Danse de la paix 2/2

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— Et Damien accepte ça sans broncher ? D'ailleurs, depuis quand tu l'appelles Damien ? Je croyais que c'était Maltez pour le duo des deux folles Farmer

Naya est jalouse. Cela s'entend trop bien. C'est marrant. Leur couple battait de l'aile quand nous nous sommes quittés et elle ne l'a pas vu depuis presque deux ans. Il est toujours à elle. La reine des abeilles ne supporte pas l'idée qu'une autre donzelle tourne autour de SON mec. Je ricane. J'espère qu'elle ne s'attend pas à des balbutiements ou quoi que ce soit de soumission de ma part. Je prends une voix suave et susurre à l'oreille de la demoiselle contrariée.

— Il n'a pas le choix. C'est moi qui ai le fusil et les codes d'entrée. Je suis une vraie dictatrice avec lui en plus. Je l'appelle Damien depuis que je lui ai sauté au cou en le voyant en vie. Je l'ai vu en boxer ton mec. Et Meg l'a vu à poil. Mais avant que tu ne me fasses une crise Miss Pimbêche, sache que je n'avais pas vu d'humains sains sauf Choupette depuis six mois, que je venais de sauver le cul de son groupe de mecs et que j'ai embrassé bien plus fort Alex, Thibaut et Blaise. Si cela ne te plaît pas et ben je n’en ai rien à cirer. En plus, Blaise est mille fois plus canon, Thibaut mille fois plus gentil et Alex mille fois moins grincheux.

C'est au tour de Naya de rire en me traitant de garce. Elle sait que je ne suis pas aussi gentille qu'il n'y parait. Nous nous apprécions pourtant énormément. Nous avons de nombreux points communs, dont un amour de la mode et des chevaux. Sa jalousie est amoindrie par ma provocation. Si je lui cherche des poux, c'est que je n'ai rien à me reprocher. Ce petit rappel de mon caractère est aussi un de mes principes. Ne jamais s'approcher du mec ou de l'ex d'une copine. Je rigole en pensant que le grand dadet a embrassé Meg il y a peu. Je ne manquerais pas de lui rappeler à cette andouille, histoire de le mettre mal à l'aise et de venger un peu ma sœur par procuration. Ça m'étonne d'ailleurs qu'elle ne lui ait pas collé une beigne. De toute façon, si elle était là, elle ne se serait pas gênée pour casser les pieds à Damien.

Naya confirme à tous avoir totalement confiance en six des trente personnes de mon groupe. J'informe les derniers hésitants que huit des filles ont déjà suivi Damien et Blaise à la demande de Lilou et Fleur. Bon, je mens un peu à propos de Laëtitia qui n'a pas vraiment eu le choix. Sarah, Naya, son père, Clarissa et Pétunia ainsi que le lieutenant déclarent immédiatement me rejoindre et acceptent toutes les conditions sans la moindre négociation. Je ne leur dis pas que Meg n'est plus là. Il sera bien temps plus tard. La femme, sa sœur et son fils de treize ans qui était caché acceptent de nous suivre en voyant la confiance totale des autres. Ils rassemblent leurs affaires et celles des filles rapidement. Ils n'ont pas grand-chose. Mon véhicule est vite rempli des dix-sept sacs à dos. Le lieutenant leur fait transporter le strict nécessaire. Peu de vêtements, quelques pansements, de la nourriture de longue conservation et des munitions en quantité.

Je suis heureuse qu'il n'ait pas failli à sa mission. Mes amies sont sauves. J'ai envie de pleurer de joie. Il les a protégées et les emmenés en lieu sûr dès la diffusion de l'attaque dans un pays voisin. Il a veillé sur elles comme je l'aurais fait. Il les a formées au combat et à la survie. Elles ont survécu grâce à lui et d'autres filles ont été sauvées. Je lui redis combien je suis fière de lui et combien je lui suis reconnaissante. Il me serre la main et me présente ses condoléances, ayant compris sans un mot que Richard n'est plus. Je soupire de soulagement. Je ne suis plus le seul soldat maintenant.

Tandis qu'elle regroupe ses fringues et surtout la nourriture et le peu de matériel épars, Naya me donne quelques informations sur les membres du groupe que je ne connais pas. Elle m'apprend que la femme est médecin. Cool, c'est donc une survivante qui nous sera très utile. Sa sœur, la mère du garçonnet n'a pas de grandes connaissances, toutefois, elle est très travailleuse et d'un caractère facile à vivre. Laëtitia est une fille de militaire tout comme moi. Elle sait se défendre et tirer à peu près correctement, cependant, elle a un caractère épouvantable, pire que celui de Meg et n'a pas notre niveau. Naya me dit que malgré leurs différents, Laëtitia est quelqu'un de loyal et de fiable. Il faudra juste la mettre au pas. Le fait que la moitié du groupe et surtout le lieutenant me jure fidélité et obéissance devrait aider à calmer la grincheuse d'après Naya. Laëtitia a confiance en Mitchell, ce qui devrait m'aider à la calmer. Il y a deux enfants adorables et le reste sont des adolescentes plutôt gentilles et obéissantes.

