42. La Princesse Sylvie et les Multiples Morts de Li Mei
Dans les immenses halls et les vastes salles du palais de Sylvaria transformés pour certains en grands studios de tournage, une maison de thé traditionnelle cathayenne avait été intégralement reconstituée avec le plus grand soin. La Princesse Sylvie se préparait pour la scène la plus dramatique de sa carrière : la mort tragique de Li Mei, la serveuse secrètement amoureuse du prince. Autour d'elle, l'équipe s'affairait, ajustant les lanternes en papier, vérifiant les costumes et répétant les mouvements de combat.
La Princesse Sylvie, vêtue d'une robe de soie verte et d'un tablier de serveuse, se tenait devant un miroir, répétant ses répliques avec une intensité théâtrale :
— Mon prince, je... je dois vous avouer quelque chose... (Elle s'interrompit pour ajuster une mèche de cheveux.) Attendez, c'est trop mélodramatique ? Peut-être que je devrais pleurer un peu plus ?
Maître Wei, l'acteur jouant le prince, sourit avec indulgence.
— Votre Altesse, moins c'est plus. La subtilité est la clé.
— La subtilité ? Mais je veux que tout le monde voie à quel point mon personnage est tragique !
La Damoiselle Sibylle, toujours présente pour rappeler les convenances, intervint avec un sourire rassurant :
— Sylvie, ma chère, un peu de retenue. Une mort tragique doit être élégante, pas exagérée.
Margot, qui avait vu assez de c-dramas pour une vie, leva les yeux au plafond.
— Si seulement c'était aussi facile de mourir élégamment dans la vraie vie.
Le Prince Olivier, assis à l'écart avec Margot, observa la scène avec amusement.
— Je parie qu'elle va encore exagérer.
Margot lui répondit.
— Sans aucun doute. Elle va soit hurler comme une banshee, soit rester figée comme une statue.
Le Prince Olivier riant sous cape, répondit.
— Ou peut-être qu'elle va décider de danser une valse avant de mourir. Tu la connais, elle adore improviser.
— C'est vrai. Et si elle se met à chanter une ballade triste ? Ce serait typique d'elle. dit Margot.
La Damoiselle Sibylle, qui avait entendu leurs commentaires, les rappela à l'ordre avec un sourire patient.
— Mes chers amis, mourir avec élégance est un art délicat. Il ne s'agit pas seulement de tomber par terre, mais de capturer l'essence même de la tragédie. Sylvie doit canaliser ses émotions, jouer avec subtilité, et trouver le juste équilibre entre passion et retenue. Ce n'est pas une tâche facile, même pour une grande actrice.
Le Prince Olivier, feignant l'innocence, murmura à la Damoiselle Sibylle.
— Désolé, Sibylle. Nous ne voulions pas minimiser l'effort de Sylvie. C'est juste que... c'est Sylvie.
Margot, souriant malicieusement, ajouta :
— Oui, et nous savons tous à quel point elle peut être... inventive.
Le mercenaire masqué, un cascadeur professionnel, s'approcha avec une épée métallique qui ressemblait de façon impressionnante à une vraie, bien que factice.
— Prête, Votre Altesse ? Je promets de ne pas vous faire mal... enfin, pas trop.
La Princesse Sylvie, les yeux écarquillés, fixa l'épée.
— Wow, cette épée est incroyablement réaliste ! Est-ce que c'est vraiment sûr ?
Le réalisateur voulut la rassurer.
— Ne vous inquiétez pas, Votre Altesse. C'est une réplique, même si elle est très convaincante.
— D'accord, si vous le dites. Mais je veux que tout le monde sache que je fais ça pour l'art. Bon, je suis prête ! Enfin, je crois. Attendez, est-ce que je dois crier ? Ou juste soupirer ?
Maître Wei lui souffla :
— Un soupir poétique serait parfait.
— D'accord, un soupir poétique. Comme ça : Ahhh... l'amour est si cruel...
Margot ne put s’empêcher d’intervenir.
— Non, non, non. Trop exagéré. Essayez plutôt : Ah... l'amour...
— Ah... l'amour... Oui, c'est mieux. Je crois.
Le réalisateur interrompit leur conversation.
— Tout le monde en place ! Action !
***
Première Prise : Trop Mélodramatique
La scène commença. Le mercenaire masqué entra en trombe dans la maison de thé, son épée sortie. La Princesse Sylvie, jouant Li Mei, se jeta devant Maître Wei avec un cri dramatique :
— Non ! Pas lui !
Le mercenaire frappa avec son épée métallique, et la Princesse Sylvie s'effondra dans les bras de Maître Wei en hurlant :
— AAAAH ! MON PRINCE ! JE MEURS POUR VOUS ! L'AMOOOOOUUUUR EST SI CRUEEEEL !
Le réalisateur intervint.
— Coupez ! Trop exagéré, Votre Altesse. Nous voulons de la subtilité, pas une tragédie grecque.
La Princesse Sylvie, haletante, se releva.
— Désolée, je me suis un peu emportée.
Prince Olivier, riant sous cape, murmura à Margot :
— Elle a failli nous rendre sourds.
Et Margot d’ajouter :
— Au moins, elle a réussi à mourir bruyamment. C'est déjà ça.
La Damoiselle Sibylle, reprenant son rôle de mentor, intervint :
— Sylvie, ma chère, mourir avec élégance demande du contrôle. Vous devez canaliser votre émotion sans la laisser vous submerger.
***
Deuxième Prise : Figée dans les Yeux de Maître Wei
La scène recommença. Cette fois, la Princesse Sylvie se jeta devant Maître Wei et le regarda droit dans les yeux, immobile.
— Mon prince... je... je vous aime depuis toujours...
