Danse de la paix 1/2

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Grâce aux indications très précises de Lilou, je suis en quelques minutes devant la bâtisse avec ma tenue de dinosaure enflammé. Je suis surprise de l'aisance avec laquelle j'ai réussi à m'asseoir et à conduire malgré les armatures métalliques. Il n'y a que la ceinture de sécurité que je n'ai pas pu boucler. J'ai vachement bien conçu les tenues ! J'ai même réussi à placer une arme au niveau de la main, me permettant de tirer si besoin, tout en étant quasi-invisible de l'extérieur. Je me dirige vers l'entrée comme si je rentrais de mission. Ce pot de colle de Killer me suit en se cachant derrière des véhicules ou derrière des objets, en mode chasseur avec sa proie. Avec du culot, une telle entrée, ça peut fonctionner si jamais le guetteur ne s'y connaît pas en Pokémon, ou s’il n'y a pas de guetteur tout simplement. Après tout, il ne reste que Sarah comme experte sur le site, puisque Lilou et Fleur sont prisonnières des bras de Blaise.

Alors que je m'avance tranquillement, un bruit et du mouvement me font m'arrêter. Une femme d'une quarantaine d'années sort de la maison et me menace avec un fusil. Elle est agressive et nerveuse. Signe qu'elle a peur. Elle parle haut et fort pour qu'on l'entende à l'intérieur. Quelqu'un doit assurer ses arrières et est en train de me jauger.

— Tu n'es pas des nôtres, me crie t'elle, m'indiquant ainsi la présence de Sarah dans la tanière.

— BONJOUR SARAH ! TU VAS BIEN MA BEAUTÉ ? KILLER couché. Bonjour Madame. Oui et non en fait. Vous, il est vrai que je ne vous connais pas. En revanche, je suis une amie de longue date de Lilou et Fleur. Ce sont elles qui m'ont indiqué votre planque sans la moindre torture ainsi que la présence de la petite souris. Je suis au regret de vous informer qu'elles ont plus confiance en moi qu'en vous. Je viens ramener Sarah auprès de moi, à l'abri, dans mon château-fort moderne. Les deux messieurs ainsi que les trois fashion-victim feront partie du voyage aussi, même si pour ces demoiselles, je n'hésiterais pas à utiliser la manière forte en dérobant leurs sacs Gucci pour les forcer à me suivre. Je comprends votre méfiance. J'ai eu moi aussi affaire à des groupes belliqueux qu'il a fallu éliminer. Je ne suis pas ce genre de crapules. Je viens en paix pour vous proposer un abri sécurisé, loin de cette ville dangereuse. Si vous voulez une preuve de mes dires, demandez à Sarah si elle connaît la tenue. Dites-lui que c'est la moitié civilisée qui est à l'intérieur. Ma timide amie vous rassurera sur mes intentions pacifiques. Voici, si vous me le permettez, une petite preuve que seule la douce et tendre Sarah pourra comprendre. Killer. J'ai dit couché, espèce de patate puante. Pas bouger, andouille. PETITE SOURIS ! ACCEPTE MA DÉDICACE PLEINE D'AMOUR.

Je lance un bisou dans l'air et me dirige vers mon véhicule. La femme est hésitante. Mes propos sont étranges toutefois, j'ai donné les prénoms de trois des filles et des informations sur d'autres habitants de cette demeure. Elle ne sait pas si je suis une menace ou une bénédiction et s'inquiète pour les filles qui sont dehors, sûrement sous mon contrôle. Elle n'ose pas se retourner et ignore qui est ce Killer à qui je parle. Son hésitation me montre que ce n'est pas elle qui dirige le groupe. Je la surveille du coin de l'œil et m'assure qu'elle reste tranquille. Le bruit à l'intérieur s'amplifie et des chuchotis se font entendre. Mon public s'installe. Je fais patienter tout ce monde pour accroître mon petit effet. Une star se fait toujours désirer. En plus, Killer est juste à côté de la porte, prêt à bondir.

Je choisis un morceau spécial sur ma playlist spéciale apocalypse et lance ma chanson avec le volume à fond sur la radio de ma voiture. La chanson préférée de la craintive petite souris. Thriller de Mickaël Jackson. Parfaitement de circonstance en plus. Nous avons fait des chorégraphies endiablées toutes les deux sur ce son. Je connais par cœur chaque mouvement et ce n'est pas cette tenue volumineuse qui m'empêchera de danser. Je me mets à bouger en suivant parfaitement chaque pas, chaque mimique. La femme me regarde en doutant de ma santé mentale. Je m'en fiche. Je m'éclate comme une gamine.