Ils montent tous à l'arrière de ma camionnette sauf Naya et la femme médecin qui savent tirer. Elles sont devant, à côté de moi pour surveiller les environs avec Killer. Mitchell sécurise l'accès arrière avec ses armes et quelques munitions que je lui confie. Ayant confiance en lui, je lui demande de surveiller les discussions entre la sœur du médecin et le gamin. Je ne les connais pas et ignore s'ils me font vraiment confiance ou non. Il veut aussi observer Pétunia qui est griffée au bras. De toute façon, le trajet sera court. C'est juste le temps de rejoindre les autres plus vite. Le risque est faible, en plein jour. Je les trimballe rapidement. Il ne me faut que cinq minutes pour être à la sortie de la ville. Les garçons sont déjà présents, bien que le rendez-vous soit dans une heure. C'est très bien. Je n'ai pas envie de traîner trop longtemps. Je suis nerveuse quand je suis en zone noire.

Au point de rendez-vous, Sarah saute au cou de Blaise avant que je n'éteigne le moteur. Les deux pleurent et se câlinent. En sanglots, Blaise me dit merci. J'ai tenu ma promesse de retrouver sa sœur. Il essaye de faire des mots et un grand discours. Toutefois, je l'arrête d'un doigt sur la bouche. Je sais ce qu'il ressent. Je n'ai pas besoin de remerciements. Les voir tous les deux enlacés suffit à me rendre heureuse et à me faire diminuer la peine des derniers jours. La petite souris ne touche pas le sol, les jambes autour de la taille de son géant de frère en position de bébé koala. Elle lui dit combien il lui a manqué, qu'elle a pensé à lui tous les jours et qu'elle a bien suivi les ordres du lieutenant censé la protéger comme Blaise lui avait demandé. Son discours est décousu et plein de larmes. Je crois que Blaise s'en fout royalement. Il la serre si fort que je crains qu'il lui brise un os.

Naya s'agrippe aux lèvres de Damien. Elle est clairement en manque. Je me moque de lui en disant que du coup, il sera en quarantaine lui aussi, puisque la bactérie se transmet par salive. Je lui envoie une pique sur le fait d'embrasser n'importe qui, qu'il est le seul à comprendre. Il me tire la langue comme un gamin, ce qui surprend Naya, ses copines et les Kawaïs. Blaise lève un sourcil interrogateur et regarde son pote pour avoir des comptes. Chouchou est vraiment malin. Je rigole et vais chuchoter à l'oreille de Blaise mon petit secret. Il sourit et me dit que le grand dadet a de la chance d'être encore vivant. Si Meg avait été de mauvaise humeur ce jour-là, il ne serait plus de ce monde. Je valide en levant le pouce. C'est tellement ça !

J'explique rapidement aux deux gars de mon groupe qui sont les filles et les deux hommes adultes. Il est important pour moi de montrer mon affection pour eux. J'en rajoute un peu sur les qualités du lieutenant, pour le remercier à ma manière d'avoir protégé mes copines coûte que coûte. Ainsi, Laëtitia et les autres peuvent réentendre notre profonde amitié et confiance. Joignons l'utile à l'agréable. J'adore faire des compliments sincères aux gens et des démonstrations d'affections dégoulinantes. Ça me ressemble plus que ce fichu treillis. Le père de Naya et le militaire affirment à celles qui ne nous connaissent pas que les guides qui leur ont permis de survivre jusque-là viennent de moi et de ma sœur, du refuge dont ils leur ont parlé au début de la guerre. Ils semblent estimés et écoutés pour leur savoir. Leurs discours, empreints de respect, rassurent les jeunes filles.

Blaise prend le temps d'expliquer notre refuge et son fonctionnement à nos futures recrues. Il est naturellement rassurant. Il me taquine sur mon côté militaire et cheftaine qui est apparu depuis peu. Je me chamaille avec lui avec beaucoup d'amour. Ce côté a toujours existé. Mes amis ne le connaissent juste pas. Je ne le montre que très peu, n'aimant ni me battre ni les conflits. Je préfère faire des câlins. Notre complicité et celle que j'ai avec Damien et les deux autres gars facilitent les échanges. Lilou et Fleur se sont blotties dans mes bras. Sarah dans ceux de Blaise. Naya dans ceux de Damien. Le père de Naya, Pétunia et Clarissa rient des blagues de Blaise et des grimaces de Damien ou les miennes. Nous expliquons tous en détail pour que les nouveaux acceptent de venir de leur plein gré. De toute façon, s'ils refusent, j'embarque mes amis et j'abandonne les autres ici. Je ne le dis pas à haute voix, cependant, ma tête doit le dire d'elle-même puisque Naya me dit de sourire discrètement.

