L'envie est un péché 2/2

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— TROUFION STUPIDE ET INUTILE ! PASSEZ-MOI LE GENERAL IBANEZ IMMÉDIATEMENT OU IL VOUS TROUERA LE CRÂNE !

Voix de fillette, mais ton autoritaire et évocation du nom de son supérieur. Je sais comment parler et me faire respecter par un soldat. L'autorité de Papinou coule dans mes veines, à moins que ce ne soit son langage subtil et délicat. Le troufion est surpris et apeuré par l'ordre brutal. Le général a entendu ma voix et ma menace. Il ordonne à son subordonné de lui passer le combiné immédiatement.

— Général Ibanez. Je vous connais. Je suis l'une des petites filles du Général Farmer. Je sais ce que vous voulez. Les bijoux et l'argent sont à vous. Je ne veux pas d'effusion de sang. Je vous propose un accord de paix. Ordonnez à vos soldats d'arrêter de tirer. Je vous laisserais partir avec tout l'or et les bijoux que vous voulez. Je m'en contrefiche. Sur mon honneur. Sur l'honneur des Farmer. Vous serez saufs. À condition que vous me donniez, vous aussi, votre parole d'honneur. Celle de ne jamais nous attaquer.

Je sais qu'il va accepter. Mon nom de famille me rend dangereuse et légitime à ses yeux. Je sais aussi que dès que j'ouvrirais les portes, il tirera. J'ai à peine fini de parler que les tirs cessent. Le général réfléchit rapidement et accède à ma proposition. Je le fais patienter. Je lui dis que les portes s'ouvriront automatiquement dans deux heures. Le temps pour moi et les deux garçons de fuir. Cet idiot me croit. Il est persuadé que je respecte le code d'honneur des Farmer. Il ignore que je suis déterminée à protéger mon village. Il sous-estime que je suis bien plus vicieuse que Papinou. Je sais qu'il ne tiendra pas parole. Alors, je n'aurais pas à tenir la mienne.

Avant de faire venir mes amis, je fais en sorte de mal raccrocher le téléphone. Je simule parler aux garçons et leur dire de nous camoufler au repaire, dans l'hôtel des Farmer avec une voie paniquée. Puis je débranche le fil du téléphone, comme s'il est arraché précipitamment. Le général va immédiatement penser à l'ancienne maison de Papinou et s'y jeter tête baissée. Il n'a jamais été très malin. Il agit avant de réfléchir, n'écoutant que sa cupidité et sa peur. Il me pense jeune et terrifiée. J'ai toute l'expérience de vie de Papinou et de Parrain dans la tête. Tout leur sang-froid dans le cœur. Je suis une machine de guerre. Deux traquenards dans la même ville, c'est improbable. C'est mon plan. En réalité, il y en a cinq dans la ville.

Je rappelle mes amis d'un signe et leur dis de monter dans le pick-up sans discuter et de partir. Immédiatement. C'est un ordre. Ils doivent me faire confiance. Il faut partir au mas illico. Dire à Mélia Général IBANEZ. Elle comprendra. Ma jumelle sait à quel point ce sale type est dangereux et cupide. Elle saura ce que j'ai l'intention de faire. J'explique sommairement aux gars que je reste pour que les militaires ne puissent pas les trouver, ne voient pas dans quelle direction ils fuient. Si je ne suis pas de retour dans deux jours, qu'ils me considèrent morte et ne viennent en aucun cas me chercher.

Les garçons veulent rester. Je leur ordonne d'aller protéger le mas. Ils refusent de m'abandonner. Je pointe mon arme vers eux pour les contraindre et demande à Killer de grogner. Ils doivent s'en aller pour que le village ait une chance de survie en se préparant avec ma sœur. Je n'ai pas le temps d'argumenter. Ils doivent me faire confiance. Sans aucune finesse ou délicatesse, je leur dis qu'ils sont aussi inoffensifs que des bébés venant de naître face à des loups affamés. Descriptif suffisamment précis pour qu'ils comprennent n'avoir aucune chance et en plus, risquer de me mettre en danger. Bien qu'ils aient du mal à me quitter, ils partent pour le village avec mon chien à regret. Prévenir Mélia et se préparer sont urgents et vitaux. Je leur promets de tout faire pour rester en vie et de ne prendre aucun risque afin qu'ils dégagent vite fait.

Bien que bien établi, mon plan est dangereux et potentiellement mortel. Je peux y rester au moindre imprévu ou si je suis inattentive. En deux heures, j'ai fini de préparer les lieux. L'hôtel de Papinou n'est pas loin. J'ai juste bougé quelques voitures pour dégager le champ de vision et ouvert une fenêtre au premier étage. Le reste est prêt depuis presque deux ans. Richard est aussi vicieux et prudent que moi. On n'a jamais assez de pièges contre les cupides. Je retourne au 9 rue Lafayette et ouvre les portes pile à l'heure. Deux heures et zéro seconde après l'appel. Précision militaire. Comme si cela était automatique.