Mon numéro ne lui est pas destiné de toute manière. Je reconnais qu'il faut oser effectuer une chorégraphie sur ce morceau, en pleine guerre contre les créatures et déguisée en Pokémon. Je vois dans ses yeux les interrogations sur ma folie, ma bravoure ou ma possible infection. Elle ne sait pas que je maîtrise parfaitement la situation et que j'ai prévu ce numéro improbable sur le chemin. En plus, elle ignore que sous ma tenue de nounours, j'ai un pistolet pointé dans sa direction. Si elle bouge, je la neutralise en quelques secondes. Il y a de plus en plus de bruits dans la maison. Je suis observée. C'est ce que je souhaite. Soudain, j'entends un rire sonore aigu puis je vois une silhouette longiligne sortir en se tenant les côtes.

— PUTAIN la morveuse. Tu es vraiment aussi barge que ta frangine. Les autres sont en train de pisser de rire. Il n'y a qu'une cinglée de Farmer pour oser faire ce genre de conneries en se sachant dans le viseur de plusieurs armes. Une excellente technique de diversion d’ailleurs t'informe le lieutenant Mitchell. C'est quand que le commando ninja débarque ? Ils sont où les autres ? Qu'est-ce que tu danses bien par contre. Je ne sais pas comment tu fais avec cet accoutrement. Je le savais que tu serais vivante. Toi et ta sœur, vous êtes des charognes comme moi. Où se planque l'autre teigne ? C'est elle Killer ? Elle ne doit pas être pas loin avec son arme d'assaut pointé vers ma tête. D'ailleurs, si tu pouvais baisser la tienne, ça serait sympa même si ce n'est pas moi la cible.

Naya sort des larmes de rire aux yeux et aperçoit patapouf Killer qui la regarde tranquillement. Elle baisse le fusil de la femme avec sa main. Elle lui fait un signe pour dire que tout va bien. D'un seul regard et d'un grand sourire en ma direction, elle apaise l'énervement et les craintes de celle qui tient l'arme. Comme toujours, la reine des abeilles contrôle ses troupes avec fermeté. La femme obéit à l'ordre muet envoyé. Cool. C'est Naya le chef. Ça va me simplifier le boulot. Pas besoin de me présenter et de faire des formules de politesse et de diplomatie avec elle.

Je suis heureuse de la voir vivante et d'avoir confirmation que Mitchell est là lui aussi. Killer me regarde en attente des ordres. Je lui fais signe de rester tranquille, mais de renifler au cas où. Naya se dirige vers moi sans la moindre crainte. Même en cette période dangereuse, elle reste très belle, sans besoin de maquillage ou d'artifice. C'est incroyable de la voir si classe malgré la fatigue, la mauvaise nutrition et les habits abîmés. C'est un don chez elle que j'admire. La top-modèle me protégeant des tirs en provenance de la bastide et la femme ayant baissée son arme, j'en profite pour enlever mon déguisement. Je crève de chaud là-dessous à force de faire l'andouille. En plus, si Mitchell est présent, il empêchera les autres de me tirer dessus.

Naya me serre dans ses bras avec affection. Elle est vraiment heureuse de me voir. Elle porte un pistolet dans son dos, cependant, elle ne le sort pas, me faisant entièrement confiance. Elle me connaît assez bien pour savoir qu'elle n'aura pas le temps de tirer que je lui aurais déjà collé deux balles dans la tête si besoin. Elle me sent tendue et me chuchote une question pour savoir ce qui se passe. Faut que je sorte de ma posture de soldat sinon elle ne va pas comprendre. Déjà que je suis en treillis !

Je lui explique dans l'oreille la situation. Je dois savoir les intentions des personnes à l'intérieur et leur état de santé. Je ne veux pas prendre le moindre risque et pourtant, je tiens à ramener mes amis à l'abri. Naya me certifie que le groupe est bienveillant. Elle me confirme un total de dix-sept personnes saines, toutes féminines sauf un ado et les deux hommes que je connais. Son père et le lieutenant de Parrain. Trois filles capables de se battre. La femme. Laëtitia et Naya. Le groupe est juste très craintif à la suite de mauvaises rencontres. Ils ne sont pas du tout belliqueux. La reine des abeilles me demande de l'aide. Ils sont épuisés, affamés et les filles sont terrorisées, à bout de nerfs. Elle me demande droit dans les yeux si mon château de princesse est encore loin et si je viens bien pour les ramener en sécurité.

Naya me supplie presque de lui donner de bonnes nouvelles. Je la sens à bout de force, les nerfs à vif. Elle tremble d'émotion en me serrant et sa voix est chevrotante. Elle se retient de pleurer et de craquer. Elle me remercie d'avoir envoyé Mitchell pour les protéger. Elle porte le couteau à cran d'arrêt de Meg à la ceinture et me raconte avoir dû s'en servir, pour protéger ses copines. Elle n'a pas besoin de m'en dire plus. Son regard me fait comprendre qu'elle n'a pas envie d'y repenser. Elle a vécu des moments difficiles et a fait le nécessaire à sa survie et celle des siens, des choses terribles. Je connais le regard de ceux qui ont déjà tué. Je le vois dans ses yeux. Je pose ma main sur son épaule, pour lui dire que je comprends, que je suis fière d'elle. Se ressaisissant, Naya me demande où sont les autres filles. Elle s'étonne que je n’aie pas envoyé Lilou ou Fleur pour prévenir. Je lui explique brièvement que nos deux amies sont un peu plus loin, en pleine crise de nerf larmoyante dans les bras de Blaise et Damien. Je lui raconte mon exploration dans le centre commercial et ce qui s'y est passé. Elle se marre quand je lui dis avoir maîtrisé Laëtitia en quelques secondes. Je comprends qu'entre les deux nanas, l'entente n'est guère cordiale. Mon amie est fière que j'aie botté les fesses à la grande perche. Elle me fait entrer sans me retirer mon arme ou me fouiller. Elle sait que si je veux faire un massacre, je le fais sans problème. En plus, ma meilleure arme est poilue et équipée de crocs pointus.

