46. La Danse de l’épée et le Prince Olivier

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La réception finale pour le départ de la production cathayenne était un événement somptueux. Dans la grande salle royale de bal du palais de Sylvaria, les invités, vêtus de leurs plus beaux atours, remplissaient la grande salle du palais, où des lanternes rouges et dorées illuminaient la scène. Au centre, un vaste espace surélevé avait été aménagé, entourée d’instruments traditionnels cathayens : des pipas aux cordes argentées, des erhus aux mélodies envoûtantes et des tambours profonds qui résonnaient comme le cœur d’un dragon endormi.

Mei-Ling, resplendissante dans une robe de soie rouge et or, monta sur l’estrade avec une grâce qui semblait défier la gravité.

Ses cheveux noirs, coiffés en une élégante tresse ornée de perles, cascadaient sur ses épaules comme une rivière de jais. Ses yeux, aussi profonds que des lacs de montagne, captivaient l’assemblée. Son sourire énigmatique et son regard captivant firent frémir le Prince Olivier, assis à côté de la Princesse Sylvie.

Il se redressa aussitôt, déterminé à montrer qu'il maîtrisait parfaitement la situation. Il ajusta sa cape, bomba le torse et afficha un sourire qu'il espérait à la fois noble et détaché.

Il croisa les jambes avec nonchalance, un sourire poli aux lèvres, mais ses yeux ne quittaient pas Mei-Ling. Chaque mouvement de la jeune femme le fascinait, et il serrait discrètement les accoudoirs de son fauteuil pour s’empêcher de se lever et d’applaudir à chaque figure de sa chorégraphie.

La Princesse Sylvie, quant à elle, observait la scène d’un œil acéré. Ses doigts tapotaient nerveusement son verre de jus de pomme, et ses regards noirs envers Mei-Ling auraient pu faire fondre de la glace.

La Damoiselle Sibylle, vigilante, se tenait discrètement derrière elle, prête à intervenir si la princesse perdait son sang-froid.

Margot, elle, scrutait la salle, cherchant désespérément du regard un objet contondant en cas de besoin. Un gourdin, une chaise, n'importe quoi qui pourrait assommer Mei-Ling si celle-ci dépassait les bornes.

Les musiciens entamèrent une mélodie envoûtante, et Mei-Ling commença sa danse de l’épée. Chaque geste était d’une précision chirurgicale, chaque mouvement chargé d’une grâce mortelle et de puissance. Elle tournoyait comme une feuille emportée par le vent, son épée brillant sous les lumières, traçant des arcs parfaits dans l’air.

Elle exécuta d’abord la Figure du Dragon, où son épée décrivait des cercles fluides, imitant les volutes de fumée d’un dragon mythique. Puis vint la Pirouette du Phénix, où elle tournait sur elle-même, les bras tendus, son épée étincelant comme les plumes d’un oiseau de feu.

La Posture du Tigre montra sa force : elle se baissait, une jambe tendue derrière elle, son épée pointée vers le ciel, imitant la puissance d’un félin prêt à bondir. Enfin, la Valse des Étoiles la fit sauter en l’air, son épée décrivant une roue parfaite avant qu’elle ne retombe en équilibre sur un pied, aussi légère qu’une plume.

Le Prince Olivier, hypnotisé, oublia momentanément de jouer les indifférents. Ses yeux suivaient chaque mouvement de Mei-Ling avec une admiration non dissimulée. La Princesse Sylvie, remarquant son air extasié, murmura entre ses dents :

— Regardez-le, il bave presque.

La Damoiselle Sibylle, sentant la tension monter, se pencha vers la Princesse Sylvie et murmura :

— Votre Altesse, un peu de dignité, je vous prie.

Margot, en alerte, serra discrètement un petit coussin brodé, prête à l’utiliser comme projectile, n'ayant pu trouver mieux.

Lorsque Mei-Ling termina sa danse dans une dernière révérence, un tonnerre d’applaudissements retentit. Olivier, réalisant qu’il avait applaudi avec enthousiasme, toussota pour se donner une contenance. La Princesse Sylvie, toujours en pleine crise de jalousie, leva son verre en direction de Mei-Ling avec un sourire forcé.

— À notre invitée, dont la grâce est aussi éphémère que son séjour ici.

Mei-Ling, impassible, inclina la tête en signe de remerciement, tandis qu’Olivier, rouge de honte, tentait de retrouver sa dignité perdue.

Et ainsi, la soirée se poursuivit, entre rires étouffés et regards complices, tandis que Margot et la Damoiselle Sibylle échangeaient un soupir de soulagement.

La Princesse Sylvie, quant à elle, décida qu’il était temps de trouver un nouveau passe-temps… loin des actrices cathayennes.

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