Nouveaux Arrivants 2/2

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Ellipse de dix jours.

Quinze jours après leur entrée, les seize survivants sont intégrés au groupe. Les chevaux aussi, pour le plus grand plaisir de Grognon qui peut enfin aller courir à fond les sabots dans le pré avec un adversaire à sa taille. Je menace de laisser Damien prisonnier encore quelques jours lorsqu'il fait exprès de dire des âneries lors du test. Alex et Thibaut tentent de l'enfermer en riant. Il n'a absolument rien. Il est juste plein de conneries. La médecin, le père de Naya, celui de Thibaut et le lieutenant servent de lien entre les groupes. Ils sont respectés par chacun. Naya se moque de moi et de mes goûts de luxe en découvrant la piscine et le jacuzzi. Le hamac rose fluo subit lui aussi des remarques désobligeantes, surtout quand les garçons montrent leur totale soumission à ma personne en me servant d'escabeau avec leurs genoux. Elle me traite de princesse. Je lui réponds avec un doigt d'honneur qui la surprend à peine. Je suis une Farmer. La politesse, ce n'est que quand on le veut bien.

Je sens que le poste de dominante va bientôt m'être contesté par la Pimbêche en chef. Pas grave ! Elle ne fait pas le poids face à moi. Mis à part Damien et le père de Naya, tous les autres mecs sont mes sujets obéissants et fidèles. Elle ne tardera pas à le découvrir si elle continue à me chercher des poux. Je n'ai pas peur d'elle. Les Kawaïs sautillent en voyant le flamant rose lumineux et d'autres décorations du même style. La petite fille aussi. Le village est agréable à vivre, plein de couleurs et de détails chaleureux ou amusants. Je m'en suis assurée dès le premier jour de sa fabrication.

L'adolescent est ravi de voir un peu plus de testostérone et de pouvoir se décoller un peu de sa maman. Chacun des nouveaux arrivants saute dans la piscine de bonheur. Les adolescentes hésitent quelques instants, cependant le mini bikini de Naya et le boxer tête de nounours de Blaise les rassurent sur l'honnêteté des gars. Damien à haute voix répète son discours protecteur plein de testostérone à l’encontre des hommes. Tous jurent être des gentlemen. Leurs têtes sympathiques ainsi que la beauté physique des quatre basketteurs apaisent les demoiselles. Les adolescentes pleurent de joie en mangeant tranquillement et en obtenant une chambre soignée et confortable.

La petite fille récupère des tonnes de peluches, de fringues mignonnes et quelques jouets. Les garçons l'ont tous pris en affection et ils reviennent de chaque mission avec un cadeau pour la petite et le jeune garçon. Elle choisit de se placer près des chambres des Kawaïs, au cas où elle ferait un cauchemar, pour venir dormir avec elles. Le pré adolescent veut s'éloigner de maman et Tata. Il récupère la chambre de Blaise qui déménage plus près de sa sœur.

Je demande à mon ami de garder les deux plus jeunes avec lui le temps de montrer les lieux en détail aux adolescents et aux adultes. Les poussins et bébés lapins fraîchement débarqués vont avoir droit à la visite d’un bébé princesse, d’un futur ronchon et de l’incarnation d’un ange de patience. Je préfère éloigner les enfants pour la suite de la visite.

Quand nous faisons le tour du village pour expliquer les différentes tâches internes, le père de Naya s'extasie devant l'écurie et devant son équipement de grande qualité. Je vois ses yeux briller d'envie. Il se propose à nouveau pour gérer les écuries, déchargeant ainsi de cette responsabilité le blondinet. Grognon acceptant sa présence, je suis ravie de l'aide.

La femme médecin, Emma, pleure en voyant l'équipement médical, le stock de médicaments et de pansements. Son prédécesseur a laissé un grand nombre d'indications sur la maladie, mais aussi sur les soins de certaines blessures de combat, dont elle n'est pas familière en tant que civile. Elle caresse les livres d'anatomie et de physiologie avec respect. Je la laisse seule pour qu'elle s'approprie les lieux, son futur repaire.

