Mathilde 1/2
C'est une super nouvelle. Je me mets à danser sur le toit. Mathilde nous a élevé Meg et moi de nos cinq à nos dix ans. Une alliée, militairement très compétence. C'est une amie. Celle qui se rapproche le plus d'une maman à mes yeux. Je sais qu'elle aura des troupes de bon niveau. Je sais qu'elle est profondément bienveillante et protectrice envers les enfants. Une des rares personnes que j'estime avoir le droit de me protéger et de veiller sur moi. Elle est en vie. Elle nous cherche sûrement. Si elle progresse vers le Sud, c'est qu'elle veut rejoindre Richard. J'en suis certaine.
Je préviens mes deux amis. Ils se doutent déjà de quelque chose vu ma joie débordante. Nous décidons d'aller voir le groupe pour nous présenter. Je notifie notre arrivée à ma façon, en tirant une puis deux balles puis de nouveau une sur la tête de l'acteur de l'affiche à côté d'eux. Mathilde va comprendre. C'est un code entre les groupes de survivalistes. Alors que les autres militaires se planquent à la première balle, elle reste très calme et cherche à la jumelle dans la direction du tir. Elle sourit. Elle a compris que c'était quelqu'un qu'elle connaît. Quelqu'un de doué, mais non-belliqueux puisque les quatre balles ont toutes atteintes leur cible soit l'affiche et non la tête des militaires.
Nous fonçons à travers la ville. Je fais patienter mes deux amis plus loin, hors de portée de vue. Je dois y aller seule. C'est important. Je m'avance donc avec Killer à mes côtés. Les cinq personnes sont encore là. Leurs armes sont présentes mais baissées. Ils nous attendent pacifiquement. Mathilde a compris mon message. Elle me regarde avec surprise. Elle pensait voir Richard, je suppose. Elle ne doit pas me reconnaître. J'ai tellement grandi.
— Je suis la princesse héritière du trône de bois toujours flanquée d'un preux chevalier acariâtre. Je me présente à vous Reine Mathilde afin de vous présenter mes hommages et vous demander où se trouve le dragon ou le félon à combattre.
Je fais la révérence comme à la cour. C'est sûr, vu la tête des quatre hommes, il n'y a qu'elle comprend mon charabia. Elle éclate de rire à la fin de ma tirade. Mathilde s'avance vers moi et me prend dans ses bras en pleurant. Elle me serre fort et m'embrasse les cheveux. Son parfum fleuri de lavande, me ramène à mon enfance. Elle sent si bon. Une odeur qui apaise. L'odeur d'une maman.
— Ma petite chérie. Rassure-toi. Il n'y a aucun dragon félon parmi mes chevaliers.
Mathilde me demande de lui en dire plus. Elle me donne ses informations en premier. Elle est à la tête d'un groupe de cinquante personnes, dont vingt-cinq militaires, une biologiste, un médecin et une vétérinaire. Il y a aussi des fermiers et de bons bricoleurs. Cinq ados terminent les membres de son groupe. Mathilde possède également deux semi-remorques remplis de vivres, matériel, armes et médicaments. Dix véhicules en tout. Cinquante moutons, vingt chèvres, douze vaches et deux taureaux. Leur refuge a été attaqué il y a six mois. Il est impossible à protéger aujourd’hui alors, ils sont partis. Ils sont à la recherche d'un nouveau lieu de vie. Ils sont passés dans la ville de mon ancien lycée. Le refuge situé dans l'immeuble. Les membres sont tous morts. Le groupe de Mathilde vient vers Richard. Elle m'interroge et me demande qui sont mes deux amis là-bas. Je souris. Elle les a vu bien qu’ils se soient cachés correctement. Elle a vraiment un œil de lynx.
C'est à mon tour de livrer mes informations. Elle me connaît assez pour détecter un mensonge. En plus, j'ai confiance en elle. Richard lui avait donné l'adresse du refuge. Nous ne nous voyions plus physiquement néanmoins, j'avais encore des appels quasi-hebdomadaires jusqu'au début de la guerre. Je fais un signe pour faire venir Naya et Damien. Ça ne sert à rien qu’ils restent planqués. Elle les salue poliment après avoir évalué leur dangerosité, ne gardant ses yeux que sur moi, avec tendresse. Je leur répète les informations de Mathilde et leur explique brièvement qui elle est et le lien quasi-maternel qu'elle a envers Meg et moi.
