54. La Princesse Sylvie et les Secrets du Royaume

8 minutes de lecture

La Princesse Sylvie, Margot et la Damoiselle Sibylle étaient assises sur un banc dans les jardins du palais, discutant encore de leur aventure au Grand Centre Numérique du Savoir. Flamme, blotti contre la Princesse Sylvie, écoutait attentivement, ses petites ailes frémissantes d’excitation.

— On a vraiment failli se faire prendre ! Si les gardes nous avaient surprises avec Flamme… murmura la Damoiselle Sibylle en rougissant.

— Mais ils ne nous ont pas surprises ! s’exclama la Princesse Sylvie avec un sourire triomphant. Et maintenant, nous connaissons l’origine de notre tradition. Nous pour quelle raison toutes les reines de Sylvaria, depuis les origines s’appellent Sylvie, tout comme moi !

Margot qui réfléchissait tout en écoutant hocha la tête.

— C’est une découverte fascinante, Votre Altesse. Mais nous devons être prudentes. L’accès à ces connaissances est certainement interdit pour une raison.

À ce moment-là, un messager royal apparut, l’air grave.

— Sa Majesté le Roi exige votre présence immédiate dans la salle du trône. Toutes les trois… et le dragon.

Les trois jeunes femmes échangèrent un regard inquiet.

— Oh non… murmura la Damoiselle Sibylle. Nous sommes découvertes !

***

L’Entrevue avec le Roi et la Reine

Le roi et la reine étaient assis sur leurs trônes, le visage impassible. La Princesse Sylvie, Margot et la Damoiselle Sibylle entrèrent, suivies de Flamme, qui se cachait derrière les jupons de la princesse.

— Approchez, mesdemoiselles. dit le roi d’une voix calme mais ferme. Et toi aussi, Flamme.

La Princesse Sylvie s’avança, essayant de paraître confiante.

— Père, nous…

— Je sais tout, interrompit le roi en levant une main impérieuse.

— Je sais comment vous avez trompé les gardes, piraté les accès aux archives anciennes, et comment vous avez introduit un dragon interdit dans le Grand Centre Numérique.

Un silence pesant s’installa.

— Je ne suis pas surpris que toi, Sylvie, tu aies fait cela, continua le roi en regardant sa fille avec un mélange d’amusement et de sévérité.

Il tourna son regard vers la Damoiselle Sibylle.

— Mais toi, Sibylle… Toi qui es toujours si prudente, si respectueuse des règles… Comment as-tu pu ?!

La Damoiselle Sibylle releva la tête, ses yeux brillants d’une détermination inhabituelle.

— Votre Majesté, depuis mon plus jeune âge, j’ai été élevée dans l’étude des textes anciens, des légendes oubliées et des mystères de Sylvaria. J’ai été formée à l’étiquette de notre royaume, ses traditions de bienséance et de convenance, ses arts, sa morale et sa philosophie. Toutes ces choses plongent leurs racines dans notre plus lointain passé, elles en sont issues, elles ont été façonnées par ce passé. Mon précepteur m’a toujours enseigné que notre royaume cache des secrets bien plus profonds que ce que l’on nous montre. Il y a des légendes, oui, beaucoup de folklore, que tous connaissent. Que tout le monde aime entendre raconter. Que tout le monde aime voir mis en scène dans les histoires animées. Mais, votre Majesté, qu’en est-il réellement de ces époques oubliées ? Je ne pouvais pas rester à l’écart quand la Princesse Sylvie a découvert quelque chose d’aussi important.

Elle fit une pause, puis ajouta avec conviction :

— Je crois, Votre Majesté, qu’il est important que chacun ait la possibilité de comprendre d’où nous venons. Ces légendes ne sont pas de simples contes. Elles sont la mémoire de notre peuple.

Le roi la regarda longuement, visiblement surpris par sa passion.

