L'art du déguisement Kawaï 2/2

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— Tu es trop jolie, petite. On a envie de te faire des bisous sur tes joues roses. N'aie pas peur. Descends et suis-nous. Sois sage. On ne te fera rien. Nous ne faisons pas de mal aux enfants. Je te donne ma parole. Ne crains rien. Je suis une gentille. Le chien ne veut que te faire des léchouilles. Tu es en sécurité avec nous. Viens.

Je préviens les gars tandis qu'elle descend en tremblant. Nos fugueuses sont ici et semblent très douées dans l'art du cache-cache. Grâce à mon canidé au flair redoutable, nous débusquons trois filles, dont la gamine. Toutes restent silencieuses et pleurent de peur. Elles sont terrorisées et nous craignent à cause de nos habits militaires. Je leur dis des paroles douces, mais je n'ai pas le temps de les rassurer davantage. Je dois trouver les cinq autres. Le maquillage des demoiselles est incroyablement bien fait. Leur technique de camouflage bien rodé. Les deux gars ne voient rien. J'ai moi-même du mal. Les détails permettant de les distinguer des mannequins plastiques sont imperceptibles. Un léger tremblement. Un œil qui bouge. Une respiration presque invisible.

C'est à chaque fois Killer qui m'indique leur position, détectant leur odeur humaine parmi les statues de plastique. Il me faut une bonne demi-heure pour trouver ces trois-là. Elles maîtrisent l'art de se camoufler. Cela doit faire des mois qu'elles font ça. Ce genre de maquillage prend des heures. Les tenues de peluches leur permettent de dissimuler ce grimage. Excellent plan B. Je trouve l'idée très astucieuse. C'est une technique de défense, pas d'attaque. Elles sont inoffensives je pense, du moins celles que j'ai découvertes pour l'instant. Killer est de mon avis. Il se frotte à la petite pour avoir des caresses et la rassurer. Nous devons trouver les autres.

Les tenues volumineuses sont abandonnées dans un coin du centre commercial. Je les inspecte attentivement. Les détails sont très précis et les coutures parfaites. Huit personnes, vu la taille des déguisements, je suis certaine d'avoir affaire à huit filles ou adolescents. Un homme n'aura pas les hanches assez fines. Même Meg chérie aurait du mal à rentrer là-dedans avec ses fesses musclées. Deux des tenues me sont clairement familières. Leurs premiers propriétaires me connaissent. Encore faut -il que les habits n'aient pas été volés.

Je suis en avant, en position de lead avec Killer. Je tente de trouver d'autres personnes. Il y en a encore cinq planquées quelque part. Les filles sont derrière moi avec Killer parfois qui câline la plus jeune et les gars ferment la marche. Nous ne pointons pas vraiment nos armes sur elles. Nous ne les brusquons pas. Elles sont inoffensives, terrorisées et affamées au vu de la maigreur. Je leur ai promis de les emmener en sécurité. Elles semblent craindre notre côté militaire et je peux le comprendre. Elles ne cessent de trembler et la petite fille commence à pleurer bruyamment malgré mes paroles rassurantes. L'un des gars lui tend un mouchoir et sa gourde avec douceur pour la tranquilliser. Nous faisons de notre mieux pour les calmer.

Je suis dans une boutique de prêt-à-porter. J'entends des bruits de souris et des chuchotis. Killer se met en position de garde. Il reprend sa position de traqueur. Des filles sont ici. J'en suis certaine. De très nombreux mannequins que je scrute. Mon œil est attiré vers une poupée de cire resplendissante. Absolument parfaite et bien trop familière. Je crois reconnaître le visage de la poupée. Je baisse ma garde quelques secondes sous le coup des souvenirs. Je touche sa main avec douceur. Je commence à sourire sous mon masque. C'est bien elle. Je le savais que je connaissais les tenues de peluches. Elle est si belle. Elle n'a rien perdu de son talent en maquillage et en mode. Elle ne peut pas me reconnaître avec ma cagoule et mon treillis. J'entends Killer qui grogne, toutefois, je suis trop absorbée par ma contemplation et ne fais pas attention.

Un clic sonne derrière ma tête au moment où je m'apprête à parler à la magnifique statue. Une fille assez grande me tient en joue. Deux autres visent la tempe de mes deux compagnons. Les deux filles ne m'ont pas l'air de guerrières. Elles tremblent en tenant leurs armes. Les deux garçons sauront les maîtriser si je fais diversion. D'ailleurs, ils attendent patiemment mon signal. Le miroir en face de moi m’indique que celle qui me vise semble plus aguerrie bien que tremblante aussi. Seulement, elle est maigre et donc potentiellement faible. Je n'aurais aucun mal à la maîtriser, je pense. Surtout que Killer est prêt à bondir et n'attend qu'une ouverture. Il m'en manque une, qui doit être bien cachée quelque part.

— Donne-moi une bonne raison de ne pas te buter, me crache-t-elle.

— Six mètres cinquante, je murmure tranquillement

— QUOI ? Qu'est-ce que tu dis ? Crie-t-elle.

