chapitre 19: Bienvenue à l'IFSI.

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Aujourd’hui, c’est mon premier jour de formation. Pour m’y rendre, je dois prendre le train. Avec tous les trajets de l’année dernière pour aller à la fac, on peut dire que je commence à connaître la routine… et bizarrement, ça me rassure. Cette fois, un seul train, un trajet plus court : un petit luxe.

Mes écouteurs dans les oreilles, le front collé à la vitre froide, je laisse défiler les paysages. La musique se mêle à mes pensées. Je pense à cette nouvelle vie qui s’ouvre devant moi.
Et je pense à Mattéo……Toujours lui.
Il me manque un peu plus chaque jour, comme une douce douleur qui s’installe au creux de la poitrine. Cette semaine de vacances passée ensemble… c’était la plus belle de ma vie. Peut-être parce que c’était la première fois que je partais vraiment seule avec l’homme que j’aime. Oui… que j’aime. Je n’ai toujours pas réussi à lui dire. J’ai peur qu’en prononçant ces mots, il recule, qu’il s’échappe.
Et pourtant… il est devenu essentiel. Vital.

À la gare, tout le monde court dans tous les sens, ça parle fort, ça s’agite. Après quelques secondes à chercher, j’aperçois enfin le bus qui doit m’emmener jusqu’au campus. Déjà presque plein. Peut-être que, parmi ces visages, se trouvent ceux avec qui je passerai les trois prochaines années.

Le campus est immense.
À droite, le bâtiment administratif, propre, imposant.
À gauche, un bâtiment tout neuf, verre et béton, qui reflète le soleil : notre terrain de jeu pour les prochaines années, avec les salles de cours, de TP, la bibliothèque, et toutes les promotions d’étudiants infirmiers.

On nous regroupe sur la pelouse. Les regards se croisent. On s’évalue.
Une nouvelle page de vie s’écrit, là, sous un soleil un peu trop fort qui me chauffe le crâne.

La directrice apparaît, en tailleur clair, élégante, imposante sans en faire trop. Son discours est solennel mais chaleureux. Je sens mon cœur accélérer : ça y est, je suis vraiment là. Et je veux réussir.

— Chers étudiants, chers membres de l’équipe pédagogique c’est avec une grande joie

que je vous souhaite la bienvenue, ici, à l’ifsi pour cette première rentrée officielle dans cet établissement. Bienvenue à la promotion 2001-2004. Aujourd’hui marque le début d’une aventure humaine, professionnelle mais aussi l’ouverture d’un lieu dédié à la transmission, à l’exigence et à la bienveillance. Vous êtes les premiers étudiants de cette nouvelle promotion. Le métier d’infirmier , vous le savez déjà tous, n’est pas un métier comme les autres, c’est une vocation. Un engagement de chaque instant. Vous avez décidé de prendre soins des autres, de les écouter, accompagner et soulager avec humanité et compétence. Votre formation ici ne sera pas toujours simple , elle vous demandera de la rigueur , beaucoup de travail et de ponctualité. Notre institut s’inscrit dans une ambition de former des futurs professionnels de santé compétents, responsables et éthiques. N’oubliez jamais pourquoi vous êtes là. Sur ceux , je vous laisse suivre votre équipe pédagogique qui va vous présenter le fonctionnement de l’institut et votre programme pour cette première année de formation.

Une fois son discours terminé, on nous guide vers notre salle. Quatre-vingt-cinq.
Autant dire : beaucoup trop de monde pour retenir tous les prénoms.

Très vite, des affinités se dessinent. Je sympathise naturellement avec trois filles : Coline, en couple elle aussi ; Tatiana et Marie, encore célibataires. Nos âges se ressemblent, nos rires aussi. On s’installe ensemble, comme si c’était évident.

La matinée est dense. Pas le temps de souffler.

Le midi, on descend au réfectoire. On dévore en vitesse, mais la bonne humeur est là.

On parle des premiers stages.

— Alors les filles cette matinée ? Demande Marie.

— Condensée. L’intervenant était cool mais il allait super vite. Nous répond Tatiana.