Comme prévu, les hommes se dirigent directement vers l'ancien domicile de mon grand-père sans même vérifier les bâtiments de la rue. Ils ne pensent pas une seconde que je suis encore sur place. Les trois blessés rentrent et tirent à vue sans réfléchir sur les mannequins dissimulés. Des pétards font croire à une riposte et tiennent à distance les militaires. Les ballons remplis de faux sang simulent la cervelle dans un premier temps et les bernent quelques minutes. Ils ne respectent pas leur promesse. Je n'ai donc aucune raison de les épargner. J'aurais mis ma main au feu, certaine de cette réaction. Si un seul survit, il nous attaquera. Un militaire surentraîné viendra très vite à bout d'une forteresse tenue par des civils. Je suis la seule capable de me défendre contre des personnes de ce niveau. Papinou et Richard m'ont formé. Je suis la seule en mesure de protéger mes amis. Ce que je m'apprête à faire me déchire le cœur. Je n'aime pas tuer. Il le faut. Pour la vie de mes amis.

Je suis sur le toit voisin, en position de sniper, avec le fusil de précision de Richard. Comme il m'a appris. Vue dégagée. En hauteur. À plat ventre. Protégée par le rebord du bâtiment. Invisible, mais y voyant parfaitement. Ibanez en bon trouillard est à l'extérieur. Il est ma première cible. Il se prend une balle en pleine tête. Moins de trois secondes plus tard, l'homme à côté de lui, son lieutenant, aussi. Toujours neutralisé les plus dangereux ou les chefs en premier. Il en reste trois, en plus gravement blessés par l'explosion et pansés à la hâte. Enfermés dans la maison dès le premier tir. Ils visent dans ma direction, mais ne peuvent m'atteindre. Je ne suis pas dans leur champ de vision. Ils tirent au hasard, épuisant bêtement leurs munitions. Les cerveaux des opérations sont morts. Je n'ai affaire qu'aux larbins pas très intelligents.

Je lance un petit incendie à l'étage en jetant un cocktail molotov par la fenêtre ouverte, à travers les barreaux. Avec la ficelle, je referme le carreau de mon mieux. Je patiente et recharge mon arme. La pièce est bourrée de trucs qui brûlent en faisant un max de fumée sans trop de chaleur comme de l'encens et des végétaux encore un peu vert. La VMC est en fonctionnement et enverra directement les brumes toxiques en bas. Ils sont tellement occupés à tirer qu'ils n'entendent ni le verre qui se brise, ni les premières flammes. Quand ils détectent enfin la fumée de l'incendie, il est trop tard. Ils ne peuvent plus éteindre. Quand la fumée devient trop forte, ils sortent en toussant pour se rendre. J'attends que les trois soient bien dehors, et suffisamment loin de la porte pour que j'ai le temps de les canarder. Malgré les bras en l'air, je les tire comme des lapins en moins de dix secondes. Sans émotion.

Ils sont tous morts. Je dois éteindre le feu pour qu'il ne se propage pas. Je descends de mon perchoir et j'ouvre les vannes d'eaux pour le système anti-incendie. C'est éteint en quelques minutes. Je referme la porte à clé pour que les infectés ne rentrent pas. Je referme soigneusement ma fenêtre. J'attache les corps à l'aide d'une corde sur la boule de remorque du 4X4. Je n'ai pas la force pour porter des hommes corpulents et cela me ferait perdre du temps. Je les traîne jusqu'au piège le plus proche. Je vais chercher aussi les deux autres cadavres pour les jeter au même endroit. Je prends quelques minutes pour replacer les bijoux, une flèche dans l'arbalète. Je remets l'or sur le bureau avec une nouvelle mine. Je fais couler le savon dans l'escalier avec précaution. Le sang qui coule sur le chemin du piège attirera les créatures. Je recouvre les morceaux d'humains de mort au rat en poudre.

Je vois déjà quelques rats qui attendent à l'ombre, affamés. La lumière est encore trop forte et me protège temporairement. Je ne prends pas davantage de risque. Je pars rapidement de ce lieu qui commence à sentir beaucoup trop bon pour les infectés des environs. Je vais me faire dévorer si je traîne trop. Je redémarre en trombe, restant bien au milieu de l'avenue lumineuse, m'éloignant de la menace qui grossit.

Je vais contrôler leur QG, m'assurer qu'il n'y a pas d'autres soldats même blessé. Je lance un pétard qui n'attire personne. Je pénètre précautionneusement. Je vérifie chaque pièce, chaque magasin, chaque rayon. La musique et les lumières ne me dérangent pas. J'atteins la pièce des caméras qui me confirme que je suis seule. J'en profite pour éclairer le parking et tous les néons des façades. Je mets la sono à fond sur la station Kawai créée avec ma sœur. Je referme chaque grille interne puis externe. Je sécurise donc le bâtiment et place la clé cachée en hauteur. Le stock de nourriture est conséquent. Les mercenaires ont mis tout ce qui est possible au congélateur. Celui d'armes est tout aussi gros. Il n'y a plus rien à faire pour aujourd'hui. Il faudra revenir chercher plus tard ce qui nous intéresse.