Maître Wei, tenant la Princesse Sylvie dans ses bras, lui rendit son regard avec une intensité inattendue.
— Votre sacrifice ne sera pas oublié, brave Li Mei.
La Princesse Sylvie, subjuguée, oublia de continuer sa réplique et resta figée, les yeux dans les yeux avec Maître Wei.
— Coupez ! Votre Altesse, vous devez mourir, pas tomber amoureuse !
La Princesse Sylvie, rougissante, cligna des yeux.
— Oh, pardon. J'ai un peu perdu le fil.
Le Prince Olivier, amusé, murmura à Margot :
— Je crois qu'elle a oublié qu'elle était censée mourir.
Margot compléta sa pensée :
— Ou peut-être qu'elle préfère cette fin. Moins douloureuse.
La Damoiselle Sibylle, avec un sourire patient, expliqua.
— Sylvie, ma chère, une mort tragique nécessite une certaine distance. Vous devez jouer la scène, pas la vivre.
***
Troisième Prise : Peur de l'Épée
La scène recommença une troisième fois. Cette fois, la Princesse Sylvie se jeta devant Maître Wei, mais au dernier moment, elle vit l'épée métallique du mercenaire et eut un mouvement de recul :
— AAAH ! Attendez ! Cette épée est vraiment trop réaliste ! Je ne peux pas !
Le réalisateur interrompit la scène.
— Coupez ! On recommence !
L’acteur jouant le mercenaire rassura de nouveau la princesse.
— Votre Altesse, je vous assure qu’elle est réaliste, mais factice. Je ne vais pas vous faire de mal.
Disant cela, il prit l’épée à pleines mains aux deux extrémités et la plia sans aucun effort à près de 180 degrés. Elle reprit sa forme dès qu’il la relâcha.
— Je sais, mais... Ooh ! (Elle trébucha et tomba dans les bras de Maître Wei.)
Prince Olivier, riant ouvertement, murmura à Margot :
— Elle a plus peur de l'épée que de la mort elle-même.
Et encore une fois, Margot d’ajouter :
— C'est une actrice, pas une guerrière. Elle n'est pas habituée à se faire transpercer.
La Damoiselle Sibylle, avec un sourire rassurant, ajouta :
— Sylvie, ma chère, l'épée est factice. Concentrez-vous sur votre rôle, pas sur l'objet.
***
Quatrième Prise : L'Évanouissement Tragique
La scène recommença une quatrième fois. Cette fois, la Princesse Sylvie se jeta devant Maître Wei avec détermination. Le mercenaire frappa, et la Princesse Sylvie s'effondra dans les bras de Maître Wei, prête à prononcer sa réplique finale : — Mon prince... je vous aime depuis toujours... mais maintenant, je dois partir...
Mais alors que la Princesse Sylvie parlait, une larme roula sur la joue de Maître Wei et tomba sur la joue de la princesse. La Princesse Sylvie, surprise, poussa un petit cri et s'évanouit pour de bon. Elle glissa des bras de Maître Wei et tomba sur le sol avec un gros boum.
— Coupez ! Votre Altesse, ça va ?
La Princesse Sylvie, toujours inconsciente, ne répondit pas.
Maître Wei, paniqué, se pencha sur elle.
— Sylvie ! Allons, réveillez-vous !
La Damoiselle Sibylle, inquiète, se précipita vers elle.
— Votre Altesse, vous allez bien ?
Margot, pragmatique, soupira.
— Elle a juste eu un petit choc émotionnel. Ça arrive.
Prince Olivier, riant sous cape, murmura à Margot :
— Je crois qu'elle a finalement trouvé une façon de mourir sans exagérer.
Margot précisa :
— Oui, mais ce n'est pas vraiment ce que le réalisateur avait en tête.
Après quelques secondes, la Princesse Sylvie ouvrit les yeux et se redressa lentement.
— Que... qu'est-ce qui s'est passé ?
Le réalisateur tenta de la rassurer.
— Vous vous êtes évanouie, Votre Altesse. Mais ne vous inquiétez pas, nous allons recommencer.
***
Cinquième Prise : La Perfection Tragique
La scène recommença une cinquième fois. Cette fois, la Princesse Sylvie se jeta devant Maître Wei avec une détermination renouvelée. Le mercenaire frappa, et la princesse s'effondra dans les bras de Maître Wei avec un soupir poétique :
— Mon prince... je vous aime depuis toujours... mais maintenant, je dois partir... dans les bras de la mort... ahhh...
Maître Wei, ému, la regarda avec tendresse :
— Votre sacrifice ne sera pas oublié, brave Li Mei.
— Parfait ! C'est dans la boîte !
La Princesse Sylvie, soulagée, sourit.
— Enfin ! Je crois que j'ai enfin compris comment mourir élégamment.
Prince Olivier, impressionné, murmura à Margot :
— Elle a finalement réussi. Qui l'eût cru ?
Margot ajouta :
— Oui, après quatre tentatives ratées. Mais au moins, elle y est arrivée.
La Damoiselle Sibylle, fière, déclara :
— Votre Altesse, vous avez été sublime. Une vraie star.
La Princesse Sylvie, ravie, sourit.
— Bien sûr ! Mais d'abord, je dois manger quelque chose et me reposer. Mourir, c'est épuisant.
Et ainsi, la Princesse Sylvie, future star de c-dramas, continua son aventure dans le monde du cinéma, prête à affronter de nouvelles scènes dramatiques... et peut-être même à trouver un autre prince à aimer secrètement.
Moralité
Même les princesses les plus espiègles peuvent devenir des actrices tragiques... avec un peu de pratique, beaucoup de mélodrame, une épée très convaincante, et une larme inattendue.

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