58. Le Conte de Damoiselle Sibylle et Margot : Un Mois au Royaume du Linge
Dans le royaume de Sylvaria, une décision royale avait bouleversé la vie des deux personnes les plus proches de la Princesse Sylvie, l’héritière du royaume. L’une était la Damoiselle Sibylle, la raffinée dame de compagnie de la princesse, mentor et guide aidant la princesse à naviguer dans les complexités de la vie royale et des relations sociales. L’autre était Margot sa pragmatique et dévouée servante personnelle assumant un rôle essentiel dans la gestion quotidienne des affaires de la princesse et incarnant la stabilité et la rationalité dans l’environnement souvent chaotique créé par l'exubérance de sa maîtresse.
Tout cela à cause à cause du chaos provoqué par la princesse lorsqu’elle enfreignit les règles du Royaume, ce qui amena le roi à punir sévèrement les trois fauteuses de troubles. Ainsi, après avoir connu, un mois durant, l’enfer vert des jardins du palais, Margot et la Damoiselle Sibylle allaient devoir passer le mois suivant dans l’enfer blanc et moussant de la laverie du palais.
Ainsi firent-elles la connaissance de Madame Béatrice, la cheffe de la blanchisserie. Ou plus exactement, la Damoiselle Sibylle découvrit Madame Béatrice, puisqu’en temps normal, Margot était la supérieure hiérarchique de Madame Béatrice. Mais punie, elle devait maintenant obéir à ses ordres pour un mois entier.
***
Le Premier Jour : L’Initiation et les Tensions
Dès leur arrivée, elles furent accueillies par Madame Béatrice, une femme robuste aux mains rougies par l’eau chaude et au regard sévère. Margot, habituellement en position d’autorité, sentit son orgueil piqué en la voyant lui adresser un sourire narquois.
— Ah, Margot, quelle joie de vous avoir sous mes ordres pour une fois. Et vous, la Damoiselle Sibylle, préparez-vous à découvrir le vrai travail.
La Damoiselle Sibylle, habituée aux salons élégants et aux conversations raffinées, pâlit légèrement. Margot, bien que contrariée, hocha la tête avec raideur.
— Nous sommes prêtes, Madame Béatrice.
Leur première tâche fut de trier le linge sale. Des montagnes de vêtements s’accumulaient dans de grands paniers en osier. La Damoiselle Sibylle, avec des gestes délicats, prit une robe de la Princesse Sylvie, couverte de taches de vin et de confiture.
— Oh mon Dieu… Comment peut-on laisser une telle chose arriver à une robe en soie ?
Margot, habituée aux excès de la princesse, soupira.
— C’est le quotidien, Sibylle. La princesse a tendance à… s’emballer.
Madame Béatrice, observant Margot avec un air satisfait, intervint.
— Margot, vous devriez savoir mieux que quiconque à quel point la princesse est désordonnée. Après tout, c’est votre travail de veiller à ce qu’elle ne fasse pas de bêtises.
Margot serra les dents, mais ne répondit pas. La Damoiselle Sibylle, horrifiée, examina une autre robe, cette fois déchirée à l’épaule.
— Et ça ?! Elle s’est battue avec un dragon ?!
— Non, juste avec un buisson après avoir couru derrière un acteur de c-drama. C’est curieux, je pensais que cette robe avait été jetée depuis des mois… Je pense qu’on a dû la ressortir de là où elle avait été abandonnée juste pour notre arrivée…
La Damoiselle Sibylle ferma les yeux un instant, comme pour prier pour la patience divine.
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Le Lavage et les Remarques Acérées
L’étape suivante du lendemain fut le lavage. Margot, habituée aux tâches domestiques, plongea les mains dans l’eau savonneuse avec aisance. La Damoiselle Sibylle, en revanche, fit une grimace en voyant ses mains délicates tremper dans l’eau chaude.
— Est-ce vraiment nécessaire de frotter si fort ? Je crains que cela n’abîme les tissus.
Madame Béatrice ricana.
— Si vous voulez que les robes soient propres, il faut frotter. La princesse a besoin de ses vêtements pour demain, pas dans trois semaines.
La Damoiselle Sibylle tenta de frotter une tache tenace, mais ses mouvements étaient trop doux.
— Je crois que je n’ai jamais réalisé à quel point le travail manuel était… exigeant.
Margot, amusée malgré elle, lui lança un sourire.
— Bienvenue dans mon monde, Sibylle.
Madame Béatrice, cependant, ne manquait pas une occasion de rappeler à Margot sa position inférieure.
— Margot, vous devriez montrer l’exemple. Après tout, vous êtes censée être la servante la plus qualifiée du palais.
Margot, les dents serrées, continua de frotter les vêtements sans répondre.
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Le Repassage et les Critiques
Le pire était à venir le jour d’après : le repassage. La Damoiselle Sibylle, qui n’avait jamais tenu un fer à repasser de sa vie, observa l’appareil avec méfiance.
— Est-ce que cela ne risque pas de brûler les robes ?