Je conduis Laëtitia dans un de nos stocks d'armes et lui détaille brièvement le fonctionnement des pièges protecteurs du village. Elle bave d'envie face au matériel militaire. Mitchell retrouve ses repères et se propose de montrer davantage au sale gosse. Je ne veux pas rester trop longtemps près des armes avec les autres. Je les laisse tous les deux, confiant au lieutenant de détailler les choses.

Comme prévu, les Kawaïs veulent aider en cuisine, aux différentes tâches ménagères ainsi qu'aux soins des petits animaux. Vu leur niveau en combat, elles seront très utiles à ces postes, libérant ainsi les autres sur des tâches plus risquées. Lilou accepte même de s'occuper des basses-cours en extérieur si elle est accompagnée par quelqu'un qui sait utiliser une arme. Alex et Thibaut lui promettent de tout lui expliquer en détail et de toujours être près d'elle.

Naya veut elle aussi aller dehors, sur des missions plus risquées, afin de nous aider au mieux. Je lui dis de reprendre des forces pour le moment et lui propose les ravitaillements en zone blanche ou verte, à l'intérieur des sas, de nos cent cinquante kilomètres. Son niveau en combat est encore trop faible pour lui confier des missions dangereuses.

Les autres réfugiés pleurent devant la nourriture et le confort. Ils se sentent enfin à l'abri. Tous acceptent d'obéir sans problème aux ordres, d'autant plus que Monsieur Noguerra leur explique parfaitement chaque travail et que tout le monde participe à hauteur de ses capacités et attraits. La maman, Noémie, était secrétaire avant sa maternité. Nous lui confions donc un poste d'assistante administrative pour effectuer les inventaires, noter les comptes-rendus de mission, classer les informations et établir des synthèses hebdomadaires. Un travail peu dangereux, mais qui libérera un temps considérable pour Monsieur Noguerra, Thibaut et moi-même.

Très rapidement, les deux bandes fusionnent. Chaque groupe connaissant déjà une bonne partie de l'autre, cela crée de nouvelles amitiés très vite. À quarante-cinq et malgré deux enfants, nos chances de survie à long terme s'améliorent. Trente et un garçons, quatorze filles, trente-cinq chevaux pouvant maintenant pâturer dehors, sous la protection de deux étalons au fort caractère. Une médecin et trois nouvelles jeunes filles s'y connaissant en agriculture. Naya et son père en soins aux chevaux et aux animaux. Un militaire chevronné et une fille sachant bien se défendre. Les nouvelles recrues vont alléger notre charge de travail et nous permettre de nous développer davantage. Je suis un peu triste de ne plus être la seule princesse de mon harem. C'est un mal infime par rapport à avoir retrouvé un grand nombre d'amies et de survivants. Nous gardons les costumes de Pokémon au cas où.

Ellipse de quinze jours.

Clarissa m'en veut toujours, bien que tous les autres aient plaidé en ma faveur. Je m’en fiche, mais elle me gonfle grave. Je suis droite dans mes bottes. J'ai fait ce qu'il fallait, de la manière la plus humaine possible. Mitchell affirme qu'il aurait fait la même chose. Une nouvelle répartition des tâches s'effectue peu à peu. Les enfants, Noémie, Sarah et Fleur restent à l'intérieur du village en toute circonstance. Elles assurent toute l'intendance et travaillent d'arrache-pied. Lilou, Clarissa, les autres adolescentes et les deux professeurs font les menus travaux dans la zone des cinquante kilomètres parfaitement sains autour du mas, souvent accompagnées de Happy. Leur faible niveau en combat les rend inaptes aux tâches dangereuses. Elles déchargent les gars des besognes sécurisées, permettant ainsi de les libérer pour d'autres activités plus risquées. Les gars restants, Laëtitia, Naya et moi assurons les autres missions.

