Chapitre I LE DIABLE

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Trois ans plus tôt. Continent Sardénien

Le soleil se couchait, embrassant une dernière fois la plaine enneigée de ses rayons rouges. Au loin, l'immense forêt s'allongeait, sombre et menaçante. Au village de Garm les torches s’illuminaient progressivement afin de ne pas laisser entrer les ténèbres et un gamin à peine sorti de l'enfance traversait d'un pas rapide la rue principale de la bourgade. Heurtant régulièrement les passants qui s’amassaient devant lui, le gamin s'arrêta un instant près d'un homme bourru à la longue barbe miteuse, le forgeron du village.

Les elfes ! grommela le forgeron en frappant un dernier coup sur son enclume. Son visage s’éclaira alors d’une lueur féroce. Les épées des hommes se sont soulevées contre les envahisseurs de l'ouest, en vain... Bientôt notre pays devra choisir entre la mort ou les chaînes, s’attrista le vieil homme aux yeux bordés de fatigue.

Magnar et Seaboard sont toujours en guerre les uns contre les autres, lui répondit le jeune garçon. Que la malédiction de Lug soit sur eux. Qui va nous sauver maintenant ?

L'âge des héros a pris fin avec le porteur de la victorieuse. Voici venir l’heure de la moisson, philosopha le forgeron, et ainsi l'ombre des elfes arpentent désormais notre monde. La nuit tombe sur nous.

L'abandonnant à ses lamentations, la jeune fille continua et déboucha sur une grande place où la foule s'attroupait. Au milieu de la cohue, il parvint à se hisser à grand peine sur la statue à l'effigie de leur dieu. Il s’était suspendu, et se tenait les bras passés au-dessous du genoux du dieu solaire Lugdunum. Bien que dans une pose aussi pénible qu'elle paraissait, le gamin n’eût pas quitté cette place pour tout l’or du monde. Virgil car c'était là son nom avait une place de choix pour admirer le spectacle qui provoqua chez le garçon un frisson. Une cohorte de soldats elfes traversait le village, lourdement armés, ils entrechoquaient à l'unisson leurs longs boucliers.

Ils furent rapidement suivis par les plus redoutables chevaliers au monde, les loups d'argent. Ces elfes étaient les seuls capables de monter ces immenses canassons blancs aussi imposants que des chevaux de trait et aussi rapides que les coursiers des steppes. Ne regardant ni à droite ni à gauche les cavaliers en armure étincelante passèrent sous les regards inquiets des villageois plongés dans un froid mutisme.

Tous observaient leurs étendards flottants au vent au-dessus de leurs casques d'acier, la bannière au soleil d'or. Les ennemis séculaires de la nation des hommes étaient parvenus jusqu'aux frontières du pays de Gulbrand pour le plus grand déplaisir de ses habitants. Un commandant à l'armure richement ornée fermait la marche, lui et ses alliés firent route vers l'Ouest, à la tête d'une trentaine de chevaliers.

La couleur et la gaieté de la journée écoulée avait laissé place au silence de la nuit quand l'armée disparut dans la plaine. Virgil les observaient s’éloigner puis il redescendit après quelques minutes, Alick et Mégara deux amis du gamin se jetèrent alors sur lui.

On a aperçu des groupes de mercenaires aux abords de la forêt, raconta un garçon rondouillard.

Des hommes, ils étaient vêtus de cuir et il avaient de grands arcs à la main, rajouta la gamine aux grandes dents.

Ils vont peut-être s'affronter, leur répliqua Virgil. J'espère qui vont tous les tuer, ces ordures ! Ils n'ont pas le droit d'être ici, s'insurgea-t-il. Venez, on va voir ça !

Sur ces mots les trois gamins partirent en direction de la plaine et se lancèrent maladroitement à leur poursuite. Ils coururent jusqu'à ce que leur respiration se fasse laborieuse, Alick flancha le premier, suivi quelques instant plus tard par Mégara dont le courage c'était fané car la nuit désormais était sombre. Seul Virgil fut assez brave pour s'aventurer jusqu'à l'entrée du bois d'épine.