— Sibylle, ta curiosité est admirable… mais dangereuse. Depuis plusieurs siècles maintenant, le peuple de Sylvaria a choisi d’oublier ces anciennes légendes pour vivre tourné vers l’avenir, le progrès, la nouveauté. Les malédictions, les mystères, les mythes et légendes du passé… tout cela n’a plus sa place dans notre monde.

La Princesse Sylvie intervint.

— Mais, Père… Et si ces informations pouvaient nous aider à mieux comprendre notre royaume ? À le préserver ? Comment prendre soin et faire se développer ce dont on ignore la nature profonde ?

Le roi l’interrompit brutalement.

— Et si ces informations entravaient notre marche en avant et causaient notre stagnation ? Y as-tu seulement pensé ? Elles pourraient aussi peut-être nous détruire. L’as-tu envisagé ? T’es-tu seulement demandée un instant s’il n’y avait pas une raison valable à ce que leur accès en soit restreint depuis près de sept siècles maintenant ? Nous, les monarques, en sommes les gardiens. Et ce sont des choses d’un autre temps que les gens ne comprennent plus et auxquelles ils ne veulent plus s’intéresser. »

La princesse prit un ton accusateur.

— Mais père, pourquoi n’ont-ils pas au moins le choix d’y accéder ? Savent-ils seulement que ces informations existent ? Tout est derrière des portes blindées et des serveurs sécurisés !

— Ma fille tu sembles confondre interdiction et restriction d’accès. Ces informations, comme tu dis si bien, ne sont pas interdites. Ni leur accès ni leur possession ne sont prohibés. C’est leur accès, par contre, qui est, effectivement, restreint. Les monarques et les Hauts-Conseillers du royaume les consultent selon leurs besoins, ainsi que les chercheurs des Guildes dans le cadre de leurs travaux. Tes précepteurs y ont aussi puisé ce qui leur était utile pour ta formation au fil des années car tu es l’héritière du royaume.

La Princesse Sylvie ouvrit la bouche pour protester, mais le roi leva la main.

— Et selon les usages, lorsque le temps sera venu, que tu monteras sur le trône, et que tu deviendras la 143ème Reine Sylvie de Sylvaria, alors tu y aura un accès libre et complet. Ainsi que celui qui sera ton époux. Mais sache que même ces archives anciennes qui te paraissent contenir toutes les vérités ne sont que fragmentaires. Elles sont bien loin de contenir toutes les réponses. Des pans entiers de notre passé nous sont inconnus, sans parler de l’origine de nos ancêtres fondateurs qui reste un mystère total malgré plusieurs siècles de recherche et d’étude.

Les yeux de la Princesse Sylvie s’illuminèrent.

— Alors… il y a encore des secrets à découvrir ?

— Le fait est que … dit-il avec un sourire énigmatique, il existerait d’autres informations anciennes. Un ensemble d’éléments concordants dans les archives anciennes le laissent penser. Mais quant à leur nature, l’endroit ou la forme sous laquelle elles se trouvent, et surtout si elles existent encore… Personne ne le sait.

Le roi marqua alors une pause pendant laquelle la Princesse Sylvie essayait de réfléchir à ce qu’elle venait d’entendre. La Damoiselle Sibylle semblait aussi fascinée et plongée dans ses réflexions que la princesse.

Flamme ayant conclu qu’il n’y avait pas de danger immédiat pour lui, commençait à trouver le temps long et s’était roulé en boule aux pieds de sa maîtresse en se demandant ce que pouvait bien être en train de faire Long et si tout cela allait encore durer longtemps.

Le roi regarda alors la reine qui lui rendit son regard comme pour lui donner son assentiment. La princesse le remarqua et regarda son père d’un air interrogateur.

— Quoi qu’il en soit, considérant les raisons que tu viens de nous exposer et qui t’ont conduite à forcer l’accès à ces informations, la reine et moi-même décidons de déroger aux usages et de t’accorder aujourd’hui même, ainsi qu’à la Damoiselle Sibylle au titre de conseillère spéciale, l’accès libre et complet aux archives anciennes qui normalement n’est octroyé aux reines que lorsqu’elles montent sur le trône.