Madame Béatrice lui tendit le fer.
— Pas si vous faites attention.
La Damoiselle Sibylle tenta de repasser une chemise, mais le fer glissa et laissa une marque noire sur le tissu.
— Oh non ! J’ai ruiné le chemisier de la princesse !
Madame Béatrice éclata de rire.
— Margot, vous devriez lui montrer comment faire. Après tout, vous êtes censée être experte en tout.
Margot, bien que frustrée, prit le fer et rectifia l’erreur en un clin d’œil.
— Ne vous inquiétez pas, Sibylle. Vous allez y arriver.
Malgré ses efforts, la Damoiselle Sibylle passa la journée à repasser maladroitement, laissant des traces de brûlures sur plusieurs vêtements. À la fin de la journée, elle était épuisée, les mains rouges et les cheveux en désordre.
— Je ne sais pas comment vous faites, Margot. C’est un travail de titan.
Margot, épuisée elle aussi, hocha la tête.
— Oui, c’est un travail difficile. Mais quelqu’un doit le faire.
Madame Béatrice, satisfaite de voir Margot dans cette position, sourit.
— Exactement, Margot. Et maintenant, vous savez ce que cela fait de devoir obéir aux ordres.
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La Découverte des Robes de la Princesse Sylvie
Le lendemain, elles furent chargées de ranger les robes de la Princesse Sylvie. En ouvrant l’armoire, la Damoiselle Sibylle resta bouche bée.
— Combien de robes possède-t-elle exactement ?!
Margot tenta de rassembler ses souvenirs et de faire un décompte rapidement, mais même elle fut incapable de donner un chiffre exact.
— Je ne sais pas, Sibylle. Personne ne le sait vraiment. Même moi, je m’interroge toujours à ce sujet.
La Damoiselle Sibylle examina chaque robe avec stupéfaction.
— Certaines n’ont été portées qu’une seule fois ! Comment peut-on gaspiller autant de tissu ?
Margot haussa les épaules.
— La princesse change de tenue plusieurs fois par jour. Elle dit que c’est pour l’ambiance.
La Damoiselle Sibylle, horrifiée, trouva une robe couverte de paillettes.
— Et celle-ci ? Elle ressemble à un arc-en-ciel disloqué.
— C’était pour le festival des étoiles. Elle a dansé dessus.
La Damoiselle Sibylle soupira.
— Je commence à comprendre pourquoi nous avons autant de linge à laver.
Madame Béatrice, observant la scène, ne put s’empêcher de commenter :
— Margot, vous devriez être habituée à ce désordre. Après tout, c’est votre travail de tout ranger.
Margot, les dents serrées, continua de plier les vêtements sans répondre.
***
La Révolte des Deux Servantes
Le cinquième jour, le poste de chacune changeait à nouveau et le même cycle reprenait, sans fin : trier, puis laver le lendemain, repasser le surlendemain et enfin ranger le quatrième jour. Et chaque jour c’étaient quatre grandes équipes composées des servantes les plus compétentes et les plus fiables qui œuvraient en même temps, suivant des protocoles stricts pour s'assurer que les vêtements étaient toujours prêts pour les cérémonies, les événements officiels et la vie de tous les jours au palais.
A cela s’ajoutaient des équipes spécialisées telles que celle du blanchiment des vêtements blancs, particulièrement importants pour les cérémonies, qui était réalisé en exposant les vêtements au soleil après les avoir trempés dans une solution de cendres.
Et aussi l’équipe de l’entretien des broderies et motifs qui avait pour tâche de nettoyer avec une grande précaution les broderies et motifs complexes pour éviter d’endommager les fils de soie ou d’or et qui traitait les tâches localement pour préserver l’intégrité du tissu.
Au terme d’une dizaine de jours de ces joyeuses activités, la Damoiselle Sibylle, épuisée et les mains couvertes de cloques, décida qu’il était temps d’agir.
— Margot, nous ne pouvons pas continuer ainsi. La princesse doit comprendre l’effort que cela représente.
Margot, surprise, la regarda avec admiration.
— Vous voulez lui en parler ?
— Oui. Et je pense qu’il est temps qu’elle participe un peu.
Cependant, Madame Béatrice, ayant des soupçons, leur rappela qu’elles étaient consignées à la laverie et interdites de quitter les lieux.
— Vous resterez ici jusqu’à ce que tout votre quota de linge soit terminé. Pas de sortie, pas de discussion avec la princesse.
La Damoiselle Sibylle et Margot échangèrent un regard déterminé.
— Nous devons trouver un moyen de la voir, Margot.
— Comme l’autre fois. Les vieux souterrains oubliés du palais. Nous y jouions avec la princesse quand elle était petite.
Ainsi, cette nuit-là, elles attendirent que tout le monde soit endormi et se faufilèrent dans les souterrains poussiéreux et pleins de toiles d’araignées. Margot, familiarisée avec les lieux, guida la Damoiselle Sibylle à travers les couloirs sombres comme lors de la fois précédente.
— Attention aux toiles d’araignées, Sibylle.
