je me lance, je fais l’analyse de mon sujet en m’aidant bien entendu de ce que j’ai écrit sur mes brouillons.

— Mon sujet était le suivant : « La lecture des jeunes : si l’on en croit les

enseignants, les enfants liraient de moins en moins et remplaceraient la lecture par l’image. Êtes-vous de cet avis ? » C’est une question complexe et intéressante. Il est vrai que de nombreux enseignants soulignent que les jeunes enfants passent de moins en moins de temps à lire et que des formats visuels comme la télévision, les jeux vidéo et ou les réseaux sociaux prennent de plus en plus de place. D’un côté, on pourrait dire que les nouvelles générations sont plus exposées à une forme de culture visuelle. Cela peut certes diminuer le temps consacré à la lecture de livres mais il ne faut pas négliger la manière dont ses nouveaux formats peuvent stimuler l’imagination et l’intellect à leur manière. D’un autre côté, la lecture de livres semble être moins en vogue. Les distractions numériques offrent une gratification instantanée et la concentration nécessaire pour lire un livre long ou complexe devient plus difficile pour beaucoup. Certains adolescents trouvent cela moins intéressant que de regarder un film. Beaucoup continuent à lire mais de manière plus diversifiée, en ligne sous forme de blog par exemple. La lecture n’a pas disparue elle évolue. Personnellement je pense que ce n’est pas forcément un remplacement pure et dure mais plutôt une transformation des modes de consommation . A la place des romans, les jeunes enfants préfèrent les bandes dessinées mais cela reste une forme d’engagement avec une narration.

Après une dizaine de minutes, le jury enchaîne.

— Pourquoi choisir le métier d’auxiliaire de puériculture ?

— Parce que depuis toute petite, j’ai toujours aimé être auprès des enfants…

— Vos qualités et vos défauts ?

— Je suis organisée, travailleuse, persévérante…

— Avantages et inconvénients de cette profession ?

— Les avantages : être auprès des enfants… Les inconvénients : peu d’évolution, les horaires, le salaire…

— Différence entre auxiliaire de puériculture et infirmière puéricultrice ?

— L’auxiliaire s’occupe du bébé au quotidien… L’infirmière pratique les soins techniques…

Je poursuis ainsi. Au vu de la tournure de l’entretien, je sens que, comme l’année dernière, je n’obtiendrai sûrement pas de place dans cette formation.

Je sors, reprends le métro, puis le train. Je décide de faire un détour par chez Mattéo : j’ai besoin de réconfort. Quand il me voit débarquer, le visage fermé, il me serre aussitôt contre lui.

— Oula, ça s’est passé si mal que ça ?

— Je crois que même si j’avais tout donné, vu mon CV, je n’ai aucune chance.

— Allez ma chérie, ne baisse pas les bras. Et au pire, il en reste deux autres. J’ai confiance en toi.

Le week-end suivant, mon oncle et ma tante m’accompagnent pour mon second oral. Il a lieu dans un département proche, dans un quartier où je ne me sens pas vraiment en sécurité. Ça me rassure qu’ils soient là. J’ai travaillé mon sujet, fait des fiches que je lis et relis. Je suis plus stressée que pour le précédent : pour celui-ci, impossible de connaître le déroulé à l’avance. Et l’inconnu m’angoisse. Vous commencez à me connaître : j’aime tout prévoir pour éviter d’être prise au dépourvu.

En réalité, si mon oncle et ma tante m’accompagnent, c’est aussi parce qu’après, nous devons aller fêter l’anniversaire d’une autre tante. Mes parents travaillent : la banque de mon père est ouverte le samedi, et ma mère, hôtesse de l’air, a décollé tôt ce matin pour Miami.

Nous arrivons devant l’école. Je descends, entre, me présente. On m’indique la salle. Comme d’habitude, je pioche un sujet :
« Quelle actualité sociale récente vous a particulièrement marquée ? Pourquoi ? »

Dix minutes de préparation, puis cinq pour défendre. Ensuite viennent les questions sur la formation, les motivations, l’état psychologique. Je récite ce que j’ai appris, mais mes réponses ne les convainquent pas : pas assez personnel, selon eux. Comment pourrais-je y mettre du vécu alors que tout ce que je retiens à l’intérieur menace de déborder ?

L’entretien se termine. Je les salue et sors. Je repère la Golf jaune poussin, monte, m’attache.

— Alors, comment ça s’est passé ?

— Je ne sais pas… Je ne suis pas sûre de moi…

— Tu veux conduire ?

— Non merci. Je suis crevée. Je crois que je vais dormir.