Sarah vient me câliner aussitôt que je suis à l'intérieur. Elle me serre à m'étouffer et pleure abondamment. Je lui caresse le dos comme à une enfant. Un geste rassurant et réconfortant qui calme aussi la femme armée qui constate ma tendresse envers la petite souris qui refuse de me lâcher. Ses nerfs craquent comme ceux de Fleur et Lilou tout à l'heure. Mes gestes à son égard sont observés. Je la berce doucement pour faire cesser les pleurs. Je lui dis ce qu'elle a besoin d'entendre. Son frère est vivant, tout près. D'autres amis comme le professeur Noguerra, Thibaut, Alex et Damien sont avec moi. Je suis venue la chercher. Je viens la ramener dans les bras de Blaise. Elle est en sécurité. Je suis là. Je la protège maintenant. Le cauchemar est fini. Elle va pouvoir dormir, manger et se détendre enfin. Elle va pouvoir se blottir et frotter son nez contre le bras musclé fraternel. Sarah sanglote plus doucement.

Clarissa et Pétunia viennent elles aussi m'enlacer. Même si nous ne sommes pas les meilleures amies du monde, elles sont heureuses de voir enfin un visage connu et sécurisant. L'idée de retrouver quelques-uns des garçons et surtout l'accès à l'eau chaude les ravit. Elles sont maigres, encore plus qu'avant et leurs visages sont cernés. Elles manquent de sommeil et de vitamines. Me voir enlève un poids de leurs épaules. Je comprends qu'elles aussi ont vécu des moments pas cools. Lorsqu'on évoque les belliqueux qui ont voulu leur faire du mal, Pétunia mime dans le dos de Sarah un doigt qui rentre dans l'autre main pour me faire comprendre qu'elles ont eu affaire à des violeurs. Les yeux de Naya qui se baissent me font réaliser qu'elle a sans doute égorgé un des hommes pour protéger les filles.

Le père de Naya est présent et la main qu'il pose en soutien sur l'épaule de sa fille montre combien il est fier d'elle. Il me fait un grand sourire et m'avoue que lui, c'est l'évocation d'un refuge sécurisé et rempli de nourriture qui le fait pleurer. Me voir en vie et prête à le secourir lui arrache quelques larmes. Il a confiance en moi et le fait savoir aux deux femmes adultes de la maison avec des mots empreints de gentillesse et d'affection. Il me remercie de lui avoir donné un guide qui leur a permis de se sortir de bien des problèmes. Il me remercie aussi d'avoir envoyé un homme pour les protéger.

Le lieutenant Mitchell me fait un salut militaire et se place illico sous mon autorité. Lui aussi est heureux de me voir. L'idée de revenir à sa base lui arrache un sourire jusqu'aux oreilles. Ma bonne santé apparente les rassure tous. Il me fait un rapide compte rendu et je le félicite d'avoir tenu bon sur sa mission. Protéger mes amies. Leur apprendre à survivre et à se défendre. Les amener à un lieu sûr. Tuer ceux qui voudraient leur faire du mal. Je lui promets qu'il retrouvera son poste parmi les décisionnaires du village.

J'expose quelques données au groupe pour ceux qui ne me connaissent pas. Je peux être honnête, Naya et Mitchell m'ayant confirmé les bonnes intentions des trois inconnus. Refuge fiable et sécurisé avec nourriture. La présence de vingt-huit mecs non-menaçants avec dix connus par certaines d'entre elles, dont cinq étant de véritables gentlemen qui ne feront jamais de mal à une fille. Deux chiens, dont un complétement débile ici présent. Je garantis que les autres hommes sont tous dans le même genre et très respectueux. Les alentours de notre village sont quasiment propres et faiblement dangereux sur un très large périmètre. La nourriture en stock et en production est abondante et diversifiée. Les remparts sont sécurisés contre la plupart des dangers et un stock d'armes conséquent permet de se défendre contre un grand nombre de belliqueux. Quinze jours de quarantaine en prison obligatoires pour tout nouvel arrivant. N'importe qui sera tué si infecté ou dangereux pour le reste du groupe. Une participation aux tâches sans exception demandée à tous, une exclusion pour les fainéants. Une soumission totale à la dirigeante du refuge exigée. Moi.

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