— Et aux rats, je le crains.
Enfin, elles arrivèrent aux appartements de la Princesse Sylvie. Elles frappèrent doucement à la porte.
— Sylvie, c’est nous. Nous devons vous parler.
La princesse, surprise, ouvrit la porte.
— Margot ? Sibylle ? Que faites-vous ici ?
La Damoiselle Sibylle, les mains encore rouges et les cheveux en désordre, lui tendit un panier rempli de robes tachées et déchirées, les pires qu’elles aient pu trouver et qu’elles avaient apportées avec elles.
— Sylvie, nous voulons que vous voyiez le résultat de vos… excès.
La princesse, choquée, examina les vêtements.
— Oh… Je ne savais pas que c’était si grave.
— Maintenant, vous savez. Et nous pensons qu’il est temps que vous participiez un peu à l’entretien de vos affaires.
La princesse, honteuse, baissa les yeux.
— Vous avez raison. Je vais essayer de faire plus attention.
La Damoiselle Sibylle, avec un sourire malicieux, ajouta :
— Et peut-être pourriez-vous limiter vos tenues à, disons, cinq par jour ?
La princesse, horrifiée, s’écria :
— Cinq ?! Mais comment pourrais-je choisir ?!
Margot, amusée, intervint :
— En faisant des choix plus judicieux, Votre Altesse. Par exemple, éviter de passer dans la boue les jours de pluie avec vos robes en soie.
La princesse, vexée, croisa les bras.
— Très bien, très bien. Je ferai un effort.
La Damoiselle Sibylle, satisfaite, hocha la tête.
— Parfait. Maintenant, nous devons retourner à la laverie avant que Madame Béatrice ne remarque notre absence.
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L’Épisode du Savon Volatil
Les semaines suivantes furent un véritable calvaire pour la Damoiselle Sibylle et Margot, mais elles furent également riches en moments comiques.
Un matin, en ouvrant un sac de linge, la Damoiselle Sibylle éternua violemment, envoyant une pluie de savon en paillettes partout dans la pièce.
— Oh non ! Je crois que j’ai déclenché une tempête de savon !
Margot, en riant, tenta de la calmer.
— Ne vous inquiétez pas, Sibylle. Cela arrive souvent. Enfin, presque jamais, mais aujourd’hui, c’est le cas.
Elles passèrent la matinée à nettoyer le savon collé partout, y compris sur les murs et le plafond.
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La Bataille des Taies d’Oreiller
Un après-midi, en pliant les taies d’oreiller, la Damoiselle Sibylle et Margot se lancèrent involontairement dans une bataille de plumes lorsque l’une des taies se déchira.
— Arrêtez, Margot ! Je suis couverte de plumes !
— C’est vous qui avez commencé, Sibylle !
Madame Béatrice, entrant dans la pièce, les regarda avec un sourire narquois.
— Je vois que vous vous amusez bien. Continuez comme ça, et vous aurez double ration de repassage.
Elles arrêtèrent immédiatement, mais les plumes restèrent collées à leurs vêtements pour le reste de la journée.
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La Découverte du Mystérieux Sous-vêtement
En triant le linge, Margot tomba sur un sous-vêtement particulièrement extravagant, couvert de paillettes et de rubans.
— Sibylle, regardez ceci. Je crois que c’est à la princesse.
La Damoiselle Sibylle, horrifiée, examina le vêtement.
— Oh mon Dieu, c’est… c’est…
— Oui, c’est un sous-vêtement. Et un très élaboré, en plus.
Elles éclatèrent de rire, imaginant la princesse portant un tel vêtement sous sa robe.
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La Fin du Mois : Une Nouvelle Appréciation et une Leçon Apprise
À la fin du mois, la Damoiselle Sibylle et Margot furent libérées de leurs consignes et rétablies dans leurs position et fonctions respectives. Mais elles portaient un regard nouveau sur les choses.
La Damoiselle Sibylle, bien que soulagée, avait appris à apprécier le travail des serviteurs du palais.
— Je ne regarderai plus jamais une robe de la même manière.
Margot sourit.
— Et moi, je ne regarderai plus jamais la princesse sans penser à ses montagnes de linge.
Quant à Madame Béatrice, elle avait au passage découvert une leçon importante : le respect et la coopération étaient essentiels pour que le palais fonctionne harmonieusement.
— Margot, je dois admettre que vous avez fait un excellent travail. Merci pour votre patience.
Margot, surprise, hocha la tête.
— Merci, Madame Béatrice. J’espère que nous pourrons travailler ensemble de manière plus harmonieuse à l’avenir.
Et ainsi, le palais de Sylvaria continua de fonctionner, avec un peu plus de gratitude et de respect pour ceux qui travaillent dans l’ombre.
Mais à la fin de cette dernière journée, aucune d’elles ne se dirigea vers ses quartiers personnels ni n’envisagea un instant d’aller prendre un bain délassant, manger et aller se coucher : toutes deux d’un commun accord prirent le chemin des appartements de la Princesse Sylvie…

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