56. Le Prince Olivier Entre Réflexions Diplomatiques et Amoureuses

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Alors que la Princesse Sylvie était en pleine crise existentielle sans son smartphone, et que Margot et la Damoiselle Sibylle étaient condamnées aux jardins du palais, le Prince Olivier, héritier du royaume voisin de Valoria était assis dans son luxueux véhicule autonome, glissant silencieusement sur l’autoroute, en route vers une énième réception diplomatique. Il regardait par la fenêtre, l’air pensif tout en sirotant un thé complètement froid. Les panneaux publicitaires défilaient.

Absent depuis des semaines, il n’avait aucune idée du chaos qui régnait au palais. La Princesse Sylvie s’était bien gardée de l’informer de son expédition au Grand Centre Numérique du Savoir, et elle était privée depuis de ses outils numériques…

Mais pendant ses longs déplacements, entre les négociations politiques et les réceptions interminables, son esprit revenait sans cesse à une personne : la Princesse Sylvie. Autour de lui, des documents officiels, des cartes géopolitiques et… un petit miroir qu’il avait récupéré il ne savait plus trop où. Il le sortit lentement, se regarda, et soupira.

— Est-ce que je suis en train de devenir sentimental ?

Il repensa à la Princesse Sylvie. Au tout début, il y a bien des années de cela, elle n’était qu’une formalité, la fille du roi, une jeune enfant héritière à saluer poliment lors des banquets. Puis, il y avait eu cette fois où elle avait accidentellement renversé un gâteau sur lui. Au lieu de s’excuser, elle avait éclaté de rire, et lui aussi. Depuis, elle était devenue une agréable compagnie.

Les années qui suivirent leur rencontre étaient remplies de souvenirs qui lui étaient chers. Des souvenirs d’amitié et de camaraderie.

Improbables chasses à la licorne, péripéties de dragons nains… Avec en toile de fond de tout cela, l’éternelle et utopique quête de la perfection de la princesse, en toutes choses et en tout temps.

Etant de cinq ans son aîné, il l’avait toujours perçue, et la percevait encore, comme la petite sœur qu’il n’avait jamais eue et sur laquelle il est normal que son grand frère soit toujours en train de veiller.

En tant que prince héritier du royaume frère de Valoria, il passait la plus grande partie de son temps à Sylvaria tout en étant formé depuis tout jeune aux réalités, souvent brutales, de la géopolitique ainsi qu’aux valeurs martiales de son pays.

Tout le contraire de la princesse et du royaume de Sylvaria en général. A l’abri de tout sur une terre immense et généreuse, derrière ses montagnes infranchissables… La princesse était en quelque sorte bien à l’image que la plupart des Valoriens se faisaient des Sylvariens. Innocente, ignorante du monde extérieur, pleine d’idéal et ouvrant sur le monde des yeux ne voyant que surprises toujours renouvelées…

Et ainsi, au fil des années, ils s’étaient habitués à être chacun le complément naturel l’un de l’autre, tout en grandissant. Le côté pile et le côté face.

— Qui aurait cru qu’une princesse pouvait être aussi… normale ?

Des souvenirs plus récents lui revinrent. Lorsqu’elle l’avait aidé à gérer une situation délicate avec une autre femme, cette actrice. Elle avait été si diplomate, si intelligente. Une complice, pensa-t-il. Cette histoire avec Mei-Ling. Il grimaça en y repensant. Elle était vraiment déterminée à me faire tourner la tête. Mais Sylvie… elle n’a jamais perdu son sang-froid. Elle a même réussi à me faire rire au milieu de tout ça.

Il sourit en se remémorant leur dernière conversation avant son départ. Elle lui avait dit : Ne t’inquiète pas, mon Prince, je garderai le palais en ordre… même si je dois le faire en éternuant comme une licorne.

— Une amie, murmura-t-il. Une très chère amie.

Puis, il y eut ce moment où il avait réalisé que ses pensées revenaient toujours à elle. Quand il voyait un livre intéressant, il se disait : « Sylvie aimerait ça ». Quand il goûtait un vin délicieux, il pensait : « Il faudrait qu’elle essaie ça ». Et quand il assistait à une réunion ennuyeuse, il imaginait son regard amusé et cela le faisait sourire.

Avec le temps, ils étaient effectivement devenus inséparables. Ils parlaient de tout et de rien sans se soucier du moindre protocole, se soutenaient dans les moments difficiles, et se moquaient gentiment des autres membres de la cour.

— Je ne me suis jamais senti aussi à l’aise avec quelqu’un d’autre, murmura-t-il.

Est-ce que c’est ça, tomber amoureux ?

Il regarda à nouveau le miroir, comme si la réponse allait apparaître par magie.

— Bon, d’accord, je l’admets. Je suis peut-être un peu plus qu’un ami.

Et puis, d’un coup, une pensée le frappa comme une flèche en plein cœur.

— Je l’aime.

Il sursauta, renversant son thé.

QUOI ?!

Il regarda autour de lui, comme si quelqu’un avait pu entendre sa déclaration involontaire.

— Non, non, non. Ce n’est pas possible. Je suis un prince de Valoria. Elle est une princesse de Sylvaria. Nous avons des responsabilités. Des devoirs. Des traités à signer.

Mais son cœur ne voulait rien entendre.

— Je l’aime. Je l’aime vraiment.

Il s’enfonça dans la banquette de son véhicule, les mains sur le visage.

— Et maintenant, qu’est-ce que je fais ?

Olivier n’était pas du genre à rester inactif. Il décida donc de prendre les choses en main.

Il rangea le miroir, prit une profonde inspiration et sourit.

— Maintenant, il ne me reste plus qu’à trouver comment le lui dire… sans qu’elle me fasse tomber dessus un autre gâteau.

Il réfléchit un instant, puis une idée lui vint.

— Je pourrais lui envoyer un message vocal, mais non, c’est trop impersonnel. Un appel vidéo en direct ? Trop formel. Un drone livrant des fleurs ? Trop cliché.

Finalement, il décida que la meilleure solution était de rentrer au plus vite et de lui avouer ses sentiments en personne.

— Oui, c’est ça. Je vais rentrer, et je lui dirai tout. Même si elle me rit au nez.

Et avec cette pensée, le Prince Olivier se prépara à affronter ses prochaines missions diplomatiques… avec un peu plus de légèreté dans le cœur.

Deux semaines plus tard, Olivier arriva enfin aux portes de Sylvaria. Il était déterminé, nerveux, et un peu ridicule avec sa cape qui flottait au vent comme un prince de c-drama.

— Je suis de retour ! annonça-t-il au garde de l’entrée.

Le garde le regarda avec un sourire en coin.

— Ah, Prince Olivier. Vous tombez bien. Il y a un banquet royal aujourd’hui. La Princesse Sylvie a tout organisé… enfin, presque tout.

Olivier sourit.

— Parfait. Je vais enfin pouvoir lui parler.

Il entra dans le palais, prêt à affronter son destin amoureux.

Mais ce qu’il ne savait pas, c’est que la Princesse Sylvie était en pleine crise de panique à cause de son smartphone confisqué et du banquet de la reine à organiser, et que Margot et la Damoiselle Sibylle étaient bien loin de tout cela, en train de se battre avec des haies récalcitrantes.

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