Un de perdu, Trente de retrouvés ? 1/2

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— PUTAIN MALTEZ! Tu es vivant !

Je lui saute au cou sans réfléchir. Un être humain non infecté. Une tête connue. Le tireur, seule vraie menace du groupe est le grand dadet. Un type insupportable mais loyal et de confiance. Je lui saute au cou de joie comme une enfant devant un paquet de bonbons. J'entends un murmure provenant du blessé.

— Je vais finir par être jaloux, petit cœur.

— BLAISEEEEEE. THIBAUT. PROFESSEUR. ALEX. Je suis tellement contente de vous voir.

Je couvre les garçons de bisous. J'enlace mes amis qui me serrent dans leurs bras. Le professeur me fait un immense sourire. Ses épaules retombent de soulagement. Je suis bien une esclavagiste, mais une gentille esclavagiste. Tous les cinq sont clairement heureux de me voir. J'aperçois quelques visages que je reconnais comme provenant du lycée. Je dois avoir l'air d'une folle avec mes cheveux couverts de feuilles et ma mitraillette au poing. Peu importe. Ils savent que je ne suis pas saine d'esprit, mais que je ne représente pas un danger pour eux, bien au contraire une lueur d'espoir de survie et laissent la pression descendre.

Mélia m'a entendu hurler de joie. Elle sort sans respecter les consignes de sécurité. De toute façon, moi aussi, je les ai oubliées avec les garçons. Elle embrasse Maltez, Blaise, Alex et Thibaut. Elle serre la main du professeur. Ma jumelle est en pleurs. Elle craque complétement. Malgré sa blessure, Blaise la soulève de terre et la porte dans ses bras pour un câlin de réconfort, le temps que les larmes se calment. Lui aussi pleure doucement. Monsieur Noguerra, Thibaut et Alex ont les yeux humides et se retiennent.

Je partage la joie de ma sœur, mais tout comme Maltez, je ne fais pas davantage de démonstration affective. Vingt-huit survivants, avec dix têtes connues, dont cinq amies. C'est quasi miraculeux. Happy fait la fête à tout le monde, même ceux que l'on ne connaît pas. Killer les sniffe tous et remue la queue pour m'indiquer ne pas sentir d'odeurs suspectes. Il ne semble pas inquiet, ce qui me tranquillise. Il revient près de moi, en attente des instructions et autorise même Blaise à lui faire une grattouille sur la tête.

— On fait quoi, Még ? Eux, j'ai confiance, mais il y a les autres mecs... Demande timidement Mélia.

Le professeur nous rassure aussitôt. Il se porte garant ainsi que nos quatre amis pour les autres. Ils sont tous pacifiques et ne veulent que survivre. Monsieur Noguerra m'indique qu'ils feront ce qu'on veut pour peu qu'on les emmène à un lieu sûr pour la nuit. Thibaut me taquine en disant que de toute manière, il est déjà mon esclave depuis le lycée. Maltez et Alex se marrent. Blaise ne peut pas répondre, étouffé sous les bisous de Mélia. Cependant, il lève le pouce pour approuver la situation. Tous les cinq ont clairement baissé leur garde en nous voyant Mélia et moi. Ce qui n'est pas mon cas. Nous devons évaluer les risques.

Je repose mes questions et cette fois, ils se livrent tous bien mieux, maintenant qu'ils ont vu nos têtes et que nous avons la confiance du tiers d'entre eux. La tension est clairement descendue de plusieurs crans pendant les câlins. Nos potes sont remplis de joie et n'ont plus aucune méfiance. Même Maltez parle librement et sans dissimuler des informations. Nos cinq amis me jurent que mis à part Blaise, aucun d'entre eux n'est blessé ou ne présente de comportements suspects. Tous sont des civils en quête de sécurité. Maltez est le seul à savoir tirer et à posséder une arme à feu que je reconnais comme étant celle que je lui ai confié en partant. Il est le meilleur en combat au corps-à-corps et c'est lui qui entraîne les autres. Ils sont donc tous d'un niveau inférieur à lui. Nos cinq amis se reportent de nouveau garant pour les autres et confirment le statut de leader de Maltez et du Professeur. Le danger est donc assez faible, vu qu'ils sont désarmés, affamés et de faible niveau en combat. Entre nos armes et notre formation, plus deux clébards fidèles dont un est aussi sadique et revanchard que moi, ma jumelle et moi devrions pouvoir gérer.