J'entraîne Naya et les filles à se défendre. Mitchell s'occupe des gars. Laëtitia est de loin la plus douée. Il n'y a que moi et le lieutenant qui parvenons à lui tenir tête. Même Damien vole dans les airs. En plus, elle a aussi sale caractère que Choupette. Naya et Damien font souvent les frais de ses remarques grincheuses. Étrangement, elle s'adoucit lorsqu'elle me parle. Sûrement parce que je n'accorde aucun crédit à son ronchonnage, habituée à celui de mon double. À moins que ce ne soit par respect pour mon nom de famille et mes capacités militaires. Ou alors parce que Mitchell me respecte et se plie à mes ordres. Elle a de bonnes idées et sait obéir quand il faut. C'est une excellente recrue qui assiste parfaitement Mitchell sur les missions à haut risque, tout comme Damien et Blaise me secondent.

Notre plus grand nombre nous permet de faire plus d'expéditions. Les filles et les professeurs en zone blanche ou verte. Les autres sont en orange, rouge ou noires. Ce regain de main d'œuvre booste le moral et notre progression tant pour la production de nourriture que pour la sécurisation des espaces. La présence de Mitchell permet d'avoir deux équipes d'assaut très efficaces pour zone dangereuse. J'ai enfin un vrai militaire chevronné pour m'assister et me suppléer. Nous avons installé six autres pièges sur le cercle des deux cents kilomètres. Deux pour chaque point cardinal sauf le Sud, Saline étant presque propre. Je ne cherche pas vraiment à agrandir notre territoire, mais plutôt de faire diminuer la menace au-delà de nos sas. Nous sommes encore peu nombreux bien que nous ayons quasi doublé notre nombre. Si la zone est presque absente de danger, nous ne pouvons pas l'entretenir correctement et de nombreux endroits sont laissés en jachère. Nous remplissons les congélateurs au fur et à mesure de nos productions de viande, de fruits, légumes et céréales. Nous cherchons à atteindre la ferme de panneaux solaires à l'Ouest de Saline et le barrage hydraulique au Nord de King, pour nous assurer de la production électrique de notre secteur.

La mer me semble une priorité à atteindre et je maximise les efforts dans cette direction. En réalité, Saline les Bains est accessible sans trop de danger. Nous allons bientôt pouvoir nous baigner dans la mer avec les enfants. Elle est en zone jaune juste parce que le nombre de lapins et de poules encore en liberté la rend potentiellement infectable très rapidement. De plus, nous subissons régulièrement des visites éclair que nous ne savons pas qualifier. Nos pièges sont nettoyés, les animaux sains triés aussi bien que je le ferais, le relevé des captures bien noté avec des écritures différentes. Efficacité militaire. La viande congelée est dérobée, toutefois en partie seulement. Du poisson marin en quantité est mis en remplacement. Les intrus savent donc est là, ils nous aident quand ils passent et ne cherchent pas à entrer en contact. Ils sont donc non belliqueux, mais ont une discipline de soldats. Parfois, quelques cartons de munitions et des sacs de mort au rat sont laissés à notre intention, confirmant leurs intentions non-agressives. Du rangement est fait aussi dans nos stocks selon une logique de névrosé, couleur puis taille. Je suspecte Choupette d'être dans le coup sans avoir aucune preuve.

Sur notre zone d'accès à la mer de vingt kilomètres de large, entre la première rivière qui descend de nos sas et la mer de Saline, Alex et Thibaut, les responsables du secteur, ne capturent plus aucun infecté et une diminution sensible du nombre de sains se fait sentir. Nous commençons à élargir la largeur sur cinquante à soixante-quinze kilomètres, toujours en suivant le cours de l'eau via une seconde rivière. Grâce à un petit bateau de plaisance, nous avons détruit trois petits ponts inutiles et placé quelques pièges en bordure. Nous avons repéré des morceaux de viande empoisonnée qui sont régulièrement brûlés sur une trentaine de kilomètres de haut en remontant de la mer, de l'autre côté de nos sas, sans jamais voir d'activité humaine. Là aussi, il y a des lapins et poules sains et des infectés à foison. Je n'en peux plus de tuer et de congeler leur viande. Nous avons un stock de plumes pour édredons et de peaux pour faire des gants pour dix hivers. Fort heureusement, nous avons aussi un petit apport d'algues pour enrichir nos sols en plus du lisier et aussi de poissons de mer, un peu plus goûtus que ceux des piscicultures.