Je souris. Trop nerveuse pour être un vrai danger. Elle veut impressionner en prenant une grosse voix. L'étrange poupée de cire m'observe. Elle semble hésitante. C'est à elle que je parle. Je fais appel à ses souvenirs. Ses yeux à la fois surpris, terrorisés et interrogatifs me disent que j'ai tapé juste. Elle se rappelle. Elle est en train de réaliser ce qui va se passer dans les secondes qui suivent et ne sait pas comment réagir. Elle panique.

— Six mètres cinquante Laëtitia. C'est ce qu'elle a dit. C'est la distance où un couteau est plus efficace qu'une arme. C'est mon amie ninja qui me l'a appris.

J'agis très vite tandis que la poupée est en train d'expliquer. J'ai reconnu la voix. J'en suis sûre. Poupée ne m'est pas étrangère. Je me retourne en me baissant et je frappe le poignet qui tient l'arme pour lui faire lâcher. À peine je bouge, les deux gars font de même comme nous leur avons appris avec Meg. Killer saute sur le torse et fait tomber à terre mon assaillante avec ses grosses fesses. Je donne un coup de pied pour éloigner le pistolet le plus possible. Je cogne le ventre de la dénommée Laëtitia qui se relève et lui tord le bras. Ensuite, je la coince contre moi en la visant avec mon pistolet qui était dans mon dos. Mes deux gars ont également maîtrisé les deux filles qui les pointaient avec un peu plus de douceur que moi et l'autre patate poilue.

— Et maintenant, qui va donner une bonne raison pour ne pas se faire buter ?

Je ricane, fière de moi et du retournement de situation. La dénommée Laëtitia a de bonnes bases de combat, mais est bien moins technique. Elle a aussi moins de force, moins d’entraînement, et bien plus faim. Elle se débat, cependant, je la tiens fermement. De toute façon, si elle m'échappe, Killer l'immobilisera aussitôt. Trois filles sont au bout d'une arme. Quatre autres sont face à nous, terrorisées. Je dois apaiser tout le monde d'urgence. Nous avons affaire à des gamines effrayées et une grincheuse. Il en manque encore une. Killer l'a repéré et me montre son emplacement sous un étal en remuant la queue.

Je ne veux pas d'un carnage. Elles ne sont pas belliqueuses. Je parle. Je suis une fille. Je leur ferais moins peur. En plus, Poupée reconnaîtra peut-être ma voix ou mon vocabulaire. Je mise tout sur elle pour calmer la situation. Je leur dis que je suis pacifique. Je confirme appartenir au groupe de survivants qui a construit le piège. J'explique avoir juste voulu vérifier que j'avais affaire à des personnes non-dangereuses. Notre groupe a subi des attaques. Nous n'agissons que par prudence, sans intention mauvaise. Je promets de ne leur faire aucun mal et leur demande de se placer sous notre protection.

La dénommée Laëtitia essaye de négocier entre deux grognements de Killer à son égard. C'est l'une des chefs. Elle m'explique que les filles ont eu affaire à des groupes belliqueux. Elle justifie leur fuite et leur cache-cache de cette manière. Elle souhaite que je les libère, promettant de rester calme et de ne pas chercher à s'enfuir. Je sens qu'elle ne nous fait pas confiance. Elle est du genre à avoir une arme planquée ou à faire un sale coup pour protéger les autres. Elle donne exactement le même genre de réponse que je fournirais. Sa méfiance est trop forte. Elle essaye de m'embobiner et de s'échapper de mon étreinte. Je dois la neutraliser. Je sais comment renverser la vapeur et attirer la sympathie des filles.

Je plonge mon regard dans les yeux de la jolie poupée en face de moi. Elle ne m’a pas quitté des yeux durant tout mon discours. Son visage. Les tenues des deux dernières peluches. La demoiselle qui a connaissance de la règle des six mètres cinquante. Et ce visage parfait de petite poupée adorable qu'on a envie de couvrir de câlins. Ça ne peut pas être une coïncidence. J'en suis convaincue. Je sais qui elle est. Je sais comment elle fonctionne. Je sais quoi lui dire pour qu'elle et elle seule puisse comprendre. Je lui parle alors doucement sans lâcher mon emprise sur la grande perche, espérant que mes yeux bleu ciel soient suffisamment doux pour faire remonter ses souvenirs.

— Je connais parfaitement les tenues des deux dernières peluches arrivées près du piège. Ce sont elles qui ont compris que nous n'étions pas du groupe. J'ai torturé ma sœur jumelle avec trois autres complices Kawaï pour la fabrication des costumes. J'ai participé à sa séquestration et sa maltraitance à l'aide de musique mièvre. Dis-moi qui en est leur propriétaire. Raconte-moi comment vous les avez eues. Avoue qui est le plus mignon des 3forBe dont tu es éperdument amoureuse. Le seul capable de te faire changer de bord et trahir Sarah. Dis-moi ce que je veux entendre afin que j'abaisse mon arme jolie poupée. Je suis convaincue que je te connais. Je sais que tu es inoffensive à l'inverse de moi ou de mon double ronchon. Dis-moi ton prénom ma jolie poupée. Sinon, je vous tire dessus sans aucun ménagement.

