PRELUDE Partie 3

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Il s’exécuta sans réellement comprendre son expression nerveuse, tout à coup, elle tapotait du pied, elle était manifestement contrariée, non pas par la présence de l'elfe ni par leur conversation, elle paraissait troublée. Une fois retourné à sa table, Celyn l'observait avec une certaine inquiétude, de son côté elle devinait sans mal son incompréhension, et qui aurait pu le blâmer. Depuis l’extérieur, on entendait des hennissements suivis de quelques paroles incompréhensibles. Puis des bruits de pas s'enfonçant dans la neige se firent de plus en plus distincts. La porte s'ouvrit dans un fracas monumental faisant vaciller les flammes des candélabres devant elle. Trois ombres surgirent, trois hommes drapés dans des capes doublées de fourrures. Leurs longs cheveux, leurs barbes étaient blanchis de givre. Tous trois se trouvaient encapuchonnés, leur visage demeurait dans l'ombre et ils restèrent un instant dans l'obscurité, le temps de s’épousseter. Les nains, face à eux, se firent des plus discrets, ils cessèrent de jouer, baissèrent le regard tourné vers le fond de leurs chopes vides. La femme serra son mari, et l'agrippa par le bras. Lui ne bougeait plus un cil, il baissait la tête, et fixait le fond de son assiette.

Celyn empoigna le pommeau de sa lame d'un geste irréfléchi et d'un bref signe de la tête la voyageuse lui conseilla de se raviser. Les hommes avancèrent lentement, d'un pas lourd, se débarrassant de la neige encore collée à leurs capes.

Soudain, dans l'arrière-salle, un gémissement se fit entendre, suivi d'un claquement métallique. Les clients sursautèrent, les hommes eux demeurèrent stoïques tout comme la jeune femme toujours la tête penchée dans le vide. Sortie de la cuisine, une silhouette féline approcha, accompagnée du cliquetis de son armure légère. Elle abaissa sa lance rougie de sang qui s'écoulait sur le plancher tel un chapelet de gouttelettes écarlate. Son visage abrité par un masque de métal noirci ne laissait distinguer que ses yeux noirs et scintillant de cruauté. Le casque qui ornait sa tête arborait de grandes plumes de faisans et laissait onduler sa chevelure grisonnante. Chaque mouvement de son corps souple était subtilement provocateur.

Une membre des stannias à n'en pas douter, songea l’elfe.

Les stannias étaient une caste de guerrières elfes. Chacun des contours de ses traits et de ses membres semblait habité par une personnalité maléfique. Elle prit place à une table et y demeura nerveusement silencieuse. Les hommes la rejoignirent tout en scrutant les clients apeurés. Ils s'assirent et se servirent à boire partageant une cruche déjà présente sur la table. Après s'être désaltéré, un des hommes prit la parole.

Nous recherchons une femme, à vos yeux elle paraîtrait telle une Noctinos, leur apprit le plus imposant des trois d'une voix rauque. Elle est mince, a la peau d’un elfe, et ses cheveux sont blancs comme d’la neige ajouta-t-il en tournant la tête dans la direction de la voyageuse.

— Elle est enveloppée dans une large cape de… dit un autre.

Il marqua un arrêt pour fixer la jeune femme sans finir sa phrase et fit un léger signe de la main à la tueuse elfe afin de lui signifier la présence de celle-ci. La stannias prit une profonde inspiration, se releva d'un mouvement lent et assuré, empoigna sa lance et s'avança en compagnie de l'homme. Les deux autres dégainèrent leur épée sous le regard mortifié de l'assistance. Les hommes restaient en retrait, leurs mains tremblaient et la jeune femme qui l’avait remarqué, se fendit d'un léger rictus.

Vous savez ce qui nous amène, dit un des hommes d'un air plus posé.

Il y avait une certaine forme de respect dans son intonation.

Combien ? demanda la voyageuse d’un ton laconique..

Bien assez pour tenter notre chance face à vous, ajouta-t-il avec politesse.

J'imagine que c'est grâce à elle que vous m'avez débusquée.

C'est pour cela que l'on me paye Asêgalan, ajouta la stannias d'une voix étouffée par son casque.

Que vous a-t-on promis, hormis l'or ? Je ne pense pas que vous auriez pris tous ces risques simplement pour quelques sikka, même pour une somme conséquente. On vous a promis des terres ou des titres, qui sait, peut-être une promesse de liberté, supposa-t-elle d'un ton placide en portant son regard vers la stannias.

Cela importe peu Asêgalan, grogna-t-elle.

C'est pour ça que tu portes un masque, tu caches la marque du déshonneur. Tu ne fais plus partie des stannias n'est-pas ? Tu en es réduite à traiter avec ces mercenaires, ces reîtres. Cela explique que tu te sois risquée jusqu'ici.