Je récupère ce que je peux d'armes et de munitions en chargeant le véhicule à ras bord. Je prends le volant du 4X4 pour rentrer. Je n'aime pas ce véhicule ouvert donc très sensible en cas d'attaque. 18h34. La nuit arrive bientôt. Je dois me dépêcher de rejoindre une zone moins dangereuse. Je suis en zone noire. Après, c'est le rouge. Il me faut trois quarts d'heure pour rejoindre une zone verte en roulant normalement et il reste une demi-heure de soleil. Je reprends la route en fonçant à toute vitesse. Les cours de conduite avec le cascadeur me sont très utiles. Je traverse les sas sans prendre le temps de vérifier le bas de caisse avant d'arriver à Georgia. Cette voiture est haute, avec très peu de cachettes en dessous. J'ai roulé comme une folle, à plus de cent kilomètres heures sur des chemins de terre sans végétation haute proche. 19h29. Il m'a fallu une heure pour atteindre la ville. Je souffle enfin. Dans une station de lavage, je vide mon chargement pour le contrôler et je nettoie soigneusement mon véhicule. Aucune bestiole ou traces de sang heureusement.

J'ai encore du chemin pour rentrer. Je suis dans le noir, en pleine campagne et je dois traverser une forêt. Elle est supposée saine. Cependant, je n'ai ni toit, ni fenêtres pour me protéger. Rien que la vitesse de mon véhicule. Ce n'est pas suffisant à mes yeux. D'ici une demi-heure, je serais enfin chez moi. Je serre mon pistolet et mets mon couteau à portée de main. Je n'ai aucune émotion. Aucun remords. J'agis de manière mécanique et efficace. Une action après l'autre. Faire ce qu'il faut le plus rapidement possible. Je ne perds pas de temps avec d'inutiles pensés. Tuer ou être tué. Il faut choisir son camp pour survivre.

Lorsque j'arrive, je klaxonne sur le rythme de la chanson préféré de Mélia pour qu'elle sache que c'est moi. Je ne voudrais pas qu'elle me tire une balle dans la tête à cause de l'obscurité. Je sais qu'elle en est capable. Elle a reçu un entraînement similaire au mien et ses instincts de tueuse se réveillent quand ceux qu'elle aime sont en danger. La grande porte s'ouvre au bout de quelques minutes de tintamarre. Je comprends d'un coup d'œil ce qui se passe et retarde ma chérie. Les garçons ont récupéré des armes et étaient en train de se disputer avec Mélia. Elle a verrouillé les portails d'accès et refuse de leur donner le code. Ma sœur fait ce que j'attends d'elle. Elle les séquestre pour les protéger. Elle a compris le danger et me connaît assez pour deviner mes intentions.

Ils se calment illico en me voyant. Ils se sont inquiétés pour moi. Ils vérifient que je ne suis pas blessée et me posent des tonnes de questions auxquelles je ne réponds pas. Je n'ai rien. Je les empêche de me toucher. Mélia me regarde et me demande calmement confirmation de la neutralisation de la menace. Je lui réponds d'une voix éteinte.

— J'ai fait le nécessaire. Comme Papinou ou Richard aurait fait.

Je n'ai pas besoin d'en dire plus avec elle. Elle saisit aussitôt. Je rentre à l'intérieur pour ne pas subir d'autres questions des gars et me dirige vers la douche. J'ai besoin d'eau chaude et de savon pour laver mes pensées. J'ai juste le temps d'entendre les garçons questionner Mélia qui leur répond calmement que j'ai tué les hommes pour nous protéger tous. S'ils tiennent à moi, ils ne me poseront aucune question, rajoute Mélia. J'aime ma sœur. Je n'ai pas besoin de faire de longs discours pour qu'elle me comprenne.

Quand je sors de la douche, elle a envoyé au lit les garçons. Ma jumelle vide le véhicule et repasse le jet d'eau sous les projecteurs en compagnie des deux chiens. Un double contrôle. J'ai oublié de lui dire que j'en avais déjà fait un, mais on n'est jamais trop prudent. Je vais lui faire un bisou. J'ai besoin de la serrer dans mes bras. De sentir pourquoi j'ai fait cela. Je n'ai pas besoin de parler de mes actes. Je lui donne les informations utiles ainsi que ma route précise. Il faudra surveiller les pièges sur mon chemin, au cas où j'ai amené des sales bêtes. Après mon rapport, elle me dit à sa manière d'aller dormir. Par un bisou sur le front et deux mots :

— REPOS soldat.

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