Je me retiens de pleurer. Sur la route, je finis par m’endormir. Le trajet paraît plus court.

Le week-end me permet de me ressourcer : marcher seule en pleine campagne, entourée de vaches, de chats, de champs. Parfois les aboiements des chiens me tirent de mes pensées. Je pense à mes oraux, à mes nageuses, à mon ballet, à la synchro. Puis à Jack, à l’enfer qu’il me fait vivre. À mon envie de partir à la fin de l’année, de fuir, peut-être égoïstement, mais nécessairement. Effacer tout ça pour profiter du reste.

Pour calmer l’angoisse, je pense à Mattéo. Il me manque. On passe tellement de temps ensemble depuis que j’ai quitté la fac que j’ai perdu l’habitude d’être loin de lui. Depuis qu’on est ensemble, on a rarement passé un week-end séparés. Même en compétition de kayak-polo, je l’accompagne… On prend le bus avec le reste de l’équipe et les kayaks sont accrochés sur une remorque à l’arrière. On dort même à l’hôtel. Certains matins, le reste de l’équipe se permet de nous taquiner un peu, c’est une ambiance très bon enfant.

— Dit donc les jeunes, si madame doit venir et nous accompagner il serait peut-être

bon de vous calmer un peu. Vous savez que le sexe avant les compétitions c’est interdit. Ça fatigue l’organisme et ça déconcentre. Du coup, ensuite sur le terrain, don juan est fatigué et il joue comme un pied.

— Et dit donc les gars , si vous êtes jaloux faut emmener vos femmes. On est

jeunes, on profite. Et puis je suis désolé mais avec une bombe comme ça dans mon lit j’ai du mal à résister.

— Ouai bon, mais le but principal de se taper toute cette route pour venir en compétition c’est quand même de gagner. Alors frérot , tu as intérêt à t’activer autant sur le terrain qu’hier avec la miss.

Après cette parenthèse, une fois reposée, vient le dernier oral : celui de l’école d’infirmière, l’IFSI. Quelques candidats attendent.

— Bonjour Mademoiselle, bienvenue. Je vous laisse tirer un sujet et nous le lire.

— Bonjour. Merci. Le sujet est : « La chirurgie esthétique : chirurgie du corps ou de l’esprit ? Définissez chaque terme et argumentez. »

Je prépare, puis on m’appelle. Je m’installe et commence :

— La chirurgie esthétique est-ce une chirurgie du corps ou de l'esprit ? C’est un

sujet très intéressant, pour commencer la définition de la chirurgie esthétique. C’est une branche de la chirurgie plastique qui a pour but d’améliorer ou de modifier l’apparence physique d’une personne souvent pour des raison médicales.

La chirurgie du corps c’est toutes interventions qui agit sur le physique du corps, pour réparer, reconstruire ou modifier. Ça inclus chirurgie réparatrice et chirurgie esthétique.

La chirurgie de l’esprit c’est un terme plus symbolique que réel. Elle fait référence plus à un impact psychologique qu’une opération peut apporter. Pour des transformations de l’image de soi, de l’estime personnelle. Ou du bien être psychologique.

Une chirurgie esthétique peut donc être envisager sous ses deux angles. Exemple : une personne qui a recourt à la chirurgie esthétique pour ce faire refaire le nez. C’est une chirurgie du corps si le problème est dû à un accident mais ça peut aussi devenir une chirurgie de l’esprit si à la suite de cette accident le ou la patiente ne supporte plus son reflet dans le miroir à cause de son nez.

Autre exemple , une chirurgie mammaire peut être une chirurgie du corps dans le cadre d’une diminution en cas de poitrine trop volumineuse qui peut entrainer des maux de dos. Mais même dans le cas d’une diminution mammaire il peut aussi s’agir d’une chirurgie de l’esprit parce que la patiente ne se sent pas bien à l’intérieur d’elle-même. Parce qu’avec une très grosse poitrine, les hommes l’embête plus , la dévisage, elle n’est pas bien dans sa peau.

En conclusion , je peux dire que la chirurgie esthétique est d’abord une chirurgie du corps car elle lui apporte des modifications mais elle est aussi fortement lié à l’esprit car elle touche l’image de soi. On peut donc dire qu’elle est la frontière entre le corps et l’esprit.

Puis les questions habituelles :

— Pourquoi pas médecine ?
— Que signifie pour vous “aider” ?
— Où vous voyez-vous dans cinq ans ?
— Une spécialité envisagée ?

En sortant, je me sens plus confiante. Peut-être que cette fois, ce sera la bonne.

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