Désormais la voix de la voyageuse était comme altérée, elle parlait vite, avec véhémence.

Ne l'écoute pas l’elfe, nous ne sommes pas ici pour parlementer.

Non. Vous êtes ici pour faire parler le fer, trancha-t-elle d'une remarque acide.

Les mercenaires ne répondirent pas.

Ces gens sont innocents, réglons ça à l’extérieur, je vous prie.

Olgerd, dit l’un des hommes. On va pas se plier à la volonté de cette salope, on...

Ta gueule, hurla le plus imposant. Nous sommes des professionnels après tout, inutile de verser plus de sang que nécessaire.

Je vous en saurais gré. Sachez toutefois une chose mercenaires, une fois à l’extérieur, je n'aurais nulle pitié.

On va t'enlever le petit sourire que tu te payes, merdeuse. Au lever du jour on t'aura découpée ou pire, grogna le plus repoussant des trois en se fendant d'une grimace simiesque.

Non, lui avait-elle répondu. Tu vas essayer, simplement essayer, ajouta paisiblement la vagabonde tout en s'abreuvant d'une gorgée de bière.

Elle se releva, remit sa cape en prenant soin de se recoiffer et l'homme, face à elle, serra la poignée de son épée dans un sursaut. Les autres la fixèrent, et s’empourprèrent, considérant chacun de ses mouvements avec une attention particulière. Elle se dirigea vers la sortie, calmement et d'un pas lent, se fraya un chemin entre les hommes qui prirent soin de s'écarter d'elle. Celyn Karl Yahnvin restait prostré sur son siège, les yeux écarquillés, et la suivait d'un regard décontenancé. Une fois qu’elle eut passé le pas de la porte, les hommes sortirent à leur tour et la stannias leur emboîta le pas. La porte se referma sous les yeux des clients alors que le vent sifflait et soufflait, mais une fois refermée on entendit seulement le choc des épées résonner au-dehors comme le tonnerre.

De l’intérieur le silence pesant était saccadé par le cliquetis des lames. La promesse du mercenaire fut tenue, le sang fut versé et l'acier entama son chant. Après un temps, le fracas de l'escarmouche s'était assourdi laissant place aux râles d'agonie suivis d'une sorte de grognement animal.

La porte s'ouvrit de nouveau, le vent s’engouffra et plongea la salle dans l'obscurité la plus totale. Tous retinrent leur souffle, une main zébrée de rouge tenta de se mettre à l'abri, agrippa le dormant de la porte avant de se faire happer à l’extérieur avec sauvagerie. Un grommellement fit écho dans toute l'auberge, les clients ainsi que Celyn furent subitement frappés d’effrois. Puis une silhouette refit surface, ses cheveux couleur de lait flottaient au gré du vent qui frappait sans répit.

La femme se tenait devant eux telle une ombre maléfique, une faucheuse dont seuls les yeux à l'iris incandescent brillaient dans les ténèbres. Dans sa main droite se tenait une imposante épée, brisée à la pointe. C’est alors que la Stannias jaillit d’un côté et frappa de taille, enfonçant la pointe de sa lance dans le flanc de la voyageuse faisant couler du sang sur son ceinturon. Elle poussa un cri de bête, et se jeta sur l’elfe la faisant débouler dans l’antre de l’auberge. De son épée, la Noctinos lui assena un coup qui fendit son armure comme de l’étoffe, lui sectionnant l’épaule, et lui fracassant le sternum.

La Stannias tomba à genoux, retenue par la poigne de la voyageuse. Elle la laissa tomber à terre comme si elle n'était rien et l’elfe gémit une dernière fois quand sa tête heurta le sol. De la vapeur chaude s'évadait de la bouche de la vagabonde, elle prenait de larges inspirations, épuisée qu'elle était par son combat tandis que la Stannias d'une reptation tentait vainement de s’accrocher à la vie. La Noctinos la plaqua de son pied, lui fit craquer quelques os au passage, et lui trancha la gorge, proprement. Un sang vermeil jaillit et éclaboussa alors le plancher et la mort survint. Immédiate.

Par le titan blanc, s'écria l'un des nains à la vue de ce démon.

Sans dire un mot, elle retourna à sa table afin de rassembler ses affaires, elle y croisa le regard de l'elfe. Le bougre était pétrifié d'horreur. Pour la voyageuse cela était chose commune, car cette expression maquillait tous ceux qui croisaient sa route. Les mortels craignent ce qu'ils ne peuvent comprendre ou contrôler. Pour eux, en cet instant, la vagabonde était semblable aux abominations qui rôdent la nuit. Pourtant ils ne pouvaient pas plus se tromper, car en certaines occasions cette vagabonde savait se montrer encore plus sauvage et monstrueuse que tout ce qui erre lorsque dorment les aigles.

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