Chapitre VIII L'EMPEREUR Partie 7

2 minutes de lecture

Teyriel était à la fenêtre, elle cherchait ses mots.

— Trop brutal ? demanda Talrik.

— Non, bestial ! le contredit-elle dans un rire.

Sa bonne humeur faisait plaisir à voir et Talrik esquissa un nouveau sourire enfoui au coin de la bouche. Les loups hurlaient encore et, sans réfléchir, en fixant la montagne, Teyriel posa les mains sur l'appui de la fenêtre et se joignit au chœur lointain. Cou tendu, yeux fermés, elle hurla dans la nuit, elle hurla. Talrik, déconcerté, crut que les loups allaient se taire, indignés par cette voix étrangère ; mais non, ils redoublaient leurs cris, lui répondaient même.

— Que…

— Je prie, je hurle pour que tu restes sur mon chemin. Je prie les esprits de la forêt… pour qu’ils soient avec toi. Et ainsi je te tiendrai près de moi encore un soir.

— Tu ne pries pas Lug.

— Lugdunum est mort, Asgaroth est mort. Il y avait ici, avant la venue des dieux nouveaux, des êtres plus anciens encore. Ce sont eux qui me guident et qui m’acceptent. Ce sera notre secret, Talrik.

— Qui sont-ils ?

— C’est encore trop tôt pour ça.

— Un jour alors.

— Quand tu seras prêt. Toi, c’est évident, tu as perdu ta foi.

— Je ne crois plus en rien hormis le pouvoir de cet anneau que tu m’as offert. Même lui, je ne le comprends pas. J’ai prié, prié, et il ne me répondait plus ; et pourtant, lorsque j’ai combattu cette chose, il a répondu à mon appel. Lug m’a répondu.

— Cet anneau vibre lorsque son porteur en a vraiment besoin. Mais ce qui le caractérise vraiment, c’est la détermination de son porteur. Tu as peut-être retrouvé foi en toi. C’est ça avoir la foi, après tout. Les dieux n’ont rien à voir avec ça.

— Pourtant, c’est bien Lug que j’ai prié.

— La vérité derrière la prière est dans le talent de celui qui l'entend, philosopha-t-elle.

Teyriel frissonna alors qu’une chouette hululait et que des voix résonnaient au loin. Elle était silencieuse et regardait le ciel criblé d'étoiles, sous la présence des montagnes. Tous deux étaient là, seuls, sur le balcon. Les deux amants pouvaient entendre des animaux trotter, leurs sens aux aguets ; des plumes lissées s'échappaient ici et là. Frôlements, oreilles dressées, bruissement des arbres, marques dans le sol, truffes humides, pupilles dilatées. La vie s’animait tout autour d’eux et ils restèrent là, puis ils s’endormirent en priant que cette nuit ne cesse jamais.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Yann Loire ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0