J'annonce ensuite à Mathilde la mort de Richard et la disparition de ma sœur Dieu sait où. Quand elle comprend que c'est Meg qui lui a mis la balle dans le crâne, elle dépose un baiser tendre de compréhension dans mes cheveux. Elle rigole quand je lui dis que je suis certaine que Meg est en vie, que je le sens dans mon corps et ne peux l'expliquer. C'est l'une des rares qui croit en notre lien de jumelles, qui fait que nous sentons comment va l'autre à distance. Elle me promet de m'aider à la retrouver et à lui botter son cul de petite conne. Je lui tends mon manuel à jour. Le médecin présent le parcourt rapidement. Il est impressionné par les détails complets. Je dis aux cinq personnes combien nous sommes sans détailler le fait que nous ne sommes que deux formés militairement. J'ai un abri sécurisé seulement, ils devront se mettre en quarantaine.
Mathilde a une carte de la région. À elle et elle seule, je lui montre où est la zone saine, la zone dangereuse et l'emplacement sommaire des pièges. Par radio, les autres membres du groupe nous rejoignent sur une esplanade ensoleillée. Je reconnais plusieurs amis de Papinou et Richard parmi les militaires. Mathilde leur explique qui je suis pour qu'ils aient confiance. De toute façon, elle se comporte comme une mère louve envers moi. Elle fusille du regard celui de ses troupes qui ose émettre des réserves sur mon compte. Nous discutons sur ce qu'il faut faire. Ils sont trop nombreux pour notre infirmerie. Si un seul est infecté, il ruine notre zone assainie. Le médecin propose un compromis. Une ville presque saine à cent kilomètres du mas. Orcity. Il y a un hôtel. C'est suffisamment loin pour ne pas mettre en danger le mas s'il y a des infectés parmi eux, et suffisamment prêt pour qu'on puisse les surveiller et les aider. Eux pourront dormir sans avoir peur.
Mathilde me donne sa parole d'honneur sur ses intentions pacifiques. Elle certifie sa parole à son groupe. Meg et moi sommes comme ses petites filles. Nous sommes les petites filles du Général Farmer. Nous avons la même droiture que lui. Nous sommes les filleules de Richard Dubois, l’ex-membre du GIGN et tireur d'élite décoré. Mathilde a une confiance totale en nous. Elle nous confierait sa vie. Mathilde ordonne à son groupe de m'obéir sans aucune protestation. Elle se place sous mon commandement devant chacun de ses soldats. Son regard tendre et ses gestes affectueux leur montrent le lien affectif entre nous deux. Les balles dans l'affiche donnent une idée de mon niveau en combat. Son groupe accepte mes conditions sans sourciller.
Je m'isole et demande l'avis de mes deux amis. C'est Damien qui résume le mieux la situation. Ils sont plus nombreux, mieux équipés et armés. Ils savent avec précision où nous sommes et comment nos défenses sont conçues. S'ils le veulent, demain, on est morts. Mathilde semble m'aimer et lui paraît non belliqueuse. J'ai confiance en Mathilde. Lui a confiance en mon jugement. Avec eux, nous serons encore plus certains de notre survie. Naya et lui confirment ma décision de venir en aide à Mathilde et ses troupes.
Nous permettons leur venue cependant, nous demandons à les inspecter dès l'arrivée en zone saine. Ils devront rester enfermés dans leurs chambres d'hôtel durant quinze jours et garderont le strict minimum en armes. Nous récupérerons le surplus. Nous leur amènerons la nourriture et vérifierons quotidiennement leur état. Les animaux seront mis à pâturer dans le stade qui est sécurisé.
La quarantaine de quinze jours est acceptée sans aucune négociation. Les congélateurs de la ville sont suffisamment pleins pour que l'apport se limite aux fruits et aux légumes frais. Ils rassemblent leurs affaires en un temps record et nous suivent vers Orcity. Dans l'équipement de Mathilde, il y a une radio CB. Nous l'installons à l'hôtel. Nous avons une antenne puissante au mas. Je conviens du canal avec Mathilde ainsi que des horaires pour les livraisons de nourriture. Ils ne gardent que quelques fusils et des lunettes nocturnes au cas où pour leur sécurité. Chacun se prend une clé de chambre. Le pass général m'est confié. Un planning de qui peut sortir et à quelle heure est instauré. La discipline militaire facilite l'organisation.
