Chapitre IX LE CHARRIOT Partie 6

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La tempête mugissait à l’extérieur, mais à l’approche des murs, on ne la sentait presque plus. Son souffle devint tiède et sulfureux quand une nouvelle silhouette approcha de la porte aux deux lions. Le garde aperçut une femme, seule, couverte sous une large cape noire. Elle était grande et avait une poitrine opulente qui se laissait à demi admirer. Cette fois-là, le garde ne porta pas sa lance dans sa direction lorsqu’elle lui fit face. En revanche, il ne put réfréner l’envie de se fendre d’un sourire édenté devant cette vision onirique.

— Une caravane est-elle passée ici ? demanda la femme sous son capuchon.

— Il y a des caravanes tous les jours, répondit le garde.

— Une avec un chevalier de Lyre ?

— C’est possible, répondit le garde. On voit passer un tas d'oisillons en ce moment. Des prêtres-soldats, des elfes, des nains…

— … Des prêtres-soldats ?

— Des hommes pour la plupart, et quelques bâtards elfes. La liberté de foi… On leur autorise à pratiquer cette foutue religion d’oreilles pointues, alors qu’ils ont fait le serment de ne connaître ni foi, ni trêve avec les païens que nous sommes. Et on les laisse vociférer leurs conneries sur la place, éructa le garde.

— Comment cela se fait-il ?

Le garde était enclin à deviser ce soir-là, et la quantité astronomique de boisson qu’il avait engloutie durant la journée n’y était certainement pas étrangère.

— Tout ça, c’est à cause de Jarann de Lys. Tout ça pour être plaisant à ce morveux d’empereur. Puisse Asgaroth les détruire jusqu’à la racine avec leurs branches et leurs rejetons ! Leur trêve à la con !

— Les elfes ont conclu une trêve ?

— Et oui ! Tu sors d’où, toi ? Radheim, ce Jarann de merde, il a conclu un pacte avec les elfes. Mon cul ! Ce n’est que mensonge, l’empereur aux oreilles pointues n'attend qu’une chose, c’est une excuse pour attaquer ! Ce bâtard de merde ! Après tout ce qu’il a fait aux Sardéniens ! Et on laisse Jarann parlementer avec eux, ce sale bâtard… Les choses empirent chaque jour. On devrait attaquer, on devrait s’unir, on devrait tous les envoyer crever ! L’Asêgalan sans ailes, c’est elle qui devrait revenir et chasser tous ces elfes. Elle devrait prendre le pouvoir… Elle devrait… Ah, j’ai trop bu, j’dis d’la merde.

— Il vous reste le roi Lorem et ses alliés sardéniens.

— C’est vrai, mais l’empereur ne lui laisse aucune trêve, à celui-là.

— L’empereur ne fermera ses ailes que lorsqu’il aura abattu sa proie… Pendant ce temps, il laisse les loups affamés se dévorer entre eux… Le temps est son arme, et seul le temps peut décider du véritable vainqueur, marmonna son interlocutrice.

Le garde était manifestement contrarié par les dires de la jeune femme.

— Si tu cherches un abri, je te conseille de ne pas traîner ici ; par une heure pareille, ce n'est pas prudent pour toi. Et évite de tenir ce genre de discours, ma jolie, sinon…

Le garde jeta un regard par-dessus son épaule et intima à l’étrangère de reculer ; il l’agrippa par la taille et la mena dans un angle extérieur de la forteresse, là où personne ne pouvait les voir.

— Que m’arriverait-il si je parlais trop, allez-vous me faire emprisonner ? Oh, je ne crois pas.

— Tu vas vite le savoir !

— Je crois bien que vous avez une autre idée en tête ? demanda-t-elle d’un ton amusé en voyant le garde se défroquer.

— Ici, ce n’est pas un lieu pour une femme seule. Tu es qui au juste, ma jolie ?

— Un monstre, chuchota-t-elle.

— Quoi ? Qu’est-ce que t’as dit ? demanda le garde en tirant la cape de la femme qui demeurait stoïque. Ah, peu importe ! Tu feras moins la maligne quand j’aurai mis ça dans ta bouche.

— Un monstre, répéta-t-elle tout en révélant une épée dissimulée sous sa cape.

Sa lame effilée scintilla dans un ferraillement cinglant, tenant le garde en respect. Le garde, surpris, recula maladroitement et tenta de remballer son attirail tout en empoignant sa lance. La femme lui laissa tout le temps nécessaire et, lorsqu’il fut prêt à lui répondre par le fer, son crâne fut pulvérisé en un instant comme du verre qui se brise. Tel un châtiment divin, une lance l’avait foudroyé depuis les cieux. Une forme ailée apparut à travers les nuages et fondit au sol pour prendre la forme d’une femme aux longues ailes noires, entièrement parée d’acier sous une longue cape brunie.

— Ils sont ici, révéla la femme ailée.

— Si ce que le chevalier au griffon a dit est vrai, Teyriel touche au but. Nous devrions peut-être lui parler, suggéra-t-elle.

— Non, ma sœur. Laissons-leur le temps de cette nuit, et ensuite, nous leur arracherons la vie.

— Ce soir, notre sœur va payer pour sa traîtrise.

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