Un de perdus. Trente de retrouvés 2/2

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— OK. Ici, c'est sûr. Aucun danger n'est dans la zone, dis t'elle d’une voix douce et calme. Les remparts sont infranchissables. Vous pouvez descendre. Voici du savon. Il y a ici trois tuyaux d'arrosage en fonctionnement. Désolée, l'eau est froide mais potable. Vous pouvez la boire si vous avez encore soif une fois que vous serez propres. Il va falloir vous déshabiller intégralement et vous laver de fond en comble. Vous laissez vos fringues souillées et les couvertures ici en tas. Je les nettoierai demain. On va vous apporter des serviettes et des fringues saines dans quelques minutes.

— Professeur, Thibaut, Alex, voilà une torche. Vous inspecterez vos amis pour détecter chaque égratignure. En cas de doute, chalumeau. Maltez, une fois inspecté, tu te prépares à tirer à la moindre rébellion. Aucune hésitation. Il en va de la survie de tous. Une fois propre, vous irez dans les chambres par groupe de six. KILLER HAPPY. Cercle. Blaise, tu as de la chance. Vu que tu es le plus mignon et sous le prétexte de ta blessure, tu as droit à une douche chaude avec deux jeunes filles en sous-vêtements. On va te porter à l'intérieur.

Je me glisse sous le bras gauche de Blaise, côté blessure. Mélia de l'autre côté. J'ai repris mes armes sauf mon petit pistolet. Je vois Maltez qui le tend à Thibaut et qui commence à se déshabiller. Il est sacrément maigre et présente de nombreux bleus sur le torse. Nous rentrons dans la bâtisse. Je dépose Blaise sur une chaise dans la salle de bains. Mélia va l'aider à retirer ses vêtements. Je me lave les mains et les approches au plus près possible de la plaque chauffante pour les désinfecter. Je choppe des sacs de fringues masculines, des gants de toilette et des serviettes que je place dans une caisse.

Je retourne vers l'aire de nettoyage. Aucun des garçons n'est parti. Les vêtements et les couvertures sont en tas dans un coin. Ils sont en caleçon malgré la fraîcheur de la nuit et ont débuté la vérification corporelle. Tous présentent des os saillants et des signes de malnutrition. Ils ont aussi de nombreuses contusions. Maltez a récupéré l'arme et les autres se font examiner attentivement par le professeur, Thibaut et Alex. Pour l'instant, ils semblent accepter mes directives sans broncher. Les deux clébards sont assis et les regardent tranquillement. Je laisse la caisse au sol, sur le chemin d'accès à l'infirmerie. Je saisis les gants de toilette et les donne au professeur en même temps que les consignes d'hygiène. Je lui dis qu'il va falloir regarder sous le caleçon aussi une fois que je serais partie.

Pour le nettoyage, c'est assez simple en fait. Il suffit de se laver à l'eau pour enlever le plus gros des saletés, de savonner efficacement toute la surface du corps avec un gant, en insistant sur les zones poilues intimes et les cheveux, puis de rincer abondamment sans hésiter à recommencer. Je leur explique qu'ils font éliminer toute trace de poussière ou de cochonneries. Une fois récuré de fond en comble, chacun se sèche avec une serviette puis la laisse en tas, prend des fringues pour se rhabiller plus loin. Je leur indique où se trouve l'infirmerie et leur dit de s'y rendre une fois bien propre sans rien prendre d'autre que les vêtements sains. Le chemin est pavé, il ne leur fera pas mal aux pieds.

Maltez est en train de profiter de ma présence pour débuter sa douche et son shampoing. L'eau qui coule est sale, il est couvert de terre. Je l'entends pousser des soupirs de satisfaction. La barbe couverte de savon, il m'explique, tout en se frottant énergiquement, ne pas avoir pu se laver correctement depuis un mois. Sa peau sale le tiraille et il savoure clairement ce moment de rafraîchissement. Pour un maniaque de l'hygiène comme lui, c'est une torture mentale. Thibaut qui l'imite rapidement, me raconte comment les gars se vérifient régulièrement mutuellement les cheveux et la barbe pour éliminer les poux, les tiques et autres bestioles. Ils coupent l'excès de pilosité avec un vieux ciseau élimé, ce qui explique leurs looks de sauvageons.