J'autorise une des ados à garder ses deux chats après les avoir brièvement inspectés. Étrangement, la patate poilue ne leur cherche pas querelle. Ce cabot trouve toujours moyen de me surprendre. Je récupère les autres animaux. Naya et moi examinons les filles, Damien et Killer les hommes. Rien de suspect. Un des militaires a un bras cassé sans aucun risque de contamination. Une attelle sommaire a été placée. Le médecin est chirurgien, néanmoins, il manquait de matériel. Demain, il opérera l'homme pour le soigner à l'hôpital de la ville. Ensuite, il effectuera les soins à l'hôtel. Je promets de ramener des produits frais le lendemain et nous partons.
Nos amis du mas commençaient à s'inquiéter de notre retard. Nous leur racontons tout dans les moindres détails. Le lieutenant hurle de joie en entendant parler de Mathilde et des différents militaires que j'ai reconnus. Il déclare à notre groupe sa totale confiance en Mathilde. Je confirme de nouveau son affection et sa tendresse envers ma jumelle et moi. Mathilde est un peu comme une mère pour nous deux. Je déclare aussi que cette femme est bien plus dangereuse que Papinou et Richard réunis. Donc si elle est devenue belliqueuse, nous ne passerons pas la nuit. Il n'y a que Mitchell qui comprend et rit à ma blague.
Au moment d'aller dormir, Thibaut toque à ma porte. Il veut me parler. Bien que je sois en nuisette, je l'invite à rentrer. Il vient s'excuser pour l'attitude de Clarissa. C'était sa petite amie auparavant et ils se sont remis ensemble quand elle est revenue. Mais ce soir, il s'est disputé avec elle. Ils ont rompu. Il ne supportait plus ses plaintes à mon égard. J'ai fait ce qu'il fallait pour la survie du plus grand nombre. J'ai sauvé la vie du groupe de son père. J'ai sauvé la vie de la bande de Naya. J'ai tué une amie avant qu'elle ne devienne dangereuse et avant qu'elle ne souffre. Thibaut m'approuve et me soutient. Je suis sa petite sœur de cœur. Clarissa n'est rien par rapport à la tendresse fraternelle qu'il a pour moi. Blaise étant souvent occupé avec Sarah, il me propose ses bras pour les câlins. Je le taquine sur le fait que c'est la deuxième fois qu'il vient papoter en pleine nuit dans la chambre d'une Farmer. Il me promet en riant de ne pas chercher à m'embrasser demain matin. C'était une erreur avec Meg. Nous dormons blottis l'un contre l'autre. Son contact me tranquillise un peu.
Le lendemain matin, nous sommes encore en vie. Mathilde ne nous a pas attaqués. Notre médecin, Mitchell, Laëtitia, Damien, Naya et Blaise m'accompagnent apporter des œufs, du pain, des confitures et de la viande à nos voisins qui nous accueillent avec joie. Une des militaires part avec Blaise et Damien pour récupérer au supermarché local de quoi remplir les chambres froides de l'hôtel. Naya, Laëtitia, Killer et moi restons avec Mathilde pour discuter.
Les deux médecins, la vétérinaire, Mitchell et le militaire blessé vont à l'hôpital. Ils trouveront tout ce qu'il faut pour opérer en toute sécurité. Ils discutent aussi des réserves respectives en médicaments, du livret de Richard et des expériences menées. Par la radio, je surveille leur papotage. De toute manière, Mitchell et Emma sont dignes de confiance. L'opération se place rapidement. Tout va bien. Le militaire va pouvoir guérir maintenant. Les médecins récupèrent un peu de matériel chirurgical, dont une table pour le mas.
Pendant ce temps, je raconte en détail tout ce qui s'est passé depuis mon dernier appel. Mathilde me câline quand j'évoque les moments difficiles de la mort d'une petite fille à celle de Richard. De la période de déprime fraternelle, quand Meg et moi pensions être les derniers humains. La disparition de ma sœur. Ce sentiment qu'elle est encore en vie. Je lui montre précisément les zones saines ou quasi-saines, notre accès à la mer et notre plan d'élargissement. Mathilde me félicite. Mes décisions sont intelligentes, stratèges et réfléchis. Elle est heureuse de me savoir bien entourée, avec des amis fidèles et des gens cultivés comme le professeur Noguerra et Mitchell. Le regard insistant un peu lourd que lui laisse Killer la fait rire. Il la surveille avec attention, sentant son potentiel menaçant. Je n'ai pas besoin de lui dire qu'il s'agit du chien de Choupette, ni qu'il a le même caractère qu'elle. Mathilde le comprend toute seule et rigole de mon désespoir d’être suivi H 24 par une patate puante. Il finit par s'allonger en soupirant après que je l'aie grondé.
