Chapitre VIII l'EMPEREUR Partie 6
Le soir venu, Teyriel était retournée à ses appartements. Elle était nue. Elle s'approchait de l'âtre de la cheminée dont les braises se consumaient et faisait crépiter des étincelles. Les braises grésillaient et prenaient une teinte rougeoyante. Les flammes reflétaient sa peau couturée de cicatrices. Là, assise, les jambes en croix, Teyriel fixait le feu, pensive.Elle sortit de son ceinturon deux fioles, ses trésors. Les raisons de son chemin empli de ténèbres. Soudain, la petite voix revint lui murmurer quelques mots.
— Mon père, il désirait que j'aide les mortels, dit-elle. C'était son souhait avant de disparaître. Je devais être celle qui les guiderait, comme le firent mes sœurs jadis, avant de se détourner de cette voie. Il affirmait que le cœur des mortels est bon, bien qu'ils demeurent d'imparfaites créations.
— Et l'as-tu écouté, l'as-tu cru ?
— Crois-moi lorsque je dis avoir tenté de leur venir en aide. Il n'y a pas une bataille à laquelle je n’eusse frappé le fer. J'étais là lorsque Aalion fut assaillie, j'étais là lorsque mon père frappa le ventre de Cirkor pour en sortir Nassa, j'étais là lorsque les morts revinrent sur la terre, et j'étais là lorsque mon père fut frappé par le destin.
— Un jour tu sauras, un jour ils sauront. Si ce que dit ce chevalier est vrai, alors la véritable guerre n’a jamais été aussi proche.
— Je serai prête. Je reprends espoir, Borias.
Pensive, Teyriel finit par s'assoupir, la fatigue l'avait vaincue. Elle demeura couchée l'espace de quelques instants quand, brusquement, elle fut extirpée de sa torpeur. Des bruits de pas lourds accompagnés de cliquetis métalliques approchaient. Teyriel agrippa le fourreau de cuir pour en sortir Næfling. La poignée s'abaissa en même temps qu'une main tapotait la porte.
— Teyriel, chuchota une voix.
— Talrik, qu'est-ce que tu fais ?
— J'entre...
— Non, l'interrompit-elle alors qu'il passait la porte sans attendre son consentement.
Il se trouvait là, une expression béate sur le visage face à la voyageuse nue.
— Qu'est-ce que… Et tes blessures, elles…
Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase que le chevalier lui arracha un baiser.
— Attends, dit-elle en se mordillant la lèvre.
Ce mot sortit sans que ce fût sa volonté. Lui ne répondit rien mais ses doigts se refusèrent, eux, à l'écouter. Chacun de son côté, avec cette volontaire lenteur, hésitait, tâtonnait, s'attardait, recommençait, s'arrêtait même, et ils finirent par une voluptueuse brutalité qui leur était propre. Dans un rapprochement de plus en plus étroit, Teyriel, fermant les yeux, sentit peser contre son sein déjà parcouru de vibrations insensibles la bouche du chevalier.
Son cœur palpitait comme un battant de cloche prêt à se mettre en branle, qui frémissait de la hauteur de sa poitrine jusqu'à ses petits orteils qui se tortillaient déjà de plaisir. La lueur de ses yeux s'intensifiait, ses iris haletaient entre le jaune et l’orangé.
D'une pulsation sourde et saccadée, sa respiration s’intensifiait à mesure que lui l'étreignait avec toujours plus de passion. Sa voix n’était plus qu’un murmure dans l’obscurité qui appelait Talrik. Son corps restait impudiquement étalé sous la mince clarté des braises, avec toute sa chair offerte à la convoitise. L’excitation grandissait chez le chevalier et devenait torturante.
Il avait envie de la prendre là avec violence, mais il résistait à ses pulsions. Il l'embrassa, une fois, puis deux, puis plus profondément. Quand sa langue taquina ses lèvres, elle entrouvrit la bouche. Sa langue hésita puis s'abandonna. Elle avait le goût du freesia et d’une séduction prude. Avec Teyriel, c'était adorable, envoûtant et excitant.
Il glissa une main entre ses cuisses, elle se raidit, puis ses jambes s’ouvrirent sans qu’il n’ait à le demander. Son abandon le rendit heureux et il sourit enfin pendant que ses doigts se glissaient en elle. Rapide, mais précis. Elle succomba sans tarder et il plongea tout au fond d’elle. Les braises étaient à peine assez fortes pour offrir quelques lueurs diffuses sur le corps de Teyriel. Talrik, maintenant, baladait son nez et sa bouche sous la clarté lunaire pour surplomber tout le corps chaud de Teyriel, jusqu’au bas du ventre.
C’était l’endroit qui l’intéressait le plus, cette fente humide qu’il devinait entre ses cuisses. Subitement, elle se retourna et fit virevolter sa chevelure blanche. Elle aimait être sur le ventre durant l’amour. Lui, qui ressentait toujours cette même attirance aussi étrange que naturelle pour la femme au teint de nuit, voyait son cœur vibrer aussi fort que son anneau lorsqu’il priait sur le champ de bataille. Son intérêt n’était pas que purement charnel et les caresses sur son visage n'avaient pas provoqué chez lui un sursaut défensif. Avec elle, il se sentait désiré d’une façon qui n’avait absolument rien de menaçant. Il la prit comme elle aimait. Elle jouit en silence, à de nombreuses reprises. Seule une lente et forte respiration trahissait l’orgasme qui venait et revenait encore. Puis elle se laissa retomber gracieusement.
Sa chevelure blanche s’étala enfin sur l’oreiller et son expression alors fut sereine, paisible. Le pincement d’envie que sa sérénité lui inspirait poussa Talrik à se demander si, ici, dans ce pays, à cet instant, il n’avait pas trouvé cette fameuse paix qu’il recherchait depuis toujours. Il plongea dans ses songes et rêva paisiblement d’un souvenir réconfortant ; ce n’était plus le même désormais, son rêve était empli de freesia et d’une femme à la chevelure couleur de lait.

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