Les cent kilomètres autour du mas sont sains ou quasi sains, aucun piégeage. Nous commençons à démonter les sas entre le village et les cinquante kilomètres pour récupérer les matériaux. Entre cent et cent cinquante kilomètres, menace légère avec une créature par semaine ou moins, des animaux rachitiques uniquement. Des oiseaux principalement. Nous sommes en fin de contamination. L'intérieur de notre espace sous sas est presque propre. Au-dehors des sas, entre cent cinquante et deux cents, menace importante, une dizaine de créatures par semaine avec humanoïdes. Il y a toujours épisodiquement la présence d'humains belliqueux potentielle. Au-delà, danger absolu. Nous ne nous y rendons pas encore bien qu'il me tarde d'arriver à Tourmorte, à deux cent cinquante kilomètres pour botter les fesses à Choupette. Je garde espoir qu'elle soit encore vivante. Sur notre limite Est, Charleston semble s'assainir quelque peu. Il n'y a plus d'humanoïdes depuis dix jours.

Aujourd'hui, je suis sur le piège de Fitruk au Nord avec Naya et Damien, à une cinquantaine de kilomètres de King. Le Nord est toujours plus difficile à assainir en raison du grand nombre de villes. Le Sud-Ouest devient lui aussi plus compliqué pour les mêmes raisons. Nous cherchons un endroit propice pour poser un troisième piège. Je voudrais aller plus au centre-ville, nos deux premiers pièges étant en bordure Sud. Quand je trouve le parc botanique, nous nous arrêtons avec notre tractopelle. Un piège tout frais est déjà en place, creusé depuis moins de quarante-huit heures au vu de la fraîcheur de la terre. En mode furtif, je m'approche des panneaux d'informations. Deux humanoïdes sont au fond en train d'agoniser et de se faire dévorer par une dizaine de rats infectés. Un manuel est accroché. Je le parcours des yeux à toute vitesse. C'est dans le même style que le nôtre. En fait, c'est celui que Richard avait envoyé à d'autres groupes de survivalistes avant la guerre avec juste deux ou trois informations de plus.

Le piège est fait à la manière de Richard. L'endroit choisi stratégiquement. Les indications du panneau sont similaires à celles que je donne. Des refuges où attendre, pas une localisation précise. Très bien écrit. Trop bien écrit. Je dois identifier la menace rapidement. Je grimpe en hauteur, sur un bâtiment un peu plus haut que les autres. Les lumières de plusieurs bâtiments sont éclairées au Nord de la ville, ainsi que les lampadaires. Je pense qu'on vient de trouver un autre groupe de survivalistes. Un groupe militaire qui connaît Richard, j'ai l'impression.

La menace n'en est pas moins importante. Nous avons affaire clairement à des militaires chevronnés en grand nombre au vu du matériel utilisé. Naya, Damien et moi décidons de grimper plus haut, au sommet d'un grand immeuble. Toute la partie Nord de la ville est éclairée. J'aperçois deux autres pièges assez loin. Je prends le risque de me rapprocher de la zone avec mes deux amis. Nous devons absolument observer les arrivants. Nous traversons la ville en faisant très attention pour gagner un gratte-ciel. Mes amis se planquent et surveillent le bas du bâtiment. J'ai heureusement toujours mon fusil de tireur d'élite offert par Parrain avec moi. Avec la lunette de mon fusil, je cherche les formes de vie dans le secteur.

Je distingue rapidement un groupe de cinq personnes. Ils portent des treillis militaires et semblent athlétiques. Ils agissent de manière logique et organisée. Méthodiquement. Nous avons clairement affaire à des militaires. Une femme semble être à la tête du groupe. Je vois les hommes réagir à ses gestes. Je me focalise dessus. Elle me tourne le dos. Je scrute le moindre de ses mouvements, le cœur battant. Enfin, elle finit par se retourner. Son instinct lui dit que quelqu'un l'observe. Je la reconnais aussitôt. L'ex-femme de Papinou. Une militaire de très haut niveau. Mathilde.

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