À la demande de Lilou, je fais rapidement une démonstration de mes capacités en combat en me battant avec Mitchell. L'idée est de leur montrer que je suis la plus forte et aussi que si j'avais de mauvaises intentions, elles seraient déjà mortes depuis belle lurette. Je l'envoie dans le décor en quelques minutes. Il faut dire qu'il ne se défend pas vraiment non plus, voulant confirmer mes talents en combat aux yeux de toutes. Ses réflexes sont encore très bons. Il est surtout en manque de nourriture et donc bien plus faible que moi.

Damien se moque du nombre d'armes que je dissimule. Entre couteaux et pistolets, j'ai au moins sept armes en permanence quand je suis en déplacement. Je prévois toujours de quoi me défendre, planqué à des endroits stratégiques. J'ai même une fine lame qui me sert de pique à chignon et suffisamment longue pour atteindre le cœur. Mitchell rigole et confirme la dangerosité de l'éducation Farmer. Il n'imagine même pas à quel point nous sommes des tueuses avec Meg. Je suis si contente de le revoir. Je vais pouvoir déléguer une partie des tâches militaires.

Quand nous détaillons le planning des corvées, mes Kawaïs se proposent d'emblée pour certaines comme la cuisine, le ménage ou le lavage du linge. Confirmant leurs intentions de me suivre, elles montrent toute leur adhésion à mes règles. Naya et son père souhaitent gérer les animaux et notamment les chevaux pour soulager Thibaut. La reine des abeilles en profite pour m'expliquer où elle a caché les chevaux récupérés au fur et à mesure de leur fuite. Ils se sont servis d'eux pour se déplacer rapidement en journée et partir en urgence au besoin.

Le lieutenant me donne toutes ses armes. Il en a quasiment autant que moi. Cela nous fait bien rire. Il promet à haute voix d'aider sur les besoins en combattants dès qu'il sera confirmé comme sain. Il réaffirme se placer sous mon autorité devant l'ensemble de son groupe, en lançant un regard insistant à Laëtitia. À l'oreille, il me dit qu'il surveillera la ronchonne de près mais que je ne dois pas m'en faire. Elle protège juste le groupe et se calmera dès qu'elle verra la sécurité. J'opine de la tête, ne pouvant parler en pensant à une autre grincheuse. Secouant la tête pour reprendre de meilleures pensées, je leur dis de choisir. J'irais chercher les chevaux demain. Il se fait tard. Le groupe doit décider tout de suite s'il nous suit ou non.

Nous n'avons que cinq cellules. Ils sont dix-sept. Dix-huit avec Damien même si je doute que Naya soit infectée. Elle ne laisserait jamais une sale bestiole abîmer sa peau délicate et rosée. Ils devront cohabiter en trio ou en quatuor. Ils comprennent sans problème le principe de la quarantaine et de la surveillance. Je donne ma parole que ce n'est pas un traquenard. Le lieutenant valide mes propos pour les décider. Il a participé à la construction de l'infirmerie. Les garçons expliquent être passés par là. Blaise montre sa jambe et sa brûlure. Il avait été blessé, potentiellement infecté. Il aurait dû mourir. Il est vivant, grâce à Meg et moi. Sarah vient m'embrasser pour me remercier d'avoir sauvé la vie de son frère. Elle essaye elle aussi de parler et de faire un discours, que j'arrête d'un doigt sur la bouche et d'un sourire. Je n'en ai pas besoin et puis, on est un peu pressés par le soleil.

Assez rapidement, le groupe accepte de nous rejoindre à mes conditions. Laëtitia semble encore méfiante, cependant, elle suit l'avis général et se plie démocratiquement au vote. La médecin est aussi prudente. Cela est normal au vu de ce qu'elles ont vécu. La petite fille me semble avoir le béguin pour Blaise au vu des yeux de biche qu'elle a fait en votant pour venir. Les adolescentes ont confiance en Naya et Mitchell et les suivent les yeux fermés.

Nous répartissons donc les nouveaux arrivants dans les véhicules. Blaise prend Sarah, Fleur, Clarissa, la petite fille et la femme médecin avec lui. Damien prend Naya et son père ainsi que la sœur du médecin et le fils. Un des gars s'occupe de quatre autres filles. Je récupère Lilou, le militaire, Pétunia et Laëtitia ainsi que le pot de colle canin. Le second gars transporte tout le matériel possible. Nous partons rapidement en direction du mas avant que le soleil ne disparaisse.

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