— Meg ? Mélia ? C'est l'une de vous ?

La poupée me regarde avec étonnement. Elle doute. Elle est peureuse. Elle se met à pleurer. Elle a compris. Elle n'est pas certaine. Un mélange de peur, de joie, et d'inquiétude l'envahit. Elle ne sait pas quoi répondre. Elle craint de se tromper et réfléchit de son mieux en tentant de faire cesser les tremblements qui l'agitent.

— Mélia, si c'est toi, relâche Laëtitia. S'il te plaît. C'est moi Fleur. Je sais que tu es quelqu'un de bien. Tu ne me ferais jamais de mal. Ni à moi, ni à des innocents. C'est mon amie. Elle ne veut que nous protéger. Je lui fais confiance. Je te le promets. Baisse ton arme. J'ai peur. Tellement peur. Je t'en supplie.

— Tu vois Laëtitia. En voilà une bonne raison. J'adore cette fille et j'aime la voir sourire. CALIN petite chipie.

Je repousse la grande perche qui tombe à terre et je tends les bras à ma poupée Fleur. Elle me saute au cou et fond en larmes. La deuxième fille peluche sort de sa cachette sous un étal et me saute aussi dessus en lâchant son arme. Lilou. Normal que j'ai reconnu immédiatement les costumes. Mes deux amies sont saines et sauves, dans mes bras. Je pousse un soupir de soulagement et de bonheur. Je les couvre de bisous pour les calmer. Je dis aux gars de baisser leurs armes et à Killer de se taire. Cette andouille grogne sur la dénommée Laëtitia juste pour la faire flipper. Il n'y a plus de danger. J'ai les huit filles sous les yeux. Je retire ma cagoule et ordonne à mes deux acolytes de faire pareil. Je pousse Laëtitia du pied pour l'empêcher de se relever et câliner mes deux amies sans crainte. La boule de poils décide de s'asseoir sur son dos et l'immobilise, fier de sa connerie. Mes Kawaïs craquent totalement en se blottissant contre moi.

Je crie à Blaise et à Damien de venir en enlevant leurs cagoules eux aussi et en gardant les armes à terre. Le temps qu'ils accourent, je les préviens que je suis avec Lilou et Fleur. Mes deux amies se précipitent dans leur direction et s'agrippent fermement à leurs épaules en parfaits bébés koalas. Ils les soulèvent sans aucune difficulté et les couvrent de bisous. C'est un câlin général devant les autres filles qui sont médusées. J'empêche Laëtitia de récupérer une arme. Pas de doute, celle-là est une tête de mule méfiante qu'il faut surveiller de près. Elle me rappelle quelqu'un, en bien moins douée. Mes deux amies parlent toutes les deux en même temps. On ne comprend rien. Je gère. J'ai l'habitude. Blaise met sa main sur la bouche de Fleur en souriant et je questionne Lilou en l'attirant contre moi.

Elles font partie d'un groupe de dix-sept personnes, quasiment que des filles. Sarah, Naya, Clarissa et Pétunia ainsi que le père de Naya et le militaire ami de Richard sont en vie. Le groupe va de ville en ville en cherchant un abri sûr et de la nourriture. Elles aussi voulaient rejoindre le mas de Parrain. Il y a une fillette ici présente, deux femmes mûres et un garçon. Laëtitia a notre âge. Les autres sont des adolescentes. Lilou ruine son mascara en pleurnichant. Elles en ont gros sur le cœur. Elles craquent de joie en nous voyant tous trois. Des groupes belliqueux ont voulu les réduire en esclavage ou les tuer. Elles ont inventé cette technique de camouflage afin de ne pas se faire attraper. Elles sont huit ici. Le reste dans un abri. Je leur dis de grimper avec les garçons. Fleur et Lilou rassurent leurs amies présentes en leur disant que Blaise est le frère de Sarah. Damien, le mec de Naya. Moi, une de leurs meilleures amies et une wonder-woman. Je suis une des deux filles à l'origine des guides dont elles se servent. Une des deux filles vivant au refuge à rejoindre.

Ma douceur envers les deux Kawaï et le regard tendre de Blaise et de Damien détendent les filles présentes. Toutes suivent mes deux amis sans hésiter, rassurées par leurs visages amicaux et la nourriture qu'on leur tend. À moins que ce soit le méga câlin général qui a eu lieu peu avant ou les deux sangsues agrippées au cou de Blaise. Laëtitia est tout de même menottée. Je me méfie d'elle. Une sorte de sixième sens. Je la confie à Damien en le prévenant de faire attention et d'attendre mon retour avant de la libérer. Je demande à Lilou de me dire où est le reste du groupe en ce moment. Je dois les récupérer et les sortir de ce lieu dangereux. Damien et Blaise sont trop nerveux. En plus, des mecs vont effrayer le reste des filles si nos amies ne s'y trouvent pas. Je dois me rendre seule à leur repaire temporaire. Je récupère une camionnette et me dirige seule vers la cachette. Rendez-vous à la sortie de la ville dans deux heures.

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