2

Un vent récent avait débarrassé les arbres de leur blanc manteau de neige laissant apparaître un ciel mouché d'étoile. Autour de lui des bruissements et des mouvements trahissaient la présence d'animaux ou peut-être pire. Malgré la peur qui lui montait à la gorge, il continuait, la haine qu’il éprouvait envers les elfes était grande et l'intrusion des envahisseurs dans son village l'avait fortement affecté. Le sentier devant lui s'enfonçait entre les arbres, apeuré il jetait un regard derrière son épaule, désormais son village n'était plus visible. Ses yeux balayaient l'obscurité de droite à gauche, parfois il s'immobilisait effrayé par le simple bruit d'un bout de bois cassé ou d'un remous de feuillage qui trahissait le passage d'un animal ou autre chose. Le vent se leva à nouveau et souffla à travers les arbres envahis par les ombres quand soudain il se figea à nouveau. Devant lui quelqu'un parlait. Virgil ne parvenait pas à comprendre les paroles proférées, les mots sonnaient d'une étrange manière à ses oreilles, s'approchant un peu plus le jeune garçon aperçut enfin les chevaliers elfes et les mercenaires qui les avaient rejoint. À la façon dont ils discutaient, les mercenaires n'avaient aucune haine envers les envahisseurs, ils semblaient même être de connivence.

Virgil, couché sous un fourré tendit l'oreille à l’affût de la moindre information, mais le vent soufflait et masquait leur voix. Attristé de voir des hommes de sa race s'allier ainsi à ces elfes, il se résigna, se releva et reprit le chemin de son village en pleurant. Abandonnant ces ennemis de toujours, le gamin atteignit un sentier abrupte quand un hurlement retentit depuis l’extérieur du bois, tout près de lui. Les cheveux de Virgil se hérissèrent lorsqu'il aperçut une forme sombre apparaître face à lui. Dans un sursaut il sauta en contrebas afin de se cacher de l'étranger. Après ça, il n'entendit aucun bruit de pas, mais la forme se découpa rapidement avec de plus de netteté. Le gamin perçut à travers la pénombre, les contours de d’une mince silhouette dissimulée sous une cape noire et une ample capuche.

Dans la faible clarté d'une lune naissante, une masse d'acier se dressa au-dessus de l'étranger et soudain quelque-chose étincela dans une main tendue. La main de l'étranger se referma sur le poignet, immobilisant la lame puis un bruit sec d'os cassé retentit. Ce qui devait être un des soldats elfe poussa un gémissement rapidement étouffé par son adversaire. Il frappa de façon aussi soudaine et inattendue. Son poing alla s'enfoncer dans la gorge du soldat qui s'affaissa dans un gargouillement rauque. Virgil retint brusquement son souffle devant cette scène. Il n’avait jamais vu un homme mourir avant ce soir. Son cœur tambourinait dans sa poitrine. L'étranger enjamba silencieusement le corps qui se tortillait sous lui. Lorsqu'il s'enfonça dans le bois, il se retrouva assez prêt de Virgil pour qu'il puisse apercevoir deux yeux rougeoyer comme deux charbons ardents. Avec ses vêtements sombres il presque était invisible, pourtant la sonnerie des trompettes retentit telle une puissante onde transperçant la forêt pour alerter de sa présence. Virgil hésita à fuir mais comment faire s'il tombait nez à nez avec les elfes ou pire cette chose à forme humaine ? Au loin il observa une lame jaillir depuis l'obscurité et puis tout alla très vite, les elfes se risquèrent à affronter l’étranger, et le sang jaillit. Des hurlements résonnèrent de tous côtés, et devinrent épouvantables, puis des grognements, tant, que le gamin se boucha les oreilles afin de ne plus entendre ce chant macabre.

Virgil ne dormit pas cette nuit-là, dans son esprit il se berçait de chants infiniment plus doux et bienveillants que ce cauchemar qu’il traversait. Lorsque les hurlements se turent enfin c'était presque l'aube. Il se releva et quitta les bois, rien ne bougeait, autour de lui tout était froid, il ne se préoccupait guère alors de la direction dans laquelle il se dirigeait. Il errait dans le bois, encore sous le choc quand lui apparut une vision d'horreur. A travers les brumes matinales il vit l'étranger se qui se tenait face à lui, du sang le maculait jusqu'aux chevilles, ses pieds étaient empoissés dans les entrailles de ses victimes et ses yeux de démon le fixaient sans ciller.

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