J'explique la personnalité de chacun et ses responsabilités. Nos zones d'élevages et de cultures. Nos stocks de bouffe et de matériaux éparpillés un peu partout. Avec les troupes de Mathilde, nous allons pouvoir reprendre l'entretien de notre périmètre et agrandir notre accès à la mer rapidement. D'un commun accord, nous décidons, elle et moi, de finir de sécuriser les accès Nord, Est et Ouest et de se concentrer sur l'avancée au Sud vers Tourmorte. Nous sommes d'accord que cela ne sert à rien de s'étendre davantage dans toutes les directions. Avoir une zone de base parfaitement maîtrisée est bien plus important que de contrôler mal beaucoup de terres inutilisées. En plus, à l'intérieur de Tourmorte, nous avons possiblement soit un excellent allié avec un tank, soit la pire menace de tous les temps.
Les fruits et légumes redonnent des couleurs aux troupes de Mathilde. Les nuits de sommeil profond diminuent leurs cernes. Tous les jours, nous les inspectons et contrôlons les réflexes ainsi que ceux de leurs animaux. Rien de suspect à signaler. Les deux médecins, la biologiste et la vétérinaire discutent entre eux des informations du manuel, de l'équipement médical, des médicaments et des pansements à disposition. Alex, Monsieur Noguerra et le père de Naya expliquent aux civils les travaux de fabrication, réparation, d'entretien, de culture et d'élevage qu'il faudra faire en zone saine. Ils évaluent les connaissances et le savoir-faire afin de répartir le travail de manière optimale. Tous coopèrent et sont heureux de participer à notre développement commun.
Avec Mathilde, ses lieutenants et Mitchell, nous établissons un planning sur les différentes priorités et sur le type de troupes ou de matériaux divers. Blaise, Damien, Laëtitia et Naya participent aux discussions. Je veille à ce que leurs avis soient respectés. Les militaires écoutent Mitchell et moi sur les différentes missions que nous leur confierons plus tard. Les risques sont bien plus limités que ceux actuels et en plus, ils auront de la bouffe, du sommeil et si besoin des soins. Ils sont partants et prêts à obéir sans rechigner. Les troupes de Mathilde sont parfaitement organisées, comme je m'y attendais. Nous leur donnons les informations sur les lieux et nous prenons nos décisions en commun. J'agis comme s'ils étaient déjà parmi nous. Pour montrer ma confiance, mais aussi pour redonner espoir à mes amis. Malgré mon jeune âge, il me respecte pour mon savoir et ma connaissance parfaite du terrain. Je suis traité comme l'égale de Mathilde. Elle y veille attentivement.
À la demande du lieutenant, Mathilde a une discussion en tête-à-tête avec Naya et Laëtitia. Je comprends qu'il veut qu'elles parlent avec quelqu'un du fait d'avoir tué des hommes sains de sang-froid. Mitchell a déjà discuté avec les filles, cependant, il pense qu'une femme sera mieux placée pour que Naya et Laëtitia se confient. Elles s'isolent pendant plus d'une heure et les deux filles en ressortent en pleurs visiblement soulagées.
Au bout de quinze jours, les troupes de Mathilde sont tous reconnus sains. La cicatrice du militaire est parfaitement propre. Il en a encore pour une semaine de plâtre et après, il commencera la rééducation. Les hommes et femmes vont pouvoir venir au village avec tout leur cheptel. J'ai tondu leurs moutons pour la vérification de blessures. Nous avons un bon stock de laine pour fabriquer des couvertures et des vêtements. Quatre-vingt-cinq personnes, dont vingt-six militaires surentraînés et prêt à combattre et un en convalescence. Deux médecins et une biologiste. Une vétérinaire. De nombreuses personnes aptes à cultiver ou à s'occuper d'animaux. De nombreuses capables de bricoler, réparer et construire. Des champs fertiles. Un cheptel conséquent. Du matériel et des véhicules en profusion. Notre survie s'améliore de jour en jour.

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