Journal de Teyriel VI
Je me souviens de la bannière à la lance d'argent
Qui vacillait comme emportée par un sinistre messager.
Dans leurs armures cramoisies, les chevaliers
Gisaient ensemble, le visage crispé de douleur.
Au plus profond des terres mortes de mon pays,
Des monstres se glissaient dans l'obscurité.
Même les bêtes les plus sauvages
Pâlissaient d’effroi à leur vue.
Je me trouvais là, où aujourd'hui nul cœur mortel ne bat.
Au loin, un dragon aux flammes rougeoyantes s’élevait.
Ses écailles étaient telles des lances à la pointe effilée et,
L'Yfendrill, l'Arbre-Monde, était consumé en millions de cendres.
Le dieu solaire était mort,
Le champion des hommes périt
Et sa lame légendaire fut brisée.
À chacun de mes pas, mon âme s'en allait un peu plus.
Mon visage était écorché, frappé de profondes entailles,
Et ma chair meurtrie, boursouflée et lacérée.
Le dragon, drapé dans un nuage de cendres,
Frémit et s'envola. J'empoignais, seule, l'épée majestueuse,
Et pourtant, nul feu sacré, nulle lumière divine.
Seul le sang mugit et se noyait entre mes doigts.
Ce soir-là triomphait l'ancienne déesse,
Ce soir-là triomphait l'ombre et la terreur.
Journal de Teyriel

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