Je demande à Mélia d'inspecter soigneusement la blessure de Blaise. C'est elle qui décide pour les questions médicales. Elle doit me dire précisément le risque que notre ami ait été contaminé. Il est maintenant la plus grande menace du groupe. Établir le danger que représente notre basketteur préféré est essentiel pour prendre une bonne décision. Les larmes aux bords des yeux, ma sœur fait s'asseoir notre ami et déchire davantage son pantalon. La blessure est sur le milieu du mollet. Les traces ressemblent à des griffes grossières, celles laissées par un morceau de bois et non par un animal. En plus, nous n'avons aucune raison de douter des paroles de Blaise et des quatre autres.

La plaie est superficielle et propre. La brûlure semble plus que suffisante à vue d'œil. Il y a peu de chances d'infection. Mon double me dit qu'il va lui falloir tout de même des soins quotidiens. Le problème, c'est que Blaise est très faible en raison du manque de nourriture et de sommeil. Si on le laisse dans la ville sans les soins adéquats, il risque de mourir de septicémie. Mélia a le nécessaire au village pour s'occuper de la plaie et le remettre d'aplomb correctement. Cependant, même si on est fortes, Blaise reste un sacré gaillard lourd à porter et si l'une de nous s'absente pour nourrir les autres en ville, l'autre aura du mal à porter notre pote si besoin...

Je comprends ce qu'elle veut d'un regard. Même ceux qui ne connaissent pas notre duo, ont compris la demande à peine dissimulée sous ses yeux de biche. Je lui fais un signe de tête pour accepter sa supplique. Je réfléchis sur la meilleure solution. Les hommes sont faibles et affamés. Ils n'ont aucune arme. Ici, à Town, nous devrons leur amener nourriture et soins. Ils pourraient être attaqués par un sale rat qui passe, ou s’ils sont contaminés, ils pourraient réinfecter cette ville quasi-saine. Ils sont peu nombreux donc facile à contenir dans un espace clos. Au mas, nous pourrons les surveiller, les protéger les soigner avec un risque très limité grâce à l'infirmerie prison parfaitement conçue pour ce genre de situation. Un risque bien plus limité que de les laisser ici à Town.

Je prends à part ma jumelle qui a suivi le même raisonnement que moi. Nous discutons à peine quelques secondes pour nous mettre d'accord sur les détails. L'option la plus facile à gérer dans notre charge quotidienne de boulot est de pouvoir rester chez nous et de ne modifier que peu notre organisation. L'option qui offre le plus de chance de survie à tous et surtout à Blaise, est de les emmener au village fortifié. L'option la plus sûre pour limiter les risques de recontamination est de faire prisonniers la bande dans notre prison et de les surveiller étroitement. On pourra les observer, isoler et neutraliser ceux qui présenteraient des symptômes grâce à nos cellules. En plus, on pourra mieux connaître les inconnus et les mettre au pas en leur montrant qui dirige. Je n'aurais aucun complexe à les assommer et à les reconduire à Georgia s'ils sont menaçants pour Mélia, mes amis ou le mas.

Je me tourne alors vers le groupe. Je leur explique que je n'ai pas menti et que nous avons bien à proximité un bastion lourdement armé et parfaitement sécurisé contre les infectés de tout type. Nous acceptons d'emmener les garçons là-bas sous conditions. Ils auront une pièce chaude, des soins et de la nourriture. Seulement, ils seront séparés par groupe de six, enfermés et sous le contrôle d'une arme pendant quinze jours minimums. Mélia adoucit mon ton militaire et leur indique que c'est le temps nécessaire qui permet de vérifier s'ils sont infectés de façon certaine. Plusieurs gars dont le professeur confirment avoir lu le manuel et savent donc que nous ne mentons pas et que ce temps est indispensable pour la sécurité de tous.

Je reprends la parole pour faire ma méchante. Ils doivent avoir conscience de ce que je fais pour protéger mon village et ses habitants. D'une voix ferme et en regardant Blaise d'un regard triste mais déterminé, je les informe que si l'un d'eux présente des symptômes, il sera isolé puis abattu dès confirmation, y compris Blaise. Si jamais l'un d'eux est contaminé dans le futur, je ferai la même chose. Mélia et moi sommes les chefs et nous devons être obéi sans discussion. Durant leur captivité, et même après, ils seront tenus de participer aux tâches quotidiennes d'entretien et d'amélioration du lieu de vie et des alentours. Je n'accepte pas les fainéants et les profiteurs. Toutefois, le travail est adapté en fonction des capacités et aussi quand c'est possible, des préférences de chacun. Si cela ne leur convient pas, ils seront expulsés de notre lieu de vie et reconduits à Georgia. Tous acceptent sans broncher. Ils n'ont pas vraiment de meilleure option nous dit Monsieur Noguerra. En plus, ce que nous demandons est très raisonnable.

Afin de remonter le moral des gars, j'ai même droit à un discours de Maltez qui affirme avoir toute confiance en moi et Mélia. Il parle de nous deux comme de ses petites sœurs de cœur, les amies de confiance qu'il voulait rejoindre. Celles qui savent survivre et qui auront un lieu sûr. Le grand dadet nous obéira les yeux fermés pour tout ce qui a trait à rester vivants ou de se battre contre des monstres ou des soldats. Il énonce des propos élogieux sur nous deux, mais aussi sur Parrain et Papinou qui nous ont élevées. Il insiste sur le fait que sans toutes les choses qu'on lui a apprises, et aussi l'arme que je lui aie confiée, le groupe n'aurait jamais pu survivre aussi longtemps. D'ailleurs, la majorité des morts a été contaminée ou attaquée en ne respectant pas une consigne du manuel. Maltez ordonne à ses camarades de nous obéir sans discuter. Je hausse un sourcil de satisfaction après autant de compliments. Mon double est parti lui faire un câlin dès les premiers mots. Elle est clairement en manque d'affection.

— Maltez, prends mon arme et suis Mélia à la pharmacie. KILLER. Protection Mélia. Professeur, vous allez vous mettre au volant et conduire le pick-up sur le pont pour que j'inspecte le dessous. Thibaut et Alex, vous allez là-bas, la petite épicerie. C'est un abri sécurisé. Il n'y aura pas d'infectés. La clé de la grille est à gauche, on voit le rond. Vous y trouverez des couvertures et de l'eau en bouteilles. Rapportez plusieurs packs de 1.5 L et un maximum de couvertures. Blaise... Tu restes là et tu m'informes en criant si un de ton groupe essaye de bouger. Le chien va t'aider. HAPPY. Cercle.

Je tends le petit pistolet de ma poche arrière au grand dadet puis il emboîte le pas de ma jumelle sans un mot. Killer les suit de près et reste à la jambe de Mélia. Le danger est faible ici, cependant, je reste prudente. Les deux garçons vont dans la bonne direction et mon enseignant est déjà en train de manœuvrer. Je fais une caresse sur les cheveux de Blaise et indique à Happy de lui obéir quelques minutes. Je cours vers le garage où m'attend déjà Monsieur Noguerra.

Grâce à la machine qui soulève le véhicule, je peux inspecter le dessous en toute sécurité. Je retire quelques branches et morceaux de bidoche restants avec des gants. La mécanique est propre. Mes déchets sont dans un seau que je brûle dehors. Mélia est déjà revenue. Elle donne un anti-douleur et quelques vitamines à Blaise. Je souris en voyant les bonbons à la menthe qu'elle distribue innocemment en prétextant que ce sont aussi des vitamines. Monsieur Noguerra et Maltez sourient eux aussi. Ils ont dû lire le nouveau manuel et savent donc pourquoi elle fait cela. Ils la laissent faire en blaguant juste sur la mauvaise haleine des gars.

Alex se rapproche avec quatre packs d'eau et quelques couvertures autour du cou. Thibaut referme le local et arrive avec le reste des tissus chauds et d'eau. Sur mes ordres, ils posent tout à l'arrière et donnent une bouteille à chacun. Je récupère les deux gamelles dans la cabine et donne un peu à boire à mes chiens. Le blondinet prend deux pastilles de menthe en me faisant un clin d'œil. Thibaut a lu aussi le manuel. Les garçons vident leurs bouteilles avec mon autorisation. Ils sont assoiffés. Nous jetons les bouteilles vides dans mon seau en flammes. Le plastique qui brûle, ça pue et ça fait une fumée très noire. Je préfère brûler de la bidoche d'infectés.

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