— C’est clair, en même temps la directrice nous avait prévenue, il va falloir bosser dure. Intervient Coline.

— Et au faite, vous avez vu, ils ont affiché les affectations pour les premiers stages.

— Ah oui moi je vais en maison de retraite à plus de trois quart d’heures de chez moi. Je vais être bonne pour me lever super tôt. Leur dis-je.

— Moi je suis en service de rééducation, répond Coline.

— Moi je vais en psychiatrie. Nous annonce Tatiana. Et toi Marie ?

— Moi je suis en pneumologie à l’hôpital.

— C’est super varié dans notre groupe.

— Oui c’est sûr, on va pouvoir comparer et se préparer les unes les autres aux différents secteurs que l’on aura fait.

On râle un peu.
On plaisante beaucoup.
J’aime déjà cette ambiance.

Le soir, sur le trajet du retour, je retrouve souvent mon père devant la gare. Une habitude qui, étrangement, me réconforte.

Un mois passe. Un mois intense, exigeant, épuisant parfois.

Chaque soir, c’est la même discipline : je rentre, je monte dans ma chambre, je m’installe à mon bureau et je retape mes cours du jour. J’imprime, je surligne, je relis.
C’est un travail colossal.

C’est pour ça que je ne vois Mattéo que le week-end. Et lui non plus n’a pas une minute.
Alors on s’écrit. Beaucoup.

Coucou beauté, comment ça s’est passé ta journée ?


Très chargée, mais on a bien rigolé avec les filles à midi.
Et toi, ça va ? Tu arrives à suivre ?


C’est compliqué mais je m’accroche. Tu m’aideras un peu à réviser ce week-end ?


Avec plaisir… mais tu me manques tellement que je compte aussi profiter de toi.


Moi aussi, j’ai envie de profiter de toi. Depuis la rentrée, je réalise à quel point tu comptes pour moi.
Tu me manques dès que tu n’es plus là.


Ces derniers mots me font sourire comme une idiote devant mon écran.
Je rougis presque.

Oh… quelle belle déclaration !

Nos week-ends deviennent sacrés.
Quand je suis avec lui, j’ai l’impression de vivre chez lui, de respirer mieux, de redevenir complète.

Les premiers stages approchent. À la blanchisserie de l’hôpital, on vient récupérer nos tenues. On essaye, on rigole, on peste. Les tenues sont… affreuses. Et larges. Beaucoup trop larges pour moi.

— Béatrice, j’ai un problème…

— Oui ?

— Je perds le pantalon quand je marche.

— Prends une taille un.

— C’est ce que j’ai…

— Ah. Essaye celui-ci alors. C’est une taille zéro.

Une taille zéro. Je n’ai jamais mis ça. Je grimace en l’enfilant : il flotte un peu moins. Ce sera ceinture obligatoire.

Béatrice me regarde, l’air soucieux. Elle ne dit rien. Mais je sens qu’elle se questionne.
Sur moi….Sur mon poids…..Sur ce que je ne montre pas.

Le soir, comme toujours, j’appelle Mattéo avant de dormir. Sa voix… c’est mon apaisement.

— Salut mon amour.

— Salut ma chérie. Ça a été ta journée ?

— Oui. Et justement, je voulais t’en parler…

— Je t’écoute.

— On est allés récupérer nos blouses de stage.

— Ah ! Alors… c’est vrai ou pas, l’histoire de l’infirmière nue sous sa blouse ?

— Absolument pas ! C’est un mythe débile. Les tenues sont moches comme des pyjamas. Et tellement transparentes qu’on a plutôt intérêt à mettre des sous-vêtements !

— Eh bien ça me rassure… J’avais pas envie d’imaginer ma copine se balader les fesses à l’air dans tout l’hôpital.

Sa voix, taquine, grave, chaude, me fait sourire dans le noir de ma chambre.
Il a ce talent : en deux phrases, il me détend, me réchauffe, me fait me sentir aimée… même si aucun de nous n’a encore osé dire « je t’aime ».

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