Rêve de Teyriel

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Dans ses songes, Teyriel voyait une cité se vider de ses citoyens, où seuls les hommes demeuraient. Tous s'armaient d’épées, de boucliers, de lances et d’arcs. Sur leur dos, ils revêtaient des cottes de mailles et des cuirasses.

Les grandes portes étaient scellées, véritable monument que l’on aurait cru façonné par le marteau de Vyldon lui-même. Les hommes se préparaient à livrer leur dernière bataille. Les archers se plaçaient sur les murailles, l’infanterie se plaçait à l’intérieur des murs, les scorpions de guerre et les trébuchets étaient installés tout autour de la cité. Les préparatifs durèrent du matin jusqu’au crépuscule.

Teyriel voyait Talrik nu qui contemplait les étoiles et les lumières de la ville. L'obscurité ne régnait jamais vraiment dans la cité, mais bientôt les ténèbres engloutiraient leur monde. Une jarre de vin à la main, l'homme aux longs cheveux dégustait son breuvage. Ce soir-là, il ne pensait qu'à la furie de la bataille.

— Talrik, murmurait Teyriel.

— Les hallebardiers d'Abraneskos, lui répondit-il en pointant la ruelle. Voilà le régiment, ils marchent droit, en tendant la pointe de leurs guêtres. Leurs pas sont si corrects, on croirait voir des ciseaux se fermer et s’ouvrir. Tu entends cette musique, ardente et militaire ? Le tambour roule et vibre avec eux. Nous avons peut-être une chance finalement. Tu devrais partir, Teyriel, quelqu'un pourrait te voir.

— Quelle importance désormais.

Dans l'instant qui suivit, un fracas retentit, la porte s'ouvrit et un homme déboula devant eux. Il était encore plus grand que Talrik, et plus massif. Il avait beau être gras et bedonnant, il n'en demeurait pas moins un farouche guerrier.

— Nous devons y aller, Abraneskos nous attend.

— Allons-y. Qu'on en finisse. As-tu mon armure, Veken ?

Sur l'ordre du chevalier au Grand Duc, trois hommes apportèrent un équipement complet : gorgerin, solerets, épaulières, cuissards, jambières, cuirasse et casque à visière. Lorsqu’ils repartirent, son amante dissimulée sous les draps tira de nouveau les rideaux. Un Talrik entièrement revêtu d'acier luisant apparut devant elle. Avec l'armure à plaques, la visière relevée et ses traits taciturnes, le chevalier donnait une impression de force et de farouche résolution.

— Tu la portes comme le ferait un roi, lui avoua Teyriel. Tu survivras ? Jure-le-moi.

— Le souvenir de cette nuit m'aidera à me tenir en vie jusqu'à l'aube, Teyriel.

— Talrik ?

— Oui ?

— Si je devais mourir, ne te souviens pas de moi comme l'Asêgalan sans ailes, ou comme d’une guerrière, mais comme une femme, faillible et aimante.

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