La princesse regarda son père, abasourdie. La Damoiselle Sibylle semblait elle aussi stupéfaite. Alors la reine, qui n’avait pas dit un mot jusque-là, brisa le silence.

— ‘Comment prendre soin et faire se développer ce dont on ignore la nature profonde ?’ Est-ce que ce ne sont pas là tes propres paroles, ma fille ?

— Tout à fait mère.

— Cela établit donc que qu’il ne te semble pas possible d’embrasser l’avenir sans préserver le passé. Et en conséquence de cela, tu veux savoir et comprendre dès aujourd’hui. Pour quelle raison donc t’empêcherions-nous d’accéder à cette connaissance du passé dont tu es convaincue de la nécessité ? C’est pour cela que nous t’accordons les accès.

***

Les Punitions tombent

Le roi reprit alors la parole. Son ton sévère contrastait avec celui qu’il avait utilisé jusqu’ici.

— Cependant, ma fille, il n’en reste pas moins que vous vous êtes introduites dans le Grand Centre Numérique du Savoir en déjouant la surveillance des gardes, en en piratant les accès à l’aide de l’IA du smartphone qui t’a été offert par la délégation cathayenne, ainsi qu’en y introduisant un animal, ton dragon nain, Flamme. Vos objectifs, que vous nous avez exposés, bien que justes en eux-mêmes, ne justifient en rien les moyens que vous mis en œuvre pour les atteindre. De tels actes ne peuvent rester impunis.

Il tourna son regard vers la Damoiselle Sibylle et Margot.

— Vous deux, vous allez passer le mois prochain à aider les jardiniers du palais à entretenir les jardins royaux. Et le mois d’après à aider au lavage, au repassage et au pliage des robes de votre princesse.

Puis le roi tourna son attention vers la princesse et son dragon, qui sommeillait à ses pieds.

— Toi, Flamme, tu es interdit de gâteaux au miel et ton collier connecté est confisqué également, tout cela pour une durée de deux mois.

Flamme, brusquement réveillé et tout affolé regardait alternativement le roi et la princesse. Il émit un petit grrr… (Traduction approximative : « Mais c’est injuste ! »).

— Et enfin toi, Sylvie… Tu vas devoir m’aider à organiser un grand banquet en l’honneur de la reine. Et pour t’apprendre à respecter les règles, tu seras privée de ton smartphone impérial doré pour deux mois, continua le roi en regardant sa fille avec sévérité.

La Princesse Sylvie écarquilla les yeux, horrifiée.

— Quoi ?! Pas mon smartphone ! Père, comment vais-je faire pour organiser le banquet sans lui ?

— Tu te débrouilleras. répondit le roi avec un sourire malicieux. Après tout, les princesses de Sylvaria ont organisé les plus grands banquets bien avant l’invention des smartphones, non ?

La Princesse Sylvie soupira, mais elle savait qu’elle n’avait pas le choix.

— D’accord, Père. Nous obéirons.

— Bien. Maintenant, allez. Mais soyez bien conscientes d’une chose : à celui à qui on a accordé beaucoup, on attendra de lui plus que d’ordinaire, conclut le roi en souriant puis en jetant un regard à la reine.

Alors que les trois jeunes femmes quittaient la salle du trône, la Princesse Sylvie murmura à la Damoiselle Sibylle et Margot :

— Bon, d’accord, je n’ai plus mon smartphone… mais je ne vais pas abandonner. Nous allons organiser le plus beau banquet que Sylvaria ait jamais vu… et peut-être même découvrir d’autres secrets en chemin.

La Damoiselle Sibylle sourit.

— Je savais que tu dirais ça. Allons-y, Votre Altesse. Le travail nous attend.

Et c’est ainsi que la Princesse Sylvie, Margot, la Damoiselle Sibylle et Flamme apprirent que le monde n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît, que la réponse à certains mystères doit se mériter… et que l’aventure ne faisait que commencer.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Vous aimez lire Cyr Roivan ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0