J'explique aux gars que Mélia et moi allons nettoyer et panser Blaise puis nous le conduirons dans la chambre Une. Chaque chambre accueillera cinq à six garçons. Je confirme au groupe que les chambres sont également des cellules, qui permettront à Mélia et moi de s'assurer de la non-contamination sans danger. Je suis très directive et directe, non-disponible à la négociation. J'explique les choses pour qu'ils comprennent ce que j'attends d'eux et pourquoi, mais je ne les autorise pas à proposer d'autres solutions. Je les entends râler en ayant confirmation qu'ils seront enfermés durant quinze jours. Certains avaient espoir d'avoir mal compris quand j'ai dit cellule. L'eau fraîche n'est pas non plus très agréable. Maltez les fait vite taire en leur rappelant que les deux filles viennent tout juste de leur sauver la vie. En plus, l'eau n'est pas glacée mais fraîche et le savon fait un bien fou. Après ces mois sans douche, retirer la crasse est un vrai plaisir. Il menace de son arme ceux qui ne suivront pas mes conditions. Il recadre ses troupes avec fermeté. Maltez, Thibaut, Alex et le professeur m'assurent que les autres m'obéiront. De toute manière, ils n'ont pas le choix. C'est moi qui ai la mitraillette.

Je retourne à l'intérieur et verrouille la porte d'entrée. J'allume les caméras de surveillance de l'infirmerie. Killer surveille les garçons. Happy montrera le chemin de l'infirmerie aux garçons et conduira son troupeau. Direction salle de bains. Je me mets en sous-vêtements. Mélia y est déjà. Elle a enlevé les chaussures et le haut de Blaise, mais il a du mal à se mettre debout. Je les aide. Nous expliquons à Blaise ce que nous faisons au fur et à mesure et nous excusons pour son intimité. Heureusement, c'est Blaise. Donc cela se passe bien. Il est compréhensif et nous fait confiance.

Nous lavons Blaise en boxer. Quand il est récuré de fond en comble sauf la zone de l'entrejambe, Mélia sort. Elle va se rhabiller et laver nos fringues sales. J'aide Blaise à enlever son boxer et à se laver en lui permettant de poser une main sur mes épaules. Je lui tourne le dos au maximum pour préserver sa pudeur. C'est en rougissant que je vérifie rapidement l'absence de blessures sur la zone critique à découvert et l'aide à passer un nouveau caleçon. C'est tout de même le premier mec que je vois nu et de super près en plus. Malgré les circonstances qui ne se prêtent pas au vagabondage mental, je suis troublée. En plus, Blaise est super bien foutu. Il se moque gentiment de moi, ce qui ne m'aide absolument pas à rester concentrée sur ma tâche.

Mélia revient pour m'aider à le rhabiller. Maintenant que la plaie est propre et nettoyée des traces noires de brûlure, elle contrôle la blessure et pose un pansement calmant et cicatrisant à l'odeur de lavande. C'est à mon tour de me changer en moins d'une minute. Je vérifie les caméras. Les garçons sont tous dans les chambres et assez calmes. Ils discutent, inconscients des caméras ou des micros. Enfin, au vu des grimaces qu'ils me font par moments, je pense que le blondinet et le grand dadet ont repéré le dispositif de surveillance. Killer trottine et contrôle les chambres. Happy est en train de se faire câliner par Thibaut dans le couloir. En soutenant Blaise, nous le conduisons à la chambre Une où Maltez nous attend. Blaise s'écroule sur le lit. Il est épuisé. Je lui caresse les cheveux avec douceur. Je lui dis d'attendre encore un peu avant de s'endormir. Mélia ferme les portes des chambres. Maltez me rend mon pistolet et le sien vide. Nous promettons aux garçons de leur amener à manger d'ici une demi-heure.

Chose promise, chose due. Mélia s'attelle à la préparation d'une quinzaine de grosses omelettes avec notre production d'œufs. Je fais cuire des pâtes, rissoler des lardons et de l'oignon et concocte une sauce riche en saveur et en gras. Nous revenons à l'infirmerie avec les bras chargés de cinq grosses casseroles de pâtes carbonaras et d'un tas d'omelettes. Mélia rajoute un grand nombre de fruits. Heureusement qu'on a deux grands chariots d'acier spécial restauration et un terrain plat qui permet de se déplacer facilement avec les petites roues. Plusieurs gars somnolent déjà. Ils sont épuisés physiquement et nerveusement. Notre repaire est le premier endroit sûr qu'ils ont depuis plus d'un an.

Nous sommes accueillis par des cris de joie. L'odeur et surtout le bruit des camarades qui s'agitent réveillent les quelques-uns qui s'endormaient. Ils sont tous affamés. Leur maigreur est visible par leurs habits qui flottent et laissent par instant entrevoir leur corps. Mélia se permet de déverrouiller et de rentrer dans la chambre Une. Blaise, Damien, Thibaut, son père et Alex. Nous avons confiance en eux et puis j'ai mon arme. Ils nous aident à nourrir leur groupe. Nous servons les garçons chambre par chambre, une grosse assiette de pâtes et une omelette chacun. Bien qu'ils s'agitent à la pensée de la bouffe, ce qui est normal d'après leur récit, ils restent calmes et obéissants. Ils se placent au fond des chambres et attendent que leur pote soit ressorti avant d'aller manger. Je ferme la grille entre chaque chambre. Durant la nuit, ils pourront refermer la porte intérieure pour le bruit s'ils le souhaitent.

Mélia reste avec Blaise et lui donne la becquée. Je les entends discuter et rire. Je n'ai pas du tout peur de la laisser seule avec lui. Il ne présente aucun symptôme d'infection pour l'instant et se montre toujours aussi gentil et amical. J'entends mon ami raconter des situations rigolotes d'avant la guerre. Il est question d'un concours de connaissances sur la culture manga qu'affectionne ma sœur chérie. Elle est heureuse de parler avec quelqu'un de bien moins ronchon que moi et de sujets différents. Lui est content d'avoir retrouvé une présence féminine qui le place en situation de grand frère complice et protecteur. Je les laisse tranquillement faire retomber la pression des derniers mois en se moquant parfois de Maltez, Thibaut et Alex. De moi aussi. Peu importe. Le rire de la sœur me fait un bien fou.

Le grand dadet fait parfois un doigt d'honneur à son pote ou émet des contestations sur le récit de son meilleur ami. Il se chamaille avec les gars qui ne lui apportent aucun soutien. Thibaut et Alex profitent de leurs allers-retours pour faire des bisous à Mélia ou moi. Thibaut reste avec moi pour manger et récupère les assiettes vides. Nous avons été généreuses en bouffe. Il y a des restes que je distribue équitablement entre chacune des chambres. Maltez donne aussi quelques fruits au cas où ils ont faim dans la nuit. Les gars sont pleins. Leurs ventres n'ont plus l'habitude d'autant manger. Le ravitaillement est fini.

Je m'assure que chacun a couvertures, oreillers et un verre pour boire si besoin. J'explique brièvement le fonctionnement des robinets et objets électroniques des cellules. Je leur montre le bouton d'appel si quelque chose ne va pas et aussi la présence d'une lumière puissante pour aveugler leurs colocataires si l'un d'eux venait à les attaquer. Je promets qu'ils auront une nourriture correcte tous les jours, ce qui fait pousser des soupirs de soulagement à tous. Nous n'avons pas assez de lits pour tous et certains devront dormir sur des matelas gonflables. Ils sont si fatigués que cela ne les dérange pas le moins du monde, tant qu'ils peuvent dormir sur leurs deux oreilles, ce que je leur promets. Le seul danger provient de leurs colocataires temporaires qui pour l'instant ne présentent aucun signe d'infection. Nous enfermons les garçons pour la nuit.

— Maltez, Alex, Thibaut, Blaise, Professeur... Je m'excuse de vous avoir sauté au cou tout à l'heure. Ça fait six mois qu'on n'a vu personne de non infecté avec Mélia, c'était dur mentalement. Quand j'ai vu un humain, une tête connue, je... Enfin voilà. Désolée.

Je regarde le sol en jouant avec mes pieds. J'ai honte de mettre laisser aller, d'avoir perdu le contrôle. J'ai pris le risque de me faire désarmer, de me faire contaminer s'ils m'avaient mordu. Pire, j'ai laissé Mélia prendre les mêmes risques. Je sens deux bras musclés me broyer. Des lèvres embrasser mes cheveux. Je suis soulevé de terre de plusieurs centimètres. Une force de la nature même affamée est en train de me porter pour une cajolerie.

— Pas de souci pour le câlin. J'étais content de te voir vivante moi aussi. En revanche, s'il te plaît. C'est l'apocalypse. Ne m'appelle plus Maltez. Mon prénom, c'est Damien.

Je rigole, la tête blottie dans son cou. Mélia part dans un fou rire en entendant le ton épuisé et désespéré de Maltez. C'est plus fort que moi. Je n'utilise que très peu son prénom. C'est sorti tout seul. Thibaut et le professeur me serrent contre eux aussi. Bien qu'il ne soit pas du genre tactile, Alex vient me câliner quelques minutes dans ses bras avant d'aller dans sa chambre dormir. Mélia et moi couvrons Blaise de bisous. En bonne infirmière, ma sœur lui regonfle les coussins, borde ses couvertures jusqu'au menton, s'assure que sa bouteille d'eau personnelle est à portée de main.

— Mal...Damiennnnn ? OK, c'est l'apocalypse. Mais je peux continuer à te casser les pieds, juste un peu. S'il te plaît...

Un grand éclat de rire me répond. Je crois que ça veut dire oui. Je pense qu'il est devenu fou ou bien qu'il est maso. Il semble heureux à l'idée que je recommence notre guérilla puérile. Peut-être que cela lui donnera un semblant de retour à la normalité. La pression de la position de leader doit lui peser. Un peu de légèreté lui fera du bien. En plus, il pourra se délester d'une partie de ses responsabilités sur moi et réciproquement. Après un dernier bisou à Blaise, nous les laissons tranquilles pour qu'ils puissent dormir. Ils ont tous des cernes énormes et ont beaucoup maigri. D'ailleurs, certains se sont déjà assoupis pendant que nous finissions